Édition du 24 mai 2022

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Le mouvement des femmes dans le monde

Se tenir debout avec les infirmières est un projet féministe

Les syndicats d’infirmières de vingt-huit pays s’attaquent aux gouvernements et à Big Pharma avec une demande simple : renoncer aux brevets sur les vaccins contre la Covid-19 et mettre fin à la pandémie dès maintenant. Dans son texte, Silvia Federici appelle les féministes à se rallier aux luttes des travailleuses de la santé.

Tiré de : Dialogue global , le 2022-02-08

Par Silvia Federici, 24 janvier 2022

Quelle est l’image marquante de la pandémie de la Covid-19 ? À mon avis, c’est celle de l’infirmière au chevet du malade, en première ligne de cette urgence mondiale, surmontant sa propre peur de la maladie pour soigner les patientes et patients et leur apporter du réconfort face à une mort probable. Pour des millions d’infirmières vivant dans des pays où les vaccins contre la Covid-19 demeurent rares, c’est une image de la vie quotidienne. Même dans les pays où le pire de la maladie s’est dissipé, on commence seulement à comprendre le poids de ce travail — jour après jour — sur les épaules des infirmières.

Nous leurs sommes redevables, et c’est pourquoi nous devons suivre leur exemple. À l’heure actuelle, les syndicats d’infirmières de vingt-huit pays1 se lèvent pour défendre les vies de celles-ci et protéger celles de leurs patientes et patients en attaquant en justice certains des gouvernements les plus puissants du monde avec une demande simple : renoncer aux brevets sur les vaccins contre la Covid-19 afin de mettre fin à la pandémie dès maintenant. Je crois qu’il est essentiel pour les mouvements féministes non seulement de soutenir ces syndicats dans leur bataille juridique, mais aussi de faire de cette lutte l’élément central de notre organisation dans les mois à venir.

En avril 2021, le premier ministre du Royaume-Uni, Boris Johnson, lors de ses interventions publiques largement diffusées après une semaine passée à l’hôpital pour se remettre de la Covid-19, a rendu hommage aux « deux infirmières qui se sont tenues à son chevet » durant son rétablissement. Environ un mois plus tard, l’une des infirmières, Jenny McGee, démissionnait de son poste, lassée du traitement réservé aux travailleuses de la santé par son gouvernement. « Le National Health Service m’a sauvé la vie, sans aucun doute », a-t-il déclaré. Un an plus tard, les travailleuses du NHS sont confrontées à l’érosion de leurs salaires et de leurs pensions.

Aux États-Unis, on entend les infirmières raconter des histoires d’épuisement physique, de manque d’équipement adéquat et de douleur émotionnelle liée à la perte de patientes et patients dont elles s’occupaient. Des vies d’infirmières ont également été perdues. Selon l’Organisation mondiale de la santé, au moins 115 000 infirmières dans le monde sont mortes des suites d’une infection de la Covid-19, et beaucoup de ces vies auraient pu être épargnées si les vaccins avaient été produits et distribués de manière équitable.

Malgré ces difficultés, les infirmières se mobilisent sans relâche. Elles dénoncent l’échec des hôpitaux, des systèmes sanitaires et des autorités locales et nationales. Et elles ont incité un mouvement mondial à les rejoindre : devant les fenêtres et debout sur les balcons, nous avons applaudi les infirmières en tant que « travailleuses essentielles », reconnaissant — pour la première fois, de mémoire — le rôle qu’elles jouent dans nos économies, nos sociétés et nos vies quotidiennes.

Silvia Federici

Silvia Federici (1942, Parma, Italia), professeure à la Hofstra University de New York. Militante féministe depuis 1960, elle a été une des principales animatrices des débats internationaux sur les conditions et la rémunération du travail domestique. Pendant les années 1980, elle a travaillé pendant comme professeure au Nigeria, où elle a été le témoin de la nouvelle vague d’attaques contre les biens communs. Auteure de Calibán y la bruja. Mujeres, cuerpo y acumulación originaria (éditions Tinta Limón, Buenos Aires, 2016). Titre original : Caliban and the Witch : Women, the Body, and Primitive Accumulation (New York : Autonomedia, 2004). Elle a également édité en espagnol Revolución en punto cero. Trabajo doméstico, reproducción y luchas feministas (Traficantes de sueños, 2013), qui réunit des articles écrits depuis 1975.

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