Édition du 14 septembre 2021

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Canada

Stephen Harper et les syndicats : mission élimination

Le gouvernement Harper a le mouvement syndical dans sa mire et la menace est bien réelle ! Inspiré par un courant idéologique ultraconservateur venu du sud de nos frontières, il a mis en branle plusieurs projets de loi s’attaquant aux syndicats. Le projet de loi C-377 a pour objectif présumé de rendre les finances des syndicats plus « transparentes ». Quant à C-4, il transforme radicalement le régime de travail de la fonction publique fédérale, ayant de graves conséquences sur le droit de négocier des fonctionnaires fédéraux. Enfin, C-525 vise à restreindre la capacité des travailleuses et des travailleurs de se regrouper dans un syndicat, en imposant un scrutin secret pour l’accréditation syndicale. Ce ne sont là que trois exemples du rouleau compresseur Harper.

Manon Perron est 1re vice-présidente du CCMM–CSN

(tiré du Journal du Conseil central du Montréal métropolitain, vol. 28, no. 4)

À entendre les chantres du conservatisme canadien et québécois, leurs actions sont nobles. Ils ne recherchent que le plus grand bien des travailleuses et des travailleurs en rendant les syndicats plus démocratiques et transparents, et en mettant au pas ces toutes puissantes organisations ! Comment évoquer de tels arguments alors qu’en réalité, le mouvement syndical a joué un rôle indéniable dans l’amélioration et le développement de nos sociétés. Notre champ d’actions politique et social est menacé par cette idéologie : la principale motivation est d’obtenir un avantage économique concurrentiel, au détriment de nos conditions de travail. On connaît la ritournelle…

Right-to-Work

Ces bien-pensants omettent de dire qu’ils s’inspirent du modèle étatsunien et de ses lois antisyndicales adoptées dans 24 des 50 États américains appelées Right-to-Work. Cette appellation est trompeuse puisque lorsque traduite en français, elle signifie droit au travail, alors que c’est tout le contraire. Ces lois répressives visent autant les syndicats du secteur public et que ceux du privé.

Soutenus par la droite ultraconservatrice, les gouverneurs de l’Ohio et du Wisconsin ont pris d’assaut le mouvement syndical en 2011. Les législations antiouvrières attaquaient le droit à la négociation collective des employé-es de l’État et des universités publiques, en leur retirant le droit de grève. En Ohio, la lutte populaire a mené au rejet du projet de loi républicain alors qu’au Wisconsin, le mouvement syndical a essuyé une importante défaite, malgré une mobilisation sans précédent. Ces lois originaires du sud ont été exportées un peu partout au pays et ont même atteint l’Indiana et le Michigan, bastions industriels traditionnels qui ont vu la naissance de grands syndicats. Pour s’y prendre, les gouverneurs ont fait valoir l’urgence de défendre la concurrence des emplois déplacés vers l’étranger au cours des dernières décennies. Les syndicats ciblés Ce courant de pensée a trouvé écho chez les think tanks de la droite canadienne. De nombreuses études menées par l’Institut Fraser et l’Institut économique de Montréal ont examiné les différences entre les systèmes législatifs des deux pays et ont vanté le modèle américain, prétendant que celui-ci comportait plusieurs vertus dont une meilleure création d’emplois et une réduction du coût des services publics et des impôts. D’autres études commandées par le patronat ont passé sous la loupe les conditions de travail des syndiqués, concluant à des salaires et régimes de retraite trop généreux. Et cela, tant au privé qu’au public !

Dans un tel contexte, il n’est pas étonnant d’entendre les ténors conservateurs s’attaquer au mouvement ouvrier organisé en brandissant l’avantage dont bénéficient nos voisins du sud, grâce au régime Right-to-Work. En Ontario, les progressistes-conservateurs ont dévoilé une plateforme comprenant des lois antisyndicales qui obligeront les syndicats à dévoiler les montants dépensés pour soutenir des campagnes politiques et sociales. Ils se sont engagés à rouvrir les conventions collectives dans le secteur public. Au Québec, durant la dernière campagne électorale, la CAQ de François Legault a mis de l’avant des propositions semblables. Contrairement aux idéations de la droite qui cherchent à attribuer aux syndicats la responsabilité des pertes d’emploi, particulièrement dans le secteur manufacturier, et la hausse des coûts des services publics, un discours économique alternatif démontre le contraire. Plusieurs voix se font entendre pour défendre l’idée que les syndicats sont essentiels pour réguler l’économie et assurer une juste redistribution de la richesse. Malgré l’arrivée du néolibéralisme économique dans les années 1980, le mouvement syndical a agi pour discipliner la croissance de la productivité tout en assurant des retombées pour tous. Certains arguent même que grâce à leur pouvoir de négociation, les syndicats ont été bénéfiques à la préservation de la classe moyenne.

Des organisations qu’on ne peut qualifier de gauche, comme l’OCDE, constatent que la présence syndicale n’a pas d’effets négatifs sur l’économie.

Tout comme les services publics et de bonnes réglementations, la syndicalisation agit pour réduire les inégalités de revenus, et ce, peu importe le pays. En ayant en tête les bons arguments, on se rend vite compte que le discours ultraconservateur n’est que mirage. Nous devons porter nos arguments avec autant de vigueur que la droite. Il faut compter sur nos propres moyens pour défendre la raison d’être des syndicats.

Manon Perron est 1re vice-présidente du CCMM–CSN

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