Édition du 4 octobre 2022

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États-Unis

Steve Bannon et son enjeu ultime

Malgré ses échecs légaux, l’ex conseiller de Donald Trump travaille à son retour, à sa revanche

Le cinq janvier 2021, quand il a annoncé que le lendemain ; « le diable va se lâcher » Steve Bannon savait ce qui allait se passer : le coup violent de D. Trump. Et il sait ce qui s’en vient maintenant : « une révolte populaire ». Il prédit que nous verrons une armée de partisans.es envahir les bureaux de vote en novembre prochain pour introduire une nouvelle ère d’extrémisme de droite.

John Nichols, The Nation, 9 août 2022
Traduction, Alexandra Cyr

Ce dont cet allié conspirateur de D. Trump parle est très différent de ce qui se passe normalement durant les élections de mi-mandat. S. Bannon complote une « stratégie par bureaux de vote », la capture de l’infra structure électorale du pays en installant des partisans.es de « Make America Great Again » aux postes d’observation critiques (dans les bureaux de vote) en y créant le chaos si nécessaire pour s’assurer que les Répiblicains.es prennent le contrôle du Congrès et des Chambres des États en 2022 et de la Maison blanche en 2024. Le plan vise à redonner le pouvoir à D. Trump, à assoir son autorité comme jamais au paravent.

La plupart des médias s’intéressent au fait que S. Bannon a refusé d’obéir à l’ordre de comparaitre du Comité de la Chambre qui enquête sur les événements du 6 janvier (2021). Ils négligent ainsi complètement l’élément le plus important : son complot, pour suspendre le processus politique de façon à renvoyer son ancien patron au Bureau ovale : un (futur) Président encore plus enragé et autoritaire.

En octobre dernier, alors qu’il exposait son plan pour « déconstruire le gouvernement fédéral et le transformer en agences hyper politisées en faveur de D. Trump, il a déclaré : « Nous contrôlons ce pays. Il faut maintenant agir en conséquences ». Il prévoit aussi une vengeance contre les membres du Comité d’investigation de la Chambre sur le rôle de l’ex-Président dans la tentative de renversement des résultats de l’élection de 2020. Un récent rapport de l’agence Axios, révèle en détails comment les partisans.es de D. Trump : « préparent une refonte radicale du gouvernement fédéral en renvoyant des milliers de fonctionnaires et en les remplaçant par des loyaux.ales au Président et à son « idéologie, America First » ». S. Bannon fait un nouvel appel à l’action. Il veut que les gens « s’avancent en disant : je veux faire partie des 4,000 troupes de choc » a-t-il dit dans son balado polulaire : « Bannon’s War Room ».

Quant à lui, il ne sera pas simplement un de ces 4000 membres des troupes de choc. Il entend les diriger. En fait il le fait déjà soutenu par les encouragements pas très subtils de l’ancien Président. D’ailleurs, pour la plus grande part de la dernière décennie, D. Trump s’est tourné vers lui comme un stratégiste, un théoricien et un homme politique. Même s’ils ont eu des différends à l’occasion, S. Bannon a maintenu son contact rapproché avec D. Trump et est devenu un acteur majeur des politiques républicaines. Maintenant que les Républicains.es croient que le succès sera de leur côté aux élections de mi-mandat, les candidats.es aux sièges du Sénat, aux postes de gouverneurs et de secrétaires dans les États, se précipitent pour joindre le balado de S. Bannon que CNN décrit comme « la réalité alternative six jours par semaine ».

S. Bannon s’en est servi pour rallier les troupes le 6 janvier 2021 et c’est ce qu’il fait encore, avec tout son dédain pour la vérité et la démocratie que son lecteur le plus fidèle adopte d’emblée. Quand D. Trump passe de la bouffonnerie politique au proto fascisme, vous retrouvez S. Bannon. D.Trump a toujours été son véhicule ; il a toujours été le meneur. Maintenant, même s’il fait face à des enquêtes judiciaires, S. Bannon organise le projet politique de D. Trump, et celle du Parti qu’il domine.

Si les Républicains.es regagnent la majorité au Congrès et dans les États cet automne, le programme suivi sera celui élaboré par S. Bannon et dont D. Trump aura fait la promotion. Il parle déjà d’introduire une procédure de destitution contre Joe Biden et de mettre sous enquête les membres de la Commission d’enquête sur les événements du 6 janvier (2021). En décembre dernier, il annonçait dans son balado : «  Nous allons y arriver grâce à nos premières troupes et ensuite à nos troupes de tête, en nous servant de toute la nomenclature dont ils usent, quand le Président Trump gagnera en 2024 – ou avant ».

Ce « ou avant » est un rappel clair que S. Bannon n’est pas un nouveau venu en politiques autoritaires. Les audiences extraordinaires du Comité d’investigation sur les événements du 6 janvier (2021) confirment qu’il sert toujours D. Trump comme s’il en était le sauveur et le conspirateur associé le plus machiavélique. Officiellement, il ne fait plus partie du personnel de la Maison blanche depuis août 2017, après le ralliement d’extrême droite nationaliste blanc de Charlottesville en Virginie. Cet événement a déplacé l’attention sur la présence du nationalisme blanc (dans le pays) et le fait qu’il est largement partagé par le Président (Trump) et son « ex-directeur de la stratégie » à la Maison blanche.

Ce n’est pas pour autant que S. Bannon a disparu de l’orbite de D. Trump. Il est parti en Europe rejoindre des partisans d’extrême droite pour développer l’infrastructure du « mouvement populiste mondial ». Il a qualifié le Premier ministre hongrois, V. Orban de « l’homme le plus signifiant sur cette scène en ce moment ». Il a aussi tenté d’ouvrir une « école de la culture des gladiateurs combattants » dans un ancien monastère italien. De retour au pays, on prétend qu’il a tenté de blanchir les partisans.es de D. Trump qui voulaient aider à payer pour son mur à la frontière (sud).

Mais toutes ces considérations n’étaient que distraction en regard du vrai projet : rétablir aux États-Unis le programme « America First » faire de la nation une enclave ou le racisme et la xénophobie sont la norme et où D. Trump et ses acolytes pourront utiliser le pouvoir du gouvernement pour punir leurs ennemis.es et se récompense.

Les commentateurs.trices de l’élection de cette année et de celle de 2024 doivent reconnaître, comme le fait S. Bannon, que les résultats vont déterminer si la République déjà battue, sera ou non confiée aux tenants.es du projet politique d’extrême droite de D. Trump et Steve Bannon.

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