Édition du 26 mai 2020

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Asie/Proche-Orient

Turquie : arrestation de l'écrivaine et journaliste Aslı Erdoğan

Dans la nuit du 16 au 17 août 2016, l’écrivaine et journaliste Aslı Erdoğan a été arrêtée à son domicile et incarcérée. À ce jour, elle est toujours emprisonnée à Istanbul et risque la prison à vie.

tire du site Entre les lignes, entre les mots : 2016 - 48 * 26 novembre : notes de lecture, textes, vidéo, pétitions et liens

Aslı Erdoğan (dont le patronyme, courant en Turquie, n’a pas de lien avec le président du pays) est née en 1967 et vit à Istanbul. Physicienne de formation, elle a travaillé au Centre européen de recherches nucléaires de Genève. Elle a vécu et travaillé deux ans à Rio de Janeiro.

Romancière et nouvelliste, lauréate de nombreux prix et traduite dans plusieurs langues, Aslı Erdoğan incarne le rayonnement de la nouvelle littérature turque, celle de la génération d’après Orhan Pamuk.

À ce jour, cette intellectuelle engagée est toujours en détention dans la prison stambouliote pour femmes, Barkirköy, et le parquet a réclamé sa détention à vie pour des chefs d’accusation accablants : « propagande en faveur d’une organisation terroriste », « appartenance à une organisation terroriste », « incitation au désordre ».

La date de son procès n’est pas encore connue.

L’arrestation d’Aslı Erdoğan a provoqué une vague d’indignation en Turquie et dans le monde, relayée par de nombreux artistes, intellectuels et écrivains.

Une pétition a été lancée après son arrestation sur le site change.org et a récolté, depuis, plus de 39 000 signatures.

Audrey Azoulay, ministre de la Culture et de la Communication, dans le cadre d’un entretien accordé à Livres Hebdo le 10 novembre, a qualifié « d’intolérable » son maintien en détention.

« Cette lettre est un appel d’urgence ! »

Depuis la prison de Bakırköy où elle est détenue, Aslı Erdoğan a fait passer le 1er novembre 2016 un appel d’urgence que voici :

Chers amis, collègues, journalistes, et membres de la presse,

Je vous écris cette lettre depuis la prison de Bakırköy, au lendemain de l’opération policière à l’encontre du journal Cumhuriyet, un des journaux les plus anciens et voix des sociaux démocrates. Actuellement plus de 10 auteurs de ce journal sont en garde-à-vue. Quatre personnes dont Can Dündar (ex) rédacteur en chef, sont recherchées par la police. Même moi, je suis sous le choc.

Ceci démontre clairement que la Turquie a décidé de ne respecter aucune de ses lois, ni le droit. En ce moment, plus de 130 journalistes sont en prison. C’est un record mondial. En deux mois, 170 journaux, magazines, radios et télés ont été fermés. Notre gouvernement actuel veut monopoliser la « vérité » et la « réalité », et toute opinion un tant soit peu différente de celle du pouvoir est réprimée avec violence : la violence policière, des jours et des nuits de garde-à-vue (jusqu’à 30 jours)…

Moi, j’ai été arrêtée seulement parce que j’étais une des conseillères d’Özgür Gündem, « journal kurde ». Malgré le fait que les conseillères, n’ont aucune responsabilité sur le journal, selon l’article n°11 de la Loi de la presse qui le notifie clairement, je n’ai pas été emmenée encore devant un tribunal qui écoutera mon histoire.

Dans ce procès kafkaïen, Necmiye Alpay, scientifique linguiste de 70 ans, est également arrêtée avec moi, et jugée pour terrorisme.

Cette lettre est un appel d’urgence !

La situation est très grave, terrifiante et extrêmement inquiétante. Je suis convaincue que l’existence d’un régime totalitaire en Turquie, secouerait inévitablement, d’une façon ou d’une autre, aussi l’Europe entière. L’Europe est actuellement focalisée sur la « crise de réfugiés » et semble ne pas se rendre compte des dangers de la disparition de la démocratie en Turquie. Actuellement, nous, – auteurs, journalistes, Kurdes, Alévis, et bien sûr les femmes- payons le prix lourd de la « crise de démocratie ». L’Europe doit prendre ses responsabilités, en revenant vers les valeurs qu’elle avait définies, après des siècles de sang versé, et qui font que « l’Europe est l’Europe » : La démocratie, les droits humains, la liberté d’opinion et d’expression…

Nous avons besoin de votre soutien et de solidarité. Nous vous remercions pour tout ce que vous avez fait pour nous, jusqu’à maintenant.

Cordialement,

Aslı Erdoğan

1.11.2016, Bakırköy Cezaevi, C-9

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