Édition du 16 avril 2019

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Québec

Un budget du gouvernement Legault, vers un au-delà de la seule résistance

Les chroniqueur-e-s ont semblé étonné par le premier budget du gouvernement Legault. Certains sont même allés jusqu’à décrire ce budget comme un budget de centre gauche. Mince. Les associations patronales, elles,se sont montrées enthousiastes. Les organisations syndicales et populaires ont été plutôt critiques. Les environnementalistes ont été franchement déçus. Toutes ces personnes auraient-elles perdu le nord. N’auraient-elles pas su reconnaître où logeaient leurs intérêts. On peut en douter. Ce sont plutôt les journalistes qui ont mobilisé un appareil critique trop rachitique pour apprécier réellement ce qui était en jeu. Il est donc important de revenir sur les choix essentiels du gouvernement dans ce budget pour mesurer l’ampleur des combats qui sont devant nous.

Un budget équilibré

Le gouvernement Legault s’est retrouvé avec des surplus considérables qu’il avait même sous-estimés. Les estimations oscillent entre 2,5 et 7.03 milliards de dollars, il n’était pas difficile d’envisager la réalisation d’un budget équilibré. L’austérité féroce du gouvernement Couillard et une certaine reprise de l’économie avaient joué leur rôle. L’hommage du ministre des Finances à Lucien Bouchard qui avait eu « le courage de changer le cap budgétaire du Québec » nous indique bien quelle tradition inspire François Legault et son ministre des finances. Le Conseil du patronat a salut le budget avec enthousiasme. Les mesures fiscales proposées (concernant le taux d’amortissement) va permettre, affirme le Conseil du patronat de répondre à la défense de compétitivité et permettre de faire face aux mesures fiscales de l’administration Trump. Les Manufacturiers et exportateurs du Québec ont salué la prolongation des rabais sur l’électricité pour les grands consommateurs industriels. Les travailleurs et travailleuses d’ABI apprécieront !

Le collectif pour un Québec sans pauvreté rappelle que les prestations d’aide sociale ne permettent que de couvrir 53,8% des besoins de base selon la mesure du panier de consommation. Ce budget n’a visiblement aucun objectif en ce qui concerne la lutte contre la pauvreté. Le refus de ce gouvernement d’augmenter le salaire minimum à 15$ de l’heure s’inscrit dans la même logique. Le FRAPRU dénonce un budget injuste qui ferme les yeux devant la crise du logement et qui refuse de financer de nouvelles unités de logement social pour la première fois depuis la création du programme AccèsLogis. Rien de rien pour la redistribution de la richesse. Mais, des faveurs aux entreprises pour diminuer leur contribution à l’impôt.

En santé, services et éducation, une utilisation électoraliste des surplus

C’est moins une quelconque volonté de redistribution des richesses sociales que la volonté de préserver ces minces bases électorales en répondant aux demandes de Legault et ses ministres qui ont fait de multiples promesses électorales pour se tailler de soutiens électoraux dans différentes strates de la population. C’est ainsi que le budget prévoit des investissements importants pour les services aux ainé-e-s et aux proches aidant-e-s.

Mais, comme le remarque l’IRIS, un oubli important a été fait par le ministre. Après avoir reporté le gel salarial des médecins dès sa prise du pouvoir, voici que le gouvernement demeure muet sur la rémunération des médecins qui compte pourtant pour 19% du budget de la santé. Il aurait été possible en s’attaquant à ce problème de dégager des sommes plus importantes pour le secteur de la santé. Cela aurait permis au gouvernement de ne pas oublier les infirmières qui espéraient que leurs revendications pour la baisse du ratio infirmières/patient-e-s reçoivent un financement permettant d’aller dans cette direction. Il ne propose rien pour éliminer le recours aux heures supplémentaires obligatoires. Or, il n’en est rien. En fait, ce qui concerne la diminution des tâches des travailleuses et des travailleurs du secteur de la santé est demeuré en dehors des prévisions budgétaires du gouvernement. Il n’y a aucune volonté de s’attaquer à la pénurie de main-d’oeuvre dans les CHSLD dont le personnel est surchargé.

En éducation, le budget est en progression particulièrement en ce qui concerne les infrastructures scolaires et la mise en place des maternelles 4 ans. Mais la pénurie d’enseignant-e-s demeure un problème majeur que le budget semble ignorer. Rien n’est également prévu comme compensation financière pour les stagiaires en grève. Cela est d’autant inquiétant qu’il se permet d’uniformiser le taux de la taxe scolaire, ce qui ne profitera qu’aux propriétaires, et retirera 900 millions de dollars du réseau de l’éducation et ne prévoit que 200 millions pour compenser la perte de revenus. Alors que le ministre Girard annonce qu’il va mettre moins d’argent en santé et en éducation en 2021 et favoriser une baisse d’impôt à l’approche des élections, il y a de quoi s’inquiéter.

En environnement, une plus grande préoccupation pour les intérêts du capital financier que pour la lutte aux changements climatiques

Le Plan québécois des Infrastructures (PQI) connaît une hausse de 15 milliards et s’élève ainsi à 115.4 milliards de dollars. Une part importante de ces argents seront investis dans l’élargissement des infrastructures routières. Pour la région de Québec, le gouvernement Legault choisit d’investir 325 millions pour le 3e lien afin de réaliser des études, des plans et des devis contre l’avis de tous les spécialistes qui affirment que ce 3e lien favorisera l’étalement urbain et ne permettra pas d’en finir avec les problèmes des embouteillages. Le budget ne prévoit rien pour réduire (et encore moins abolir) les tarifs de transport collectif public et ne prévoit pas augmenter le budget des sociétés de transport.

Subventionner indirectement les entreprises automobiles produisant des voitures électriques pour la continuation du transport autosolo n’est pas le geste environnemental le plus inspiré. Subventionner les entreprises pour appuyer les transitions énergétiques et apporter de l’argent au lieu d’imposer un cadre réglementaire contraignant en matière de processus de production à ces dernières, c’est encore une fois bloquer la distribution et éviter que les entreprises paient leur juste part.

Le budget du gouvernement de la CAQ fait preuve d’une irresponsabilité totale en ce qui concerne le climat. Ce gouvernement évacue l’urgence climatique de son horizon et se contente d’investissements anémiques au niveau du transport collectif. Les jeunes qui ont rencontré le ministre de l’environnement, Benoit Charette, ont exprimé clairement leur mécontentement.

En somme

Contrairement aux lectures impressionnistes, il est clair que les grandes entreprises, les banques et leurs lobbyistes ont imposé leurs priorités économiques et politiques au gouvernement Legault. Les travailleurs, les travailleuses et les couches populaires n’y trouvent pas leur compte.

En ce qui concerne l’environnement, le gouvernement Legault a fait la preuve qu’il ne comprend rien de l’urgence de mettre sur pied un plan pour faire face à la crise climatique. Il est au service des entrepreneurs capitalistes. Se situer dans une situation attentiste face à ce gouvernement en exigeant de lui un plan adéquat ne peut que conduire à d’amères déceptions. C’est une rébellion pour un Québec indépendant et écologiste qu’il faut organiser. Cette dernière passe par le développement de l’auto-organisation de la société civile qui peut déboucher sur des mobilisations massives à l’exemple de la mobilisation étudiante. Elle passe également par l’élaboration démocratique, collective et citoyenne d’un plan de transition qu’il faudra soutenir par l’action y compris sur le terrain de la lutte pour un gouvernement solidaire. La démarche constituante doit s’articuler à la démarche de transition.

Bernard Rioux

Militant socialiste depuis le début des années 70, il a été impliqué dans le processus d’unification de la gauche politique. Il a participé à la fondation du Parti de la démocratie socialiste et à celle de l’Union des Forces progressistes. Militant de Québec solidaire, il participe au collectif de Gauche socialiste où il a été longtemps responsable de son site, lagauche.com (maintenant la gauche.ca). Il est un membre fondateur de Presse-toi à gauche.

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