Édition du 4 octobre 2022

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Gaz de schiste

Un exercice pédagogique, vraiment ?

Le député de Jonquière, Sylvain Gaudreault, reprochait lundi à l’équipe Couillard de « faire fi à [sic] des années de recherche sur la filière du gaz de schiste », nous apprend Le Devoir, ce mardi 3 juin. On multiplie les BAPE et les évaluations environnementales stratégiques, et cela même si leurs « conclusions sont les mêmes, très claires : pas d’acceptabilité sociale et des grands risques environnementaux, comme la contamination des eaux », a poursuivi en chambre l’élu péquiste. [1]

Selon M. David Heurtel, ministre de l’Environnement, du Développement durable et de la Lutte contre les changements climatiques, le Parti québécois mène une politique de « peur », de « procès d’intention » et d’« accusations non fondées ». Bonne façon de ne pas répondre.
Le PQ ne mène aucune « campagne de peur » et ne fait aucun « procès d’intention ». Il ne fait que traduire ce que pense une bonne majorité de la population, ainsi qu’un nombre sans cesse croissant de scientifiques et d’organismes internationaux. Il peut, semble-t-il, se le permettre, maintenant qu’il a brutalement été ramené sur les bancs de l’opposition.

En effet, par un phénomène étrange, dès qu’ils prennent le pouvoir, nos représentants semblent tout à coup devenir sourds à ce que leur disent leurs commettants. Difficile alors de savoir à quel moment ils sont sincères... Ceux et celles qui font de la politique par conviction, pour défendre des idées et des valeurs en lesquelles ils croient, sont devenus aujourd’hui denrées rares. Beaucoup adaptent leurs convictions aux exigences du pouvoir et... de l’argent, comme nous le montre amèrement la Commission Charbonneau.

Notre nouveau gouvernement prétend « avance[r] à un rythme qui est celui des citoyens » et que « plus la population va être informée, plus elle va être en mesure de nous suivre ». Est-ce vraiment en instituant une ÉESG qui doit mettre en lumière les « nouvelles technologies » utilisées par les sociétés afin d’extirper le pétrole ou le gaz de schiste, de l’aveu même de M. Pierre Arcand, ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, qu’on informe les citoyens ? Comment peut-on aujourd’hui, avec toutes les informations dont on dispose, continuer à vouloir exploiter les énergies fossiles ? Sans doute l’exploitation des hydrocarbures est-elle encore une source d’enrichissement pour ceux qui en possèdent, mais le secteur est voué à sa perte de l’avis même de plusieurs analystes financiers avisés.

Va-t-on encore longtemps reporter le moment où il faudra prendre les difficiles décisions qui s’imposent déjà depuis trop longtemps ? Des décisions qui bien sûr ne plaisent pas à tout le monde, mais qui n’en sont pas moins incontournables si l’on veut « laisser à nos enfants un monde plus sûr et plus stable », comme le déclarait lundi Barack Obama lors de l’annonce d’un grand plan visant à réduire significativement les émissions de gaz à effet de serre des centrales électriques américaines [2].

François Prévost

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