Édition du 7 avril 2026

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Un virage à gauche ? Les luttes à surveiller au congrès du NPD, au-delà de la course à la chefferie

Le congrès de Winnipeg, qui se tiendra ce week-end, sera le théâtre d’une bataille entre l’aile gauche et l’establishment du parti pour le contrôle de sa gouvernance.

Il faudra suivre le site du NPD pour connaître les résultats des débats sur ces propositions (PTAG ! )

Lundi 27 mars 2026 / DE : Saima Desai
[Date] / DE : The Breach
https://breachmedia.ca/left-turn-the-ndp-convention-
fights-to-watch-beyond-the-leadership-race/
Traduction Johan Wallengren

Le NPD pourrait bien se renouveler de fond en comble cette fin de semaine.

Et cela n’a jamais été aussi nécessaire, après l’effondrement presque complet du parti lors des dernières élections fédérales.

Le congrès du parti à Winnipeg verra l’aboutissement d’une course à la direction, avec deux favoris, Heather McPherson et Avi Lewis, qui proposent des approches nettement différentes. McPherson prône une politique plus modérée axée sur la conquête de sièges, tandis que Lewis plaide en faveur d’un parti socialiste démocratique appelé à devenir un partenaire des mouvements sociaux.

Mais alors que les gros titres des médias se concentrent sur la course à la direction du NPD, d’autres batailles auront lieu dans les jours à venir qui façonneront l’avenir du parti.

Non seulement les membres éliront un nouveau chef – le scrutin sera clos ce samedi –, mais les délégués présents à Winnipeg choisiront un nouveau comité exécutif et voteront sur des résolutions de politique.

La lutte pour le contrôle de l’exécutif élu du NPD – un organe de gouvernance qui prend les décisions clés concernant les finances et les affaires du parti – opposera l’establishment du parti à son aile gauche.

Une liste sortante, dont font notamment partie la présidente de la Fédération du travail de la Colombie-Britannique et trésorière du NPD, Sussanne Skidmore, et des responsables du Congrès du travail du Canada (CTC), est en compétition avec une liste comprenant des éléments de gauche comme Libby Davis, députée de longue date et militante contre la pauvreté qui a représenté le quartier est du centre-ville de Vancouver pendant près de 20 ans, et Niall Clapham Ricardo, avocat, ancien organisateur syndical et membre de l’organisation Voix juives indépendantes Canada.

La liste sortante est soutenue par les dirigeants de plusieurs syndicats, dont le CTC, les Métallos et les Travailleurs unis de l’alimentation et du commerce, qui représentent un bloc plus modéré au sein du NPD.

Les congrès du NPD sont également souvent le théâtre d’une bataille entre sa base, qui tente de faire adopter des résolutions de gauche, et les hauts dirigeants du parti, qui tentent de bloquer celles-ci. On en a eu un exemple en 2018, lorsque des députés et des membres du personnel du parti ont voté en masse contre une résolution sur la Palestine, l’empêchant ainsi d’être soumise au congrès.

Il n’en est pas allé autrement cette année.

Les membres ont soumis des centaines de résolutions en janvier, mais seulement quelque soixante-dix d’entre elles ont été sélectionnées pour avoir une chance d’être débattues. Parmi celles-ci, une douzaine environ seront présentées pour être débattues et faire l’objet d’un vote.

Voici plus en détail comment cela fonctionne.

Tout d’abord, les résolutions sont passées au crible et réparties dans des regroupements par les responsables du parti au sein d’un comité pré-congrès. Ensuite, les délégués au congrès – choisis par leurs associations de circonscription (AC), le groupe des jeunes du NPD, un syndicat affilié ou un groupe ouvert aux personnes non affiliées – votent en ligne pour les résolutions qu’ils favorisent.

C’est là que le processus devient opaque et dénué de transparence : sans révéler les résultats du vote, les responsables centraux du parti décident de l’ordre de priorité dans lequel les résolutions seront présentées au congrès. Un certain nombre de résolutions dans le bas du classement qu’ils établissent ne pourront pas être traitées dans le temps limité alloué au débat et au vote.

Les résolutions politiquement audacieuses qui passent moins bien auprès de l’establishment du parti arrivent rarement en tête de classement. Dans le cas qui nous préoccupe, les résolutions contre les oléoducs ou celles soutenant un ambitieux pacte vert ont été écartées des résolutions hautement prioritaires, malgré leur popularité.

Si une résolution est adoptée dans le cadre du congrès, elle est ajoutée au recueil des politiques du NPD, ce qui la rend susceptible d’amener le parti à modifier ses politiques ou ses statuts ou à prendre position publiquement sur une question – en tout cas, c’est ce qui peut en théorie se passer.

Voici cinq résolutions hautement prioritaires qui seront probablement présentées lors du congrès à Winnipeg ; certaines d’entre elles, provenant de l’aile gauche et axées sur des valeurs démocratiques, sont porteuses d’un potentiel de renouveau du parti.


1. Pour une mobilisation politique constante

En 2003, le Parti conservateur du Canada a fait une entrée en scène impressionnante en « unissant la droite » et en établissant de façon volontariste un mode de fonctionnement dans le cadre duquel les troupes du parti restent continuellement mobilisées, toujours en « mode campagne ».

Cette mobilisation est l’un des modes organisationnels ayant contribué à ce que le PCC puisse élargir sa base, dans le cadre d’une stratégie qui a permis au chef du PCC, Stephen Harper, d’accéder au pouvoir et de se maintenir pendant neuf ans au poste de premier ministre.

La résolution vise à faire adopter par le NPD un mode organisationnel inspiré de celui du PCC fondé sur un « engagement démocratique permanent, actif à longueur d’année ».

Dans cette optique, entre les élections, les circonscriptions électorales du NPD seraient épaulées par des organisateurs régionaux afin de maintenir une présence au sein des communautés locales et de mener des campagnes de sensibilisation sur des enjeux qui importent aux résidents.

La résolution a été mise de l’avant à l’initiative du Renouvellement du NDP, un groupe d’anciens députés et de militants qui défendent des propositions visant à démocratiser le parti et à donner plus de pouvoir à sa base. Elle figure en tête de la liste des priorités en matière de modifications constitutionnelles, alors il faut s’attendre à ce qu’elle fasse beaucoup parler d’elle.


2. Contre la privatisation des aéroports

« 2026 est le nouveau 2016  », dit le mème. Le gouvernement fédéral a dû en avoir vent, lui qui a ressuscité une mauvaise idée de 2016 qui n’a jamais levé : la privatisation des aéroports.

«  Le gouvernement examinera également les options de privatisation des aéroports », était-il brièvement indiqué dans le budget Carney de 2025. Pourtant, ce sont des milliards de dollars d’infrastructures publiques qui se cachent derrière ces quelques mots.

Or, lorsque la privatisation des aéroports a été sérieusement envisagée la dernière fois au Canada il y a dix ans, elle a connu un décollage raté sous le feu des critiques selon lesquelles elle augmenterait les coûts pour les voyageurs, abaisserait les normes de sécurité et détériorerait les conditions de travail.

Soutenue par le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), la résolution vise à faire en sorte que le NPD lutte contre « les politiques permettant aux autorités aéroportuaires de recourir à des sous-locations ou à des contrats de sous-traitance ou de créer des filiales en sollicitant des investisseurs privés et des fonds de pension pour investir dans les activités aéroportuaires ». Elle prévoit par ailleurs d’investir davantage de deniers publics dans les aéroports.

3. Pour la protection de la côte nord contre le trafic de pétroliers

Un moratoire sur le trafic de pétroliers le long de la côte nord de la Colombie-Britannique est en vigueur depuis plus de 50 ans, mais cela pourrait changer, alors que Mark Carney tente désespérément d’apaiser l’Alberta.

Le gouvernement envisage de lever cette mesure qui protège l’environnement fragile de la côte nord de la Colombie-Britannique contre les marées noires, une éventualité découlant du nouvel accord conclu avec la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, concernant un oléoduc de pétrole (sables bitumineux) reliant l’Alberta à la Colombie-Britannique.

Les Premières Nations ont exprimé leur « soutien profond, inébranlable et continu  » à l’interdiction des pétroliers dans cette zone. La résolution prévoit que le parti doit « s’opposer vigoureusement à toute tentative visant à affaiblir, à annuler ou à suspendre temporairement le moratoire relatif aux pétroliers  ».

Rob Ashton, candidat à la direction du NPD et président d’International Longshore and Warehouse Union Canada, s’était initialement prononcé en faveur de la suppression du moratoire, mais il a fait volte-face après avoir essuyé une vague de critiques.

4. Pour des négociations collectives sectorielles

Le modèle canadien de syndicalisation et de négociation collective a été conçu à une époque où beaucoup de gens travaillaient pour de grandes entreprises industrielles.

Aujourd’hui, les travailleurs sont plus susceptibles qu’à cette époque d’être employés par de petits employeurs ou des franchisés ou de travailler à la pige, ce qui les met à l’écart des conventions collectives, engendrant une faible densité syndicale, une baisse des salaires et de mauvaises conditions de travail.

La résolution vise à faire en sorte que si un candidat NPD est élu, le gouvernement fédéral instaure une négociation sectorielle qui « permette à un syndicat de demander à négocier pour l’ensemble d’un secteur et d’une région spécifiques s’il représente au moins 10 % de l’ensemble des travailleurs du secteur ».

Cette résolution bénéficie d’un large soutien de la part des AC, et le programme du favori à la direction, Avi Lewis, prévoit une expansion de la négociation sectorielle. Le Canada pourrait donc être plus proche que jamais d’un débat sur les conventions collectives au niveau sectoriel.

5. Pour des logements accessibles et abordables

La crise du logement n’est pas causée par une pénurie de logements, mais par une abondance de profiteurs.

Les solutions proposées par les gouvernements de droite consistent notamment à faire affluer encore davantage de crédit vers le marché immobilier et à mettre des fonds publics à la disposition de promoteurs privés. Du côté des économistes, on fait valoir que même si le rythme de construction de logements dépasse la croissance démographique, cela ne fera pas baisser leur coût, à moins que des mesures ne soient prises pour limiter le pouvoir des propriétaires et des promoteurs qui cherchent à maximiser le rendement de leurs investissements.

L’ambitieuse résolution prévoit qu’un gouvernement NPD devra mettre en place un programme permanent de logements sociaux avec pour objectif de faire en sorte que 20 % du parc immobilier canadien soit hors marché d’ici dix ans. Elle comprend en outre des mesures visant à multiplier le nombre de coopératives et de logements à but non lucratif et à réduire l’influence des profiteurs dans le secteur du logement.

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