Édition du 27 septembre 2022

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Livres et revues

Les failles du système « qui laissent entrer la lumière »

Villes rebelles de David Harvey

Publié le 13 octobre 2015 | tire d’entre les lignes, entre les mots

Ce recueil de textes montre la diversité des analyses de David Harvey autour de la ville, la géographie et le capitalisme, son attention particulière aux mouvements de résistance ou de réappropriation du tissu urbain.

L’auteur revient sur les travaux d’Henri Lefebvre, le « droit à la ville », le clivage urbain-rural, l’urbanisation chaotique, la production et la reproduction de la vie urbaine, le rôle des places centrales dans des mobilisations, les « multiples pratiques regorgeant elles-mêmes de possibilités alternatives ».

Sommaire :

Préface : La vision d’Henri Lefebvre

Première partie : Le droit à la ville

Chapitre 1 : Le droit à la ville

Chapitre 2 : Les racines urbaines des crises capitalistes

Chapitre 3 : La création du commun urbain

Chapitre 4 : L’art de la rente

Deuxième partie : Villes rebelles

Chapitre 5 : Reconquérir la ville au profit de la lutte anticapitaliste

Chapitre 6 : Londres 2011 : Le capitalisme sauvage descend dans la rue

Chapitre 7 : #OWS : Le Parti de Wall Street face à son ennemi juré

Je n’aborde que certains thèmes traités.

David Harvey souligne que l’étude des processus d’urbanisation dit quelque chose sur les déploiements du capital. L’auteur parle du rôle des dépenses d’infrastructure, de structuration de la ville, de l’absorption des capitaux, « excédentaires ». Suburbanisation, pavillon de banlieue, équipements ménagers, automobiles, consommation de pétrole, endettement, « la suburbanisation des Etats-Unis n’a pas été une simple affaire d’infrastructures nouvelles ». Il analyse le marché immobilier, sa mondialisation, le rôle des institutions municipales dans la concurrence entre villes, le changement d’échelle des processus urbains, sans oublier la face bancaire, celle des financements, de la titrisation des créances, du packaging de crédits hypothécaires, de la dispersion des risques. Je souligne les développements autour de la nécessité du système de crédit pour la circulation du capital, des investissements dans le bâti pour l’accumulation, des liens entre finance et institutions étatiques…

L’auteur parle de « la qualité de vie urbaine » devenue marchandise, des centres commerciaux, des multiplexes, des mégastores, des phénomènes de dépossession, de l’allongement des « chaines dorées », des liens entre production et utilisation du surproduit, des « racines urbaines des crises capitalistes »…

J’ai notamment été intéressé par les paragraphes sur la rente, les tensions entre concurrence et monopole, les contradictions entre production de l’uniformité et production de « lieux suffisamment uniques », les exemples de prix dans les « aventures vinicoles », la recherche de rentes de monopoles et d’originalité-unicité-authenticité, le poids des « images de marque », « le dilemme – approcher de la pure commercialisation au point de perdre les marques de distinction qui étayent les rentes de monopole, ou construire des marques de distinction d’une telle singularité qu’elles sont très difficiles à exploiter – est omniprésent ».

David Harvey souligne toujours les contradictions induites par les modifications des territoires urbains, les failles du système « qui laissent entrer la lumière » (Léonard Cohen). Il parle de la création du « commun urbain », de gestion raisonnable des ressources communes, des places et des mobilisations, de critique des droits individualisés de propriété privée, d’espaces d’espoir, des caractéristiques d’espace urbain « plus propices que d’autres à des manifestations de rébellion », des liens entre « questions sociales » et « questions urbaines », d’alternatives anti-capitalistes, des usines récupérées, des usines à gestion coopératives transformées « en centre culturels et éducatifs de quartier »…

Une contribution importante aux débats, par une prise en compte plus globale des contradictions présentes dans les modalités d’accumulation capitaliste, une attention particulière aux citoyen-ne-s, au déjà ici pouvant préfigurer le futur…

De l’auteur :

Paris capitale de la modernité : acceleration-du-temps-elargissement-de-lespace-et-reconfiguration-sociale/

Géographie et capital. Vers un matérialisme historico-géographique : De quels processus sociaux le lieu est-il le produit ?

Géographie de la domination :Production de l’espace

Le nouvel impérialisme :Accélération dans le temps et expansion dans l’espace

Le capitalisme contre le droit à la ville. Néolibéralisme, urbanisation, résistances :Domination et relations hiérarchiques de classe inscrites au sein même du paysage de la ville
Brève histoire du néo-libéralisme : robin-du-neoliberalisme-detrousse-les-travailleur-e-s-pour-redistribuer-les-richesses-aux-possedants-au-nom-de-la-liberte-dentreprendre/

Pour lire le Capital : quand-un-geographe-se-penche-sur-le-capital-marx-un-mode-demploi/

En compléments possibles

Sous la direction de Mike Davis & Daniel B. Monk : Paradis infernaux. Les villes hallucinées du néo-capitalise, Bruit de fond assourdissant, solitude et frontières intérieures

Sylvie Tissot :

De bons voisins. Enquête dans un quartier de la bourgeoisie progressiste, diversite-et-renouvellement-des-formes-de-linegalite/

L’État et les quartiers. Genèse d’une catégorie de l’action publique, la-creation-des-quartiers-sensibles/

Marylène Lieber : Genre, violences et espaces publics. La vulnérabilité des femmes en question, SciencesPo. Les Presses 2008, rappels-a-lordre-sexue/

Sous la direction de Cécile Gintrac & Mathieu Giroud : Villes contestées. Pour une géographie critique de l’urbain,lespace-nexiste-pas-en-soit-il-ne-peut-etre-pense-independamment-des-rapports-sociaux-qui-sy-deploient/

David Harvey : Villes rebelles

Du droit à la ville à la révolution urbaine

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Odile Demange

Editions Buchet Chastel, Paris 2015, 298 pages, 22 euros

Didier Epsztajn

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