Édition du 20 septembre 2022

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WikiLeaks dévoile 400 000 notes sur la sale guerre d'Irak

Depuis quelques jours, le Pentagone à Washington avait réuni une équipe de 120 experts pour se préparer à la deuxième vague de révélations de documents confidentiels par le site WikiLeaks. C’est chose faite depuis vendredi soir, avec une nouvelle avalanche de quelque 400 000 notes provenant pour l’essentiel des rapports d’incidents, rédigés par les officiers américains sur le terrain irakien entre 2004 et 2009, qui révèlent l’horreur de la guerre au quotidien.

Depuis quelques jours, le Pentagone à Washington avait réuni une équipe de 120 experts pour se préparer à la deuxième vague de révélations de documents confidentiels par le site WikiLeaks. C’est chose faite depuis vendredi soir, avec une nouvelle avalanche de quelque 400 000 notes provenant pour l’essentiel des rapports d’incidents, rédigés par les officiers américains sur le terrain irakien entre 2004 et 2009, qui révèlent l’horreur de la guerre au quotidien.

Comme lors de la première série de révélations, concernant en particulier le double jeu pakistanais dans la guerre d’Afghanistan, WikiLeaks a associé des médias de plusieurs pays afin, comme l’expliquent ses responsables, de « maximiser l’impact ».

De même, le site de Julian Assange a choisi de diffuser ces révélations à quelques jours des élections américaines de la mi-mandat. Il a expliqué sur la chaîne Al-Jazeera, citée par le site Owni.fr qui a réalisé un interface de visualisation pour WikiLeaks :
« En termes de timing, il est sage de divulguer les fichiers maintenant, quand ils peuvent avoir un grand impact. »

Voici comment la chaîne panarabe Al-Jazeera, qui a eu accès aux documents, a fait vendredi la promotion de « la plus grande fuite de documents militaires secrets ».

Comme l’explique toutefois Le Monde, le média français qui a eu accès aux documents : « Confidentiels, les “rapports d’incidents” ne sont pas classés secret défense. Les documents publiés par WikiLeaks ne contiennent pas les rapports des forces spéciales américaines, ni les mémos des services de renseignement. » Le journal précise que l’intérêt est ailleurs :
« […] les 400 000 rapports jettent un regard nouveau sur le lourd tribut que les populations civiles ont payé à la guerre. Les cadavres de milliers de femmes et d’hommes, victimes d’exécutions sommaires, ont été découverts par les soldats américains.

Ces mêmes soldats ont tué au moins six cent civils en six ans aux check points, ou en ouvrant le feu sur des véhicules pris pour une menace. Un nombre indéterminé, et minimisé dans les rapports, d’Irakiens ont été les victimes collatérales des frappes aériennes contre les insurgés ».
Selon l’interface d’Owni :
« Les documents de l’armée américaine recensent au moins six prisonniers morts dans les geôles irakiennes et la plupart dans les dernières années.
Dans un de ces documents, l’armée américaine suspecte les forces irakiennes d’avoir coupé les doigts d’un détenu puis d’avoir brulé son corps à l’acide.
Des centaines de rapports compilent des cas de coups, de brûlures, de coups de fouet. Apparemment, dans la plupart des cas, l’armée américaine semble avoir abandonné toute investigation, laissant cette charge aux autorités irakiennes. »

Le Hezbollah aurait entraîné des milices chiites d’Irak

Toujours selon Owni, les documents de Wikileaks révèlent une autre dimension de la guerre d’Irak : le conflit de l’ombre avec l’Iran :
« Les documents publiés aujourd’hui montrent quant à eux une nouvelle réalité. Les forces iraniennes joueraient un rôle crucial dans le support et l’entraînement des milices chiites en Irak. Plus précisément, les Gardiens de la révolution et le Hezbollah auraient joué un rôle-clé dans l’entraînement de ces milices.

Ces informations confirment l’importance du combat mené par les Etats-Unis et l’Iran afin d’étendre leur influence respective sur la région, les premiers cherchant à étendre leur contrôle et les deuxièmes à contrôler leur étranger proche.

Selon certains rapports, les services secrets iraniens auraient également joué un rôle crucial dans les différentes attaques contre des officiels irakiens. Selon un rapport publié en mars 2007, le ministre de l’Industrie était notamment dans l’œil du viseur de ces services, “afin de montrer au monde, plus particulièrement au monde arabe, que le plan de sécurité à Bagdad n’avait pas réussi à ramener la stabilité”, précise le rapport. »

L’équipe d’Owni.fr a rencontré Julian Assange à Londres

Julian Assange, l’insaisissable fondateur de WikiLeaks, a parfaitement orchestré ces révélations, élargissant le nombre de médias internationaux associés à la sortie, et contactant lui-même nos amis d’Owni, la société qui avait réalisé spontanément une application, fin juillet, pour mettre en scène les 75 000 documents alors diffusés par WikiLeaks.

Owni.fr a ainsi développé une nouvelle application pour naviguer à travers les 400 000 documents.

Sur Owni.fr, Nicolas Kayser-Bril raconte comment il a été contacté par Julian Assange qui avait eu écho du travail réalisé en juillet, et comment un rendez-vous a été fixé à Londres :
« Le rendez-vous est fixé. Ce sera mardi 12 [octobre], dans un bar londonien. On s’embarque donc dans l’Eurostar à destination de Saint-Pancras, Pierre Romera, développeur principal de l’application Warlogs et moi-même.
Une fois sur place, après quinze minutes d’une attente plus stressante que celle des résultats du bac, on nous mène vers le studio où l’équipe d’Assange se prépare à sa nouvelle action. Les bureaux, partagés avec l’une des grandes organisations journalistiques londonienne, ne ressemblent pas vraiment au local surprotégé qu’on aurait pu imaginer.

Julian Assange est beaucoup moins intimidant en vrai, sans son costume gris et ses longs cheveux blancs bien peignés. Ceci-dit, même s’il n’avait qu’une veste en cuir, des cheveux courts et en pétard et revêtait une barbe de trois jours, nous n’en menions pas large. Une équipe de 23 ans de moyenne d’âge venue parlementer avec l’homme qui fait trembler le Pentagone, cela avait quelque chose de cocasse.

“ Nous avons le même set de données que la dernière fois, mais plus gros. Et pour un autre pays, ”, commence Assange [toutes les citations sont de mémoire]. “ Nous avons beaucoup aimé l’application de crowdsourcing que vous avez réalisé et nous nous demandions si vous pouviez faire la même chose, avec cette fois-ci un peu d’avance. ” Combien d’avance ? “ Six jours. ” Ah.

Conscients des critiques dont avait été victime la fuite afghane -les noms de certains informateurs des armées d’occupation avaient été laissés en clair dans les documents- nous lui demandons si des mesures ont été prises pour retirer les données risquant de mettre des vies en danger. “ Tous les noms ont été retirés ”, affirme-t-il. “ Ce qui n’empêchera pas les critiques de fuser”, prévient, goguenard, l’une des personnes travaillant dans la pièce. […] »

Nicolas Kaiser-Bril explique qu’il a pris ses précautions par rapport à la polémique qui avait accompagné la première sortie de documents, notamment sur le danger de mort qu’ils auraient fait courir à des Afghans nommément cités, ainsi que par rapport à l’hébergement, et donc la responsabilité légale d’Owni. Il ajoute :
« Au final, l’application aura été designée en moins de huit heures, développée en quatre jours et sera hébergée sur les serveurs de ceux qui hébergent The Pirate Bay, en Suède, et sur un serveur à leur nom. Le samedi 16, nous étions à 95% prêts. Il ne nous restait plus qu’à obtenir les fichiers, dont nous croyions qu’ils sortiraient le lundi matin, après avoir lu l’article de Wired.

Nous savons maintenant que la date du lundi matin était une diversion. Du coup, nous avons passé le reste de la semaine à améliorer et corriger les derniers bugs de l’appli. WikiLeaks a repris contact avec nous jeudi pour mettre les fichiers directement sur les serveurs. Avant de lui donner les codes d’accès, une vérification d’identité s’imposait, en lui posant une question dont seuls lui, Pierre et moi connaissions la réponse : “Quel était le parfum du narguilé que nous avons fumé au restaurant, à Londres ? ” »

Les preuves d’une sale guerre

Un petit parfum de roman d’espionnage, en fait, pendant que le Pentagone était sur les nerfs et attendait de connaître l’ampleur de ce qui allait lui tomber sur la tête.

Les informations de WikiLeaks font effectivement, ce vendredi soir, les gros titres des sites du monde entier. Mais les révélations sont d’une moindre portée que celles qui avaient lourdement impliqué le Pakistan dans la première série.
Cette fois, on est plus dans la confirmation, dans l’illustration dans le détail, que c’est vraiment une sale guerre que les Etats-Unis ont menée en Irak, avec un prix en vies humaines civiles colossal, et en s’appuyant sur des alliés qui n’ont pas pris de gants.

On s’en doutait déjà : WikiLeaks donne les documents pour le prouver.

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