Édition du 24 mai 2022

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Syndicalisme

8 mars : L'avenir que nous voulons

S’exprimer sur des enjeux relatifs à la condition féminine et aux droits des femmes peut sembler délicat pour un homme. Mais on peut le faire, sans perdre de vue que l’important, c’est de savoir écouter. Et, parfois même, de prendre la parole en compte.

Je suis enseignant au primaire. J’ai donc toujours travaillé, puis milité syndicalement, dans des milieux à forte prédominance féminine. Comme dirigeant syndical, j’ai aussi pleinement conscience de représenter très majoritairement des femmes, lesquelles constituent près de 80 % du membership de la CSQ. Éducation, enseignement supérieur, petite enfance, santé, culture et milieu communautaire, les femmes sont au cœur de l’ADN de notre centrale.

Rassembleur, proactif et inclusif, je me sens interpelé par le thème de la Journée internationale des droits des femmes de cette année, « L’avenir est féministe ». Cet avenir dont il est question, c’est aussi le mien.

Est-ce que je veux faire partie d’un avenir qui soit féministe ? Absolument !

Parce que c’est complètement cohérent avec les valeurs que le mouvement syndical défend et auxquelles j’adhère. Militer pour une société plus juste, plus équitable, plus progressiste, plus solidaire, plus verte, même, c’est aussi se projeter vers des lendemains féministes.

Et, bien entendu, cette vision du monde qui nous habite et que nous défendons, elle ne s’arrête pas aux portes de nos milieux de travail et de nos organisations syndicales. Nous l’envisageons dans toutes les sphères de nos vies : à la maison, au travail et dans le cadre de nos études, comme parents, travailleuses et travailleurs, citoyennes et citoyens ainsi que dans nos relations personnelles. Elle fait partie de nous, tout simplement.

Une moitié plus touchée

Comment ignorer à quel point les deux dernières années ont touché inéquitablement les femmes ? On le sait, la pandémie et les conséquences du contexte sanitaire se sont traduites par des pertes d’emplois – et, donc, de revenus – plus accentuées chez les femmes, une surexposition au risque de contamination, une surcharge de travail, des difficultés croissantes de conciliation famille-travail, notamment dans un contexte de télétravail. Et c’est sans compter la violence conjugale et la hausse dramatique des féminicides. Bref, les femmes ont subi de plein fouet la crise.

Est-ce que je veux faire partie d’un avenir qui soit féministe ? Absolument !

Au Québec, les trois quarts des employées de l’État sont des femmes, et environ le tiers des femmes qui travaillent occupent un emploi dans les services publics. La pandémie a aussi mis en lumière les failles de nos réseaux et révélé au grand jour à quel point ils sont fragilisés.

Des choix de société féministes

En ce sens, l’avenir du Québec, je le souhaite effectivement féministe. Je désire faire partie d’une société qui fait le choix social et économique d’investir dans des secteurs à prédominance féminine (éducation, santé, petite enfance).

Au moment d’écrire ces lignes, le gouvernement annonce de nouveaux allègements et fait poindre la fin du contexte d’urgence sanitaire. Bientôt, la relance économique reprendra sa place dans le vocabulaire quotidien, comme un mantra, en vue du dépôt du budget du Québec. Mais la relance ne doit pas passer uniquement par des investissements d’argent publics dans des secteurs économiques traditionnellement masculins, pas cette fois !

Une roue qui tourne : la surcharge amène plus de surcharge

La pénurie de main-d’œuvre sera évidemment un enjeu incontournable pour les prochains mois. Dans nos écoles, nos centres, nos hôpitaux, nos collèges, nos universités, nos centres de la petite enfance, partout, le manque de personnel affecte nos milieux. Le gouvernement mise sur des initiatives pour attirer et recruter des travailleuses et des travailleurs dans nos réseaux, mais il faudra, plus tôt que tard, se pencher sur ce qu’il faut faire pour retenir celles et ceux qui en font déjà partie. Il est temps de « prendre soin du monde qui prend soin du monde », pour le dire ainsi.

Comme organisations syndicales, nous recevons des membres un message clair : c’est à la surcharge, à la pénibilité et aux conditions de travail qu’il faut s’attaquer. Et nous avons la responsabilité de porter leur voix.

Enrayer la violence : ça passe par le collectif

Dans le contexte spécifique de la violence faite aux femmes, nous avons aussi un rôle à jouer pour nous assurer que les milieux de travail sont des alliés des victimes.

En ce sens, le projet de loi no 59, qui modifie la Loi sur la santé et la sécurité du travail, amène de nouveaux leviers en imposant l’obligation, pour les employeurs, d’inclure la violence conjugale dans leurs plans de prévention. Le milieu de travail est parfois le seul endroit sécuritaire et synonyme d’un peu de liberté pour ces femmes. Sensibiliser, être vigilants, accueillir, agir et soutenir, il y a des pratiques à déployer et à implanter largement. C’est toute la société qui doit s’impliquer pour enrayer les problèmes de violence.

Je nous invite donc à faire en sorte que l’avenir soit fait de la somme de nos luttes collectives, de solidarité et d’équité. Un avenir féministe.

Éric Gingras

Président de la CSQ (2021-...)

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