Édition du 15 septembre 2020

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Afrique

Algérie. De la pandémie Covid-19 à la « pandémie » du chômage

La pandémie du coronavirus n’est plus uniquement une crise sanitaire qui guette l’humanité entière, elle a des conséquences immédiates sur nos économies, de facto sur le « marché » du travail.

Tiré de À l’encontre.

A cause de cette pandémie, des millions de travailleurs et travailleuses ont perdu leurs emplois à cause des licenciements économiques et la mise en arrêt de plusieurs unités industrielles et des services. Les salariés des PME-PMI sont les plus touchés, notamment celles liées par des contrats de sous-traitance avec les grandes entreprises. La globalisation libérale et son interdépendance aura des effets domino sur les emplois, notamment précaires. Selon l’Organisation Internationale du Travail (OIT) « 25 millions de personnes pourraient se retrouver au chômage et prévoit une baisse du revenu des travailleurs allant jusqu’à 3400 milliards de dollars. Cependant, il apparaît déjà clairement que ces chiffres puissent sous-estimer la force de l’impact. »

La « pandémie » du chômage touchera essentiellement le secteur de la restauration, hôtellerie et autres services, les premiers touchés sont les vendeurs, les serveurs, le personnel de cuisine, les bagagistes et les employés des services de nettoyage. Devant la précarité des relations de travail et l’absence dans la majorité des cas des indemnités de chômage, ces licenciements vont plonger des millions de familles dans la plus grande misère. La propagation rapide du Covid-19 va amplifier aussi la « Pandémie » du chômage, de la misère et des inégalités sociales. Pour rappel, à travers le monde, ce sont 2 milliards de travailleurs (61,2 % de la population active mondiale) qui ont un emploi informel. N’ayant pas de protection adéquate, révèle l’OIT.

Les travailleurs précaires, premières victimes

Dans les pays du tiers-monde aux économies fragiles et dépendantes, la situation est plus dramatique, comme l’Algérie. Des pays ou le « marché » du travail se caractérise par la dominance de l’emploi privé et précaire.

En Algérie, dont la population active est estimée à 11,048 millions de travailleurs, le secteur privé emploie 6,95 millions de travailleurs, soit 63% de l’emploi total en Algérie, selon l’Office national des statistiques (ONS). Quant au secteur public, il absorbe près de 4,09 millions de travailleurs, soit 37% de la population occupée. Une enquête précédente de l’ONS démontre que plus 35% de la population active ont un statut précaire. Des travailleurs précaires concentrés essentiellement dans le secteur du BTPH (Bâtiment, travaux publics et hydraulique), services, agriculture et pêche, hôtellerie, journaliers… pour ne citer que cela.

Ces millions de précaires sont en ce moment sans revenus et sans épargne suffisante pour affronter les semaines ou mois à venir. Si la situation empire, on aura des millions de personnes sans ressources face au marteau du Covid-19 et à l’enclume de la misère. Quant aux demandeurs d’emploi, ils peuvent attendre, car le peu de postes offerts sont bloqués, y compris dans le secteur de la santé.

Face à la « pandémie » du chômage qui risque de se généraliser et de durer dans le temps, notre gouvernement ne montre aucune volonté ou intention de prendre en charge cette nouvelle donne due à cette crise sanitaire. Il demeure attaché à la doxa libérale qui interdit toutes dépenses publiques conséquentes pour porter secours aux victimes de leur propre système économique. Il demeure attaché à cette politique d’austérité qui a paupérisé des pans entiers de la société. Contrairement à leurs discours hypocrites, le gouvernement et le patronat ne veulent pas mettre la main dans la poche pour venir en aide à ces millions de salarié·e·s qui risquent de plonger dans la précarité totale. De venir en aide à ces millions de familles qui ne pourront pas s’offrir de la nourriture et un verre de lait pour leurs enfants. La preuve, l’instruction présidentielle ne prend pas en considération les travailleurs précaires, journaliers, artisans, manœuvres, serveurs… etc.

La bureaucratie locale et l’ensemble des démembrements de l’Etat seront incapables de faire face à cette donne, si des mesures d’urgences ne sont pas prises rapidement.

Les travailleurs du secteur formel ne sont pas à l’abri

Depuis quelques semaines suite à l’apparition du Covid-19 en Algérie, le gouvernement a pris quelques mesures pour éviter la propagation du virus dans les lieux de travail. Des centaines de milliers de salariés ont été mis en congé dans tous secteurs confondus. Cependant tout en défalquant ces journées de leurs congés annuels. Dans le secteur du BTP, beaucoup d’entreprises ont déjà mis leurs ouvriers en congé sans solde. L’ENIEM (Entreprise nationale des industries de l’électroménager) propose la même chose à ses ouvriers si le confinement continue. Dans les centres commerciaux, comme ARDIS (chaîne d’hypermarchés propriété du groupe Arcofina), le patron demande de réduire le salaire des travailleurs de l’ordre de 50%. Si le confinement tarde encore, des milliers de travailleurs seront mis en chômage technique, les contrats à durée déterminée non renouvelés, notamment dans la PME-PMI. Ainsi, dans un pays où l’assurance chômage n’existe pas, des centaines de milliers de travailleurs vont grossir les rangs des chômeurs. Bien sûr, ce phénomène va toucher essentiellement les 63% de la population active qui travaille dans le secteur privé. Quel sera le sort des milliers de salariés qui travaillent dans le secteur privé dans le cadre du dispositif pré-emploi (ANEM) ? Quel est le sort des autres milliers de salariés qui travaillent dans le secteur de la sous-traitance ?

Les inspections du travail, déjà absentes dans le contrôle des mesures de protections pour les travailleurs en activité, sont interpellées pour assumer leur rôle dans cette phase ou des licenciements massifs sont annoncés. Les mesures de confinement et de couvre-feu ne feront qu’amplifier les choses, notamment dans les régions concernées par le couvre-feu de 15h a 7h du matin.

Pas touche à mon poste d’emploi

Face à cette crise du chômage qui nous guette, face à ce risque de perte des postes d’emplois et de nos acquis salariaux, les syndicats, les travailleurs, les partis et militants de tout bord doivent se mobiliser davantage pour interdire tout licenciement économique. Le paiement de l’intégralité des salaires pour les travailleurs confinés sans toucher à leurs congés annuels. L’Etat doit payer les salaires pour l’ensemble travailleurs journaliers, des petits artisans, saisonniers de l’agriculture, femmes de ménages indépendantes, etc. L’Etat doit aussi octroyer des d’indemnités conséquentes pour l’ensemble des travailleurs précaires, journaliers et artisans pauvres (allocation chômage pour les chômeurs et les femmes au foyer). Quant aux patrons qui ne respectent pas les normes de prévention contre le Covid-19 et qui continuent à faire travailler ses salariés dans des secteurs non essentiels, ces derniers doivent être sanctionnés durement. Des sanctions qui doivent aller jusqu’à l’emprisonnement et à la nationalisation de l’entreprise en question, et cela pour mise en danger de vies humaines. (Parti socialiste des travailleurs, 7 avril 2020)

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