Édition du 16 juin 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Les élections 2015 vues du reste du Canada

Canadian Dimension

Arrêtez Harper

Il est difficile de se rappeler un personnage aussi conflictuel dans l’histoire politique récente du Canada que Stephen Harper. Peu de premiers ministres ont provoqué autant d’animosité chez les canadiens et canadiennes.

Bien sûr, ce n’est pas seulement Harper lui-même qui provoque cette hostilité, mais sa complicité avec les grandes entreprises et leur projet politique de fondamentalisme de marché qui vise à détruire l’État social, avec toutes les protections chèrement gagnées par la population canadienne, et l’abolition des indispensables réglementations environnementales. Harper a marqué ce projet de son empreinte personnelle avec une passion évangélique, débordant sur la droite de nombreux autres gouvernements de l’hémisphère nord, même à certains égards les États-Unis.
La population canadienne, dont la plupart n’a pas voté pour Harper (quand elle a simplement pris la peine de voter), n’a pas pris cette question à la légère.

Pratiquement tous les aspects de l’offensive antisociale de Stephen Harper – que ce soit les attaques contre les droits et le bien-être de la classe ouvrière et populaire, la politique étrangère israélo-centrique, l’agression même contre les voix modérées de la société civile ou encore le démantèlement des règlementations et du cadre démocratique permettant un fonctionnement étatique honnête - ont été confrontés à une opposition farouche de la part d’une population indignée à travers le pays.
Les soi-disant pouvoirs libertaires de Stephen Harper ont été mis à la poubelle par les groupes de liberté civile qui luttent contre la loi draconienne C-51 laquelle porte atteinte à un éventail de libertés canadiennes. À travers tout le pays, les gens sont devenus créatifs et se sont engagés dans cette lutte. De nouvelles initiatives de mobilisation électorales ont vu le jour, des sites Web, de l’humour, des chansons, des vidéos satiriques et des groupes de pression qui ont ciblé chaque partie de l’agenda politique de Stephen Harper : les droits civils, les pipelines, les droits des autochtones, le sous-financement de la radiodiffusion publique,l’augmentation des peines d’emprisonnement , les droits syndicaux, une politique étrangère de plus en plus militariste, l’inaction sur le changement climatique, une offensive contre les droits des électeurs et électrices (par le biais de la soi-disant Loi sur l’intégrité des élections C-23,et la Loi sur le vote des citoyens C-50), l’abolition de livraison postale à domicile, les attaques contre les organisations progressistes au moyen de Revenu Canada, et la liste continue.

Et pourtant, Harper a encore des chances d’être réélu. Sa caisse électorale est aussi grande que celles des partis d’opposition réunis, sa base électorale est fidèle et motivée, tandis que l’opposition est divisée entre trois Partis. L’une des principales préoccupations de ceux et celles qui sont opposés à l’Harperisme se résume à une question assez banale à savoir si le vote stratégique pourra défaire Harper en Octobre - une fatalité de notre système électoral uninominal à un tour antidémocratique. Comme d’habitude pour ceux et celles qui se situent à gauche (et beaucoup d’autres qui ne s’identifient pas ainsi), cette élection porte sur ce que nous ne voulons pas plutôt que de refléter ce que nous voulons vraiment.
Si l’augmentation du mécontentement politique ne se combine pas avec la stratégie de la droite de décourager les gens d’aller voter, une plus grande proportion de la population canadienne ira voter en Octobre que lors des élections précédentes. Parmi les ardents opposants au gouvernement Harper beaucoup voteront pour le NPD et certains pour les Vert par manque d’alternatives de gauche plus cohérentes.
Le meilleur résultat possible dans cette élection est, assez tristement, un gouvernement minoritaire de centre-gauche qui ne parviendra pas à traduire l’énergie et l’imagination de toute l’opposition au projet de Harper de laisser la société aux mains de l’économie de marché.

C’est un danger réel. Après le règne de idéologues conservateurs dans les années 1980 aux États-Unis (Reagan) et au Royaume-Uni (Thatcher), les régimes Démocratiques et Sociaux-Démocrates qui ont pris le pouvoir ont abandonné leurs engagements traditionnels et ont contribué à déplacer l’ensemble de l’échiquier politique sensiblement vers la droite. Tony Blair et Bill Clinton représentaient à la fin un visage à peine plus acceptable de l’autoritarisme et de l’austérité. Dans chaque cas, s’en est suivie une grande démobilisation des forces populaires. Cela indique que cela pourrait se produire au Canada avec des libéraux qui mènent la charge à pour la sécurité nationale et le NPD qui refuse d’augmenter les impôts, même sur les plus riches.

La meilleure position pour la gauche à prendre dans cette élection pourrait bien être de dresser une liste des questions incontournables concernant certains des engagements électoraux du NPD auxquels ils devront rendre compte dans la période post-électorale. Ceux-ci pourraient inclure l’abrogation de la loi C-51, un programme national de garderies, 15 $ le salaire minimum, la réforme électorale basée sur la proportionnalité, la restauration de la livraison du courrier et la fin de toutes les aventures militaires à l’étranger au Canada.

Mais peu importe que nos options soient limitées, nous devons faire tout ce qu’on peut pour nous assurer de défaire le boss Harper et son affreux régime. C’est important.

Quoi qu’il arrive le 19 octobre, nous devons envisager ce qui arrivera ensuite. Au-delà de la tâche nécessaire de tenter d’obliger le NPD à tenir ses promesses les plus progressistes, la gauche indépendante a besoin de commencer à construire des organisations et des réseaux pancanadiens avec des programmes plus radicaux qui ont une perspective à long terme et qui abordent les questions que le NPD est sûr de contourner, comme l’imposition d’un moratoire sur les sables bitumineux et la transformation du système bancaire pour qu’il soit d’utilité publique -des types de réformes structurelles essentielles pour atténuer et renverser certains des dommages infligés au Canada durant les neuf ans de Harper.

Traduction André Frappier

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