Édition du 19 janvier 2021

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Trois raisons pour souhaiter la victoire du NPD

L’engagement de Mulcair à l’effet que le NPD puisse présenter un budget équilibré sans augmentation d’impôt important renforce un élément clé du dogme néolibéral. Ceux qui défendent cette position en prétendant que la gauche est contre les déficits passent complètement à côté de la question.

La position du NPD envoie le signal à Bay Street qu’un gouvernement néo-démocrate n’adopterait pas une attitude très différente de celle des conservateurs en matière de taxes et services publics. L’engagement de ne pas faire de déficit indique la volonté de Mulcair à imposer plus d’austérité sur un secteur public déjà affaibli.

Le fait demeure que la campagne du NPD a pour conséquence qu’il est plus difficile de les appuyer pour ceux et celles d’entre nous qui croient que les services publics doivent être renforcées, et non pas affaiblis, qui savent que des mesures drastiques pour répondre à l’urgence du changement climatique est attendue depuis longtemps, qui ne veulent pas que les grandes entreprises aient encore plus de pouvoir, et qui soutiennent la résistance palestinienne contre l’occupation et la répression. Ce que le NPD est en train de faire est d’aucune aide pour tous ceux et celles d’entre nous qui comprennent que notre détermination est liée à la lutte contre la crise écologique et le projet néolibéral de faire de cette société coloniale capitaliste une société encore plus orientée vers les profits et la soumission au pouvoir des entreprises, peu importe qui est élu à la Chambre des Communes.

Pourquoi alors les éditeurs de New socialiste Webzine espèrent-ils que le résultat de cette élection soit un gouvernement majoritaire NPD ? Il est évidemment que ce n’est pas parce que nous partageons le programme politique du NPD. Nous méprisons la volonté de ses dirigeants de montrer qu’on peut leur faire confiance pour administrer une société régie par une petite classe de chefs d’entreprises et de bureaucrates sans modification du cadre néolibéral.

Nous ne pensons pas qu’un gouvernement néo-démocrate pourrait livrer plus que quelques réformes très modestes qui proviennent de son programme, comme un programme de services de garde pancanadien, à moins qu’il ne subisse la pression de la rue. Et dans cette période d’austérité et de baisse des mobilisations il est difficile de penser que les déceptions engendrées par un gouvernement néo-démocrate conduiraient rapidement ceux et celles qui avaient voté NPD dans l’espoir d’un changement réel, à se tourner brusquement vers une politique radicale.

Le meilleur du pire

Il y a trois raisons pour lesquelles une victoire NPD serait la moins pire des options possibles dans cette élection.

Premièrement, il serait moins difficile à pousser un gouvernement néo-démocrate à adopter des réformes qui allégeraient un peu le fardeau de la population ouvrière qu’un gouvernement conservateur ou libéral. Mais nous le répétons : il faudra une forte pression pour les amener à adopter des changements substantiels, comme l’expérience des derniers gouvernements néo-démocrates provinciaux nous l’a démontré.

Deuxièmement, un gouvernement néo-démocrate serait moins susceptible d’enfoncer le clou plus profond. Il est peu probable qu’il approfondisse les assauts antisyndicaux et les agressions anti-écologiques dont nous avons été témoins de la part du gouvernement fédéral au cours des dernières années, ou qu’il pousse pour des changements encore plus graves à la politique de l’immigration et prenne une position plus agressive envers les relations avec les Premières nations (positions qui sont à craindre de la part d’un gouvernement conservateur ou libéral). Le nouveau gouvernement NPD de l’Alberta a bien illustré cette situation au cours de ses premiers mois au pouvoir. Bien que le NPD ne soit plus le parti réformiste social-démocrate qu’il était autrefois, il n’est pas encore devenu aussi profondément néolibéral que l’est devenu la bureaucratie du Parti travailliste au Royaume-Uni (qui est horrifiée de l’élection inattendue du dissident de gauche Jeremy Corbyn en tant que chef du Parti travailliste).

Le fait n’est pas que le NPD ne pourrait se lancer dans des politiques réactionnaires sur un ou plusieurs enjeux - nous avons vu des gouvernements similaires agir dans ce sens en Europe occidentale, en Australie et en Nouvelle-Zélande, ainsi que des gouvernements provinciaux néo-démocrates également. Cela dépendra beaucoup de la pression de la classe capitaliste et de ce qu’un gouvernement NPD jugera important pour les satisfaire tout en préservant sa capacité à obtenir le soutien des militantes et militants syndicaux et populaires afin de gagner la prochaine élection .

Troisièmement, l’expérience d’un gouvernement fédéral NPD démontrerait les limites du NPD beaucoup plus clairement que tout autre gouvernement provincial néo-démocrate ne le pourrait jamais. Malheureusement, la conclusion à laquelle arriverait la plupart des gens en voyant le NPD gérer la société dans le même sens que leurs prédécesseurs serait probablement "il n’y a pas d’alternative." Mais d’autres seront ouverts à une interprétation différente, soit qu’un gouvernement Mulcair qui ne peut rien changer qui soit inacceptable pour les secteurs les plus puissant de la classe capitaliste indique que nous ne pouvons pas compter sur le NPD pour effectuer les types de changements qui sont nécessaires.

Si le NPD gagne, la gauche radicale actuellement fragmentée aura vraiment besoin de se rassembler si nous voulons encourager les gens qui veulent plus que ce Mulcair offre et mette leur énergie dans la construction de mouvements.

Traduction André Frappier

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