Édition du 10 décembre 2019

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Le Monde

Brève trêve et nouveau boom du réarmement des puissances nucléaires

Les États-Unis et la Russie, les deux principales puissances nucléaires, ont réduit leurs arsenaux atomiques en 2018. Mais il ne s’agit que d’une trêve momentanée. Une étape précédant l’augmentation imminente de leurs armements.

article et photo tiré de NPA 29
http://npa29.unblog.fr/2019/08/19/missiles-publico/

Les puissances nucléaires sont en pleine escalade

Une course, de moins en moins discrète, qui a pour objectif la modernisation des armées et des arsenaux atomiques, qui implique une augmentation considérable des ressources budgétaires et des lignes de financement supplémentaires.

Bien qu’ils aient fait une pause en 2018, c’était un pas en arrière pour prendre de l’élan et activer les financements généreux qui, dans les années à venir, auront mission d’actualiser les capacités destructrices, dans un nouvel ordre mondial – plus unilatéral et avec moins de marge à l’action diplomatique.

La militarisation est devenue une tendance qui dérive de la doctrine américaine, « America First » de l’administration Trump, qui a abandonné, de son propre chef, l’architecture de pactes de dénucléarisation de la fin de la guerre froide. Jusqu’à l’année dernière on allait vers la réduction du nombre d’ogives nucléaires stockées par les neuf puissances nucléaires.

De 14 565 en 2017 à 13 856 fin de 2018, comme l’indique dans son rapport annuel l’Institut international d’études de la paix (SIPRI), un groupe de réflexion (think tank) basé à Stockholm considéré comme la plus haute autorité indépendante dans la surveillance des armements des grandes puissances.

« Malgré la diminution du nombre d’ogives nucléaires, tous les pays en possession d’armes atomiques accélèrent la modernisation de leurs arsenaux », a déclaré Jan Eliasson.

Le président et ancien secrétaire général adjoint des Nations unies, Jan Eliasson, précise : « Malgré la diminution du nombre de têtes nucléaires, tous les pays en possession d’armes atomiques accélèrent leur modernisation de ses arsenaux ; c’est la question clef en ce moment. « 

Les Etats-Unis et la Russie, qui ont joué le premier rôle dans ce déclin spectaculaire des ogives nucléaires opérationnelles. Mais aussi bien sûr, le reste des pays appartenant au club nucléaire et auxquels le SIPRI ajoute, outre la Chine, le Royaume-Uni et la France, États permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies, l’Inde, le Pakistan, Israël, qui n’a jamais admis le stockage d’armes nucléaires, et la Corée du Nord.

Et, en dehors du nucléaire, c’est pareil dans pratiquement tous les pays de la planète. En 2018, les dépenses militaires dans le monde s’élevaient à 1,82 milliard de dollars, soit plus que le PIB espagnol ou 2,1% de la taille de l’économie mondiale. A raison de 239 dollars par citoyen. C’est la première fois que les dépenses de défense connaissent une augmentation de 2,6% par rapport à 2017 et de 5,4% par rapport à l’exercice 2009.

Inventaires nucléaires à la hausse

Selon les calculs du SIPRI, Washington et Moscou ont réduit leurs stocks. De 265 et 350 têtes respectivement. L’Inde et la France les ont conservées, alors que le Royaume-Uni, le Pakistan, l’Inde, la Chine, la Corée du Nord et « probablement » Israël les ont augmentés.

La raison de la réduction des ogives nucléaires est que les deux puissances, les États-Unis et la Russie, qui représentent plus de 90% des armes atomiques de la planète, ont atteint en 2018 la limite d’armes fixée par le traité START pour ce type d’armes de destruction massive, dont la date d’expiration expire en 2021.

Dans le cas américain, les experts du SIPRI soulignent que, sous la présidence de Trump, les États-Unis ont pris quatre mesures budgétaires majeures pour moderniser leur arsenal nucléaire, dans le cadre de l’initiative intitulée Nuclear Posture Review (NPR), lancée sous le deuxième mandat de Barack Obama.

Ses objectifs incluent la nécessité de réduire les arsenaux nucléaires actuels afin de développer de nouvelles versions et de modifier les structures atomiques obsolètes. Ils soulignent la prolifération des missiles à courte et moyenne portée des sous-marins nucléaires, bien qu’ils disposent déjà de 1 000 bombes et de missiles de croisière à courte portée. Le NPR juge cet arsenal « insuffisant », sans fournir de « preuves » sur ce possible déficit de capacité en armes considérées comme non stratégiques, ce qui incite les autres puissances à agir dans le même sens.

Sur la Russie, l’étude explique que sa tactique nucléaire renouvelée vise à « réduire la supériorité des États-Unis en termes de forces conventionnelles et à maintenir l’impulsion dans le domaine nucléaire ».

Les dépenses les plus récentes de l’armée russe visent les nouveaux sous-marins nucléaires équipés de missiles de croisière – et bien sûr de têtes atomiques – déployés dans les eaux territoriales proches de l’Europe et de l’Asie et destinés à contrecarrer le bouclier antimissile et le déploiement des missiles américains des pays alliés des deux continents. Avec le renforcement des accords militaires avec la Chine, intéressés à obtenir des capacités atomiques partagées avec Moscou.

Il insiste également sur l’importance des missions militaires du Kremlin dans l’Arctique, l’Atlantique et le Pacifique, la vente de deux bombardiers Tu-160 au Venezuela qui étaient auparavant utilisés dans le nord de la Russie pour lancer des missiles de croisière (longue portée). La Russie possède 4 330 têtes nucléaires, dont environ 1 830 sont classées comme non stratégiques.

La Chine, quant à elle, compte environ 290 ogives nucléaires et a également lancé une stratégie visant à développer ses forces atomiques, bien que cela contrevienne à son engagement de ne pas utiliser son pouvoir de destruction en premier. Leurs dirigeants admettent que la modernisa-tion de leur arsenal est centré sur l’amélioration de leur capacité à réagir aux attaques éventuelles.

L’Inde et le Pakistan, deux des ennemis les plus irréconciliables de la planète, maintiennent la tension. New Delhi prétend avoir entre 130 et 140 armes atomiques, contre 150-160 de son voisin pakistanais. Tous deux ont augmenté leurs stocks avec entre 10 et 20 têtes nucléaires l’année dernière.

Une augmentation similaire à celle de la Corée du Nord, à laquelle le SIPRI accorde une capacité nucléaire de 20 à 30 missiles. Les experts mentionnent à plusieurs reprises dans le rapport l’enchevêtrement d’opacité constaté chez les autorités officielles des puissances atomiques.

Surtout ceux des États-Unis, du Royaume-Uni et de la France. Et, bien sûr, ceux d’Israël, qui essaient toujours de ne pas se déclarer membre de ce club. Leurs données sont basées sur des tests balistiques et sur le rythme des livraisons de matériaux et de marchandises destinées à la fabrication de ces armes et à l’industrie militaire.

Tensions stratégiques en Europe

Les virages des puissances nucléaires inffluent également sur les les doctrines des autres armées. Alliés ou non de l’OTAN, proches de l’orbite d’influence russe ou chinoise. En particulier en Europe, des pays comme l’Allemagne, les Pays-Bas, la Belgique ou l’Italie – et plus particulièrement la Turquie – ont mis en quarantaine leurs relations militaires avec les États-Unis.

Dans une large mesure, la décision unilatérale de la Maison-Blanche de quitter les traités sur les missiles anti-balistiques (ABM) et ceux des forces nucléaires à portée intermédiaire (INF), dont la Russie s’est également déclarée libre ont servi d’encouragement à augmenter leurs postes budgétaires et la modernisation de leurs armées.

L’Europe admet que les « informations nucléaires partagées » avec son allié de l’autre côté de l’Atlantique ont cessé et que la coopération militaire avec Washington, qui protège le Vieux Continent depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et la guerre froide, commence à être remise en question. Les accords de partage d’informations avaient été conclus depuis le début de l’OTAN entre alliés européens.

Dans le cas de la Turquie, qui apporte le plus grand nombre de soldats à l’Alliance atlantique, se tourner vers Moscou en tant que nouvel allié militaire, avec un contrat de système de défense antimissile. Résultat l’annulation immédiate des cours de formation destinés aux pilotes turcs sur F-35, l’un des chasseurs les plus modernisés de l’armée américaine, sur décision de Trump lui-même.

L’association Arms Control, qui se consacre à l’exercice d’une influence internationale en faveur du contrôle des forces nucléaires, fournit des chiffres chiffrés pour les neuf membres du club nucléaire. Les États-Unis se voient attribuer 6 185 têtes, contre 6 490 en Russie. La France (300) et la Chine (290) se disputent la troisième place de puissance nucléaire. Le Royaume-Uni en aurait 200, 40 de plus que le Pakistan et 60 de plus que l’Inde. Israël en hébergerait 90 et la Corée du Nord, 30, selon ses données mises à jour.

19/08/2019 DIEGO HERRANZ

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