Édition du 30 novembre 2021

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Europe

COP26, la crise climatique, et les syndicats britanniques

Le gouvernement britannique accueille la 26e « Conférence des partis » des Nations Unies sur le changement climatique (COP26) à Glasgow du 31 octobre au 12 novembre 2021.

26 octobre 2021 | Socialist Party.org.uk | traduction PTAG

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a été formé en 1988. Son dernier rapport à l’ONU en août de cette année contient des avertissements encore plus sévères qu’auparavant pour le climat de la Terre, à moins que des mesures décisives ne soient prises pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Sans cela, il y a peu de chances de maintenir une augmentation moyenne de la température mondiale en dessous de l’objectif de 1,5 à 2 degrés Celsius dans l’Accord de Paris COP21 de 2015.

C’était la première fois qu’un accord était conclu sur des objectifs de réduction. Mais il excluait les principales industries polluantes, comme l’aviation et le transport maritime, et il était dépourvu de tout mécanisme de la réalisation des objectifs. Cela reflète le consensus capitaliste mondial, selon lequel ce sont par moyen des mécanismes du marché qui se fera l’ajustement des combustibles fossiles à une économie zéro carbone.

Ceci malgré l’avertissement de Lord Stern, l’ancien vice-président senior de la Banque mondiale, qui a qualifié le changement climatique de « la plus grande défaillance du marché de l’histoire de l’humanité. » Le capitalisme s’est montré un obstacle réel à l’action dans les délais et de la portée requis.

Un article publié par Trade Unions for Energy Democracy (TUED) présente des preuves récentes de la façon dont les entreprises d’énergie renouvelable font également « partie de la dynamique capitaliste d’une course vers le bas. » Il cite l’utilisation de travail forcé ouïghour dans les entreprises solaires basées en Chine et la « délocalisation » de la fabrication pratiquée par l’industrie éolienne écossaise. Les grandes entreprises éoliennes et solaires soutiennent une architecture de marché qui aspire d’énormes sommes d’argent public pour garantir des marges de profit. Le rapport affirme que « ces entreprises ne sont pas seulement passées du côté politique obscur, elles ont aidé à le concevoir ».

Alors que les gouvernements des pays plus riches des États-Unis et de l’Europe parlent de leurs engagements climatiques, ils proposent des solutions qui ne résoudront pas la crise. Ainsi, les plans du Royaume-Uni de transition vers les énergies renouvelables dépendent d’une vague sans précédent d’extraction de ressources dans les pays du « Sud mondial ». L’intensification de l’extraction de soi-disant métaux et minéraux de transition utilisés pour produire des technologies vertes, telles que des panneaux solaires, des éoliennes, et des piles de véhicules électriques, dévaste des communautés du Chili à la Chine.

L’incapacité des gouvernements au niveau mondial et national à prendre des mesures contre le changement climatique a provoqué des protestations à travers le monde. La position publique de Greta Thunberg a inspiré des protestations et des actions de grève d’étudiant.e.s d’écoles et d’universités. Il y a eu des actes de désobéissance civile contre l’expansion des aéroports, la fracturation hydraulique, le développement des routes, l’expansion nucléaire et diverses menaces de dégradation de l’environnement.

Mais les actions d’organisations telles Extinction Rebellion et Insulate Britain ne peuvent jamais être un substitut efficace à un mouvement de masse de travailleurs et de travailleuses et de leurs syndicats exigeant des droits et des garanties d’emploi dans une transition.

Le changement climatique est un enjeu de classe et donc un enjeu syndical. Les syndicats ont un rôle vital à y jouer en plaçant les intérêts des travailleurs et des travailleuses au cœur du débat autour de ce que signifie une « transition juste ». Les syndicats et les travailleuses et travailleurs des industries à forte intensité énergétique ont de vastes connaissances et des compétences, ainsi que le pouvoir économique potentiel, pour résister aux attaques des patron.ne.s dans ces secteurs.

Ces connaissances, ces compétences, et ce pouvoir potentiel peuvent également être mis à contribution dans la lutte pour la garantie d’emplois, de salaires et de conditions dans la transition. En s’appuyant sur l’exemple du plan de reconversion de l’entreprise Lucas Aerospace , nous avons vu des syndicalistes syndicaux s’impliquer dans la lutte chez Rolls Royce et GKN, en élaborant des plans pour des méthodes de production alternatives. Ces plans explorent comment appliquer la technologie sous le contrôle et l’autogestion des travailleurs et des travailleuses et comment diversifier la production dans une direction socialement utile.

Le Congrès des syndicats britannique (TUC) en septembre a adopté deux propositions portant sur le changement climatique. Pendant de nombreuses années, certains syndicats affiliés au TUC se sont battus pour déposer des motions et lancer un débat sérieux. Mais ces propositions ont été rejetées par les grands syndicats industriels comme constituant une menace pour les emplois dans les secteurs énergétiques et énergivores.

La seconde proposition, proposée par ASLEF (Syndicat des conducteurs, conductrices de train) et TSSA (Transport Salaried Staff Union) a été adoptée à l’unanimité, tandis que la première, proposée et appuyée par GMB (General, Municipal, Boilermakers’ and Allied Trade Union) et Prospect (ingénieur.e.s dans divers secteurs) a été contestée par plusieurs syndicats pour être finalement adoptée avec les votes en bloc de trois des plus grands syndicats.

La proposition qui a été adoptée reconnaît la menace pour l’humanité posée par le changement climatique. Il propose plusieurs réformes importantes, telles que des dispositions statutaires pour des représentant.e.s environnementaux et environnementales sur les lieux de travail et le soutien gouvernementale à l’industrie sidérurgique. Mais il s’agit en grande partie du maintien du statu quo. Elle préconise un mix énergétique équilibré, une phrase-code pour le maintien des niveaux de production de gaz, et la construction d’une nouvelle génération de réacteurs nucléaires.

Elle condamne à juste titre la dépendance de l’économie britannique de l’importations de gaz, de l’importation et de la fabrication de composants renouvelables et d’acier. Alors qu’elle parle de la nécessité d’une « transition juste » pour les travailleurs et les travailleuses des secteurs à haute teneur en carbone, où personne ne devrait être laissé pour compte, elle laisse un trou béant en ce qui concerne les mécanismes permettant d’y parvenir. Et elle reste muette sur la propriété publique et sa nécessité pour la transition économique qu’il faut.

La mobilisation pour les manifestations de la COP26 n’a eu le soutien officiel que d’une poignée de syndicats, à l’exclusion notamment de Unite (le deuxième plus grand syndicat du Royaume-Uni, avec plus de 1,4 million de membres dans la construction, la fabrication, le transport, la logistique et d’autres secteurs), GMB (600,000 membres dans les secteurs des services) et Unison (services publics). Mais cela ne doit pas masquer les efforts de membres de la base syndicale, de délégué.e.s de branches, et de conseils locaux pour organiser des manifestations locales le 6 novembre ou pour la mobilisation nationale à Glasgow le même jour.

Pas de compromis

Un mythe a été créé selon lequel la défense des emplois et des conditions de vie des travailleuses et travailleurs est en conflit avec l’action contre le changement climatique. C’est un mythe qu’il faut dénoncer. Ce n’est pas le changement climatique qui menace les emplois et l’avenir des travailleurs et des travailleuses du pétrole, du gaz, de l’armement, de la céramique, de l’acier, de la production automobile, de l’industrie nucléaire et de l’aviation.

Poussée par leur besoin de maximiser les profits, la menace vient des plans d’affaires des employeur.e.s qui incluent des pertes massives d’emplois, des fermetures, des attaques contre les salaires et les conditions d’emploi, des menaces à la viabilité de communautés locales, et des délocalisations vers des pays où le coût de main-d’œuvre est moins cher.

Les syndicats ont le pouvoir collectif potentiel et l’expertise pour lutter contre ces attaques et pour développer une stratégie industrielle qui permettraient de transformer « transition juste » d’un slogan creux en une stratégie industrielle et politique réelle capable d’unir et de mobiliser les travailleurs et les travailleuses et leur sndicats. Il faut porter ces arguments dans chaque lieu de travail, chaque communauté, chaque branche syndicale, et chaque campagne environnementale.

Grèves de la COP26

Les cheminots et les éboueurs, éboueuses écossais.es ont voté en faveur d’une grève pendant le sommet de la COP26 à Glasgow dans le cadre de conflits salariaux de longue date.

Le syndicat RMT des travailleurs et des travailleuses des transports pourrait suspendre tous les services de train en Écosse du 1er au 12 novembre, et l’action prévue par les éboueurs et les éboueuses du GMB a été soutenue par 97% des membres en réponse à la dernière offre salariale des gouvernements locaux écossais.

C’est cela qui est nécessaire – une action de masse de la classe ouvrière, y compris des manifestations, des grèves, des débrayages et des occupations pour affronter le capitalisme.

Il faut soutenir et construire une action revendicative des travailleurs pendant et au-delà de la COP26 et exiger que les dirigeant.e.s syndicaux et syndicales coordonnent les luttes.

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