D’abord un peu d’histoire pour situer le sujet.
Contrairement à la rengaine continuellement tenue dans les grands médias, Pauline Marois n’est pas la mère du réseau québécois de garderies : ce serait comme dire qu’un gynécologue est le père de tous les nouveaux nés dont il a coupé le cordon ombilical ! Ce projet social a été initié par une coalition informelle de groupes populaires, de groupes féministes, de personnes du milieu de l’éducation, mais également, aussi surprenant cela soit-il pour messieurs Boulet et Legault de l’apprendre, par des centrales syndicales dont aucune cotisation n’avait été votée expressément à cet effet, ni par référendum ni autrement. Si une pareille obligation avait alors existé, ainsi que veulent aujourd’hui l’imposer ces deux bouffons, non seulement cela aurait-il énormément compliqué la tâche des syndiquées qui promouvaient ce projet social, mais il est fort probable qu’une bonne partie de leurs collègues (surtout parmi les hommes, bien sûr) auraient refusé qu’une partie de leurs cotisations serve à en faire la promotion, à une époque où le modèle « mères à la maison » prévalait encore. C’est donc un tout petit nombre de personnes sensibles à cet enjeu (des femmes surtout, bien sûr) qui ont progressivement réussi à le faire cheminer de bas en haut dans les structures syndicales de l’époque, principalement via leurs comités de condition féminine. Ceux-ci se sont mis à organiser des activités d’information auprès des autres syndiquées, auprès de la population en général et auprès des politiciens, pour faire connaître ce surprenant projet qu’avaient initié des groupes populaires dans certains quartiers dits « défavorisés » d’une quinzaine de villes de la province : mettre sur pied un réseau de garderies financées par l’État mais contrôlées par les usagers. En 1972, cette idée a été endossée par le congrès de FTQ, puis par celui de la CEQ en 1973 et par celui de la CSN l’année suivante.
Les gestes combinés de tous ces organismes ont réussi à forcer le gouvernement québécois de mettre en place, en 1974, le premier programme destiné à financer en partie les services de garde : cela s’appellera le plan Bacon, du nom de la ministre des « affaires sociales » à ce moment-là.
Durant les décennies qui suivront, d’autres organisations naîtront dans ce réseau ou en appui à son développement. Des travailleuses d’un tout petit nombre de garderies sans but lucratif vont par exemple se constituer elles-mêmes en syndicats régionaux, là encore pour faire des pressions de nature ouvertement politique et non principalement pour négocier des conventions collectives puisque leurs employeurs légaux, en l’occurrence leurs conseils d’administration formés de parents, n’avaient tout simplement pas les moyens d’améliorer leurs salaires et autres conditions de travail monétaires, seul le gouvernement pouvant le faire.
Les moyens de pression variés de tout ce beau monde, parfois exercés de manière indépendante et parfois de manière concertée, forceront les gouvernements successifs, libéraux et péquistes, à construire le réseau de services de garde tel que nous le connaissons aujourd’hui. Avec ses imperfections mais à tout le moins avec des bases relativement solides, du moins plus solides qu’elles ne l’étaient en 1970.
Cet exemple démontre bien que des cotisations syndicales peuvent servir à autre chose qu’à négocier des conventions collectives avec des patrons. Qu’elles peuvent même contribuer à améliorer les conditions de vie de gens qui ne paient aucune cotisation syndicale, par exemple celles de ces milliers de parents non syndiqués qui ont bénéficié des services à la petite enfance durant les cinquante dernières années. Et surtout, il démontre que si les gouvernements se mettent aujourd’hui à décréter de quoi devraient se mêler les organismes autonomes tels que les syndicats et les groupes populaires, nous ne sommes pas sortis du bois, comme disaient nos ancêtres. Les membres de tous ces organismes sont suffisamment matures pour décider de leur fonctionnement ainsi que de leurs priorités d’action. Si une situation particulière leur apparaît non démocratique, elles et ils vont trouver moyen de la corriger et ce n’est pas une nouvelle « loi du cadenas » qui va les y aider.
De la même manière, sur un autre enjeu social m’apparaissant personnellement majeur par les temps qui courent, il serait grand temps de faire comprendre à ce gouvernement, par des gestes concrets de solidarité à leur égard, que les éducatrices des CPE, ainsi que celles des garderies privées et du milieu familial, sont suffisamment matures pour savoir comment s’habiller lorsqu’elles vont travailler ! Lui faire savoir qu’elles n’ont pas besoin d’une loi quelconque pour les obliger à suivre les préférences du ministre Roberge en la matière. D’autant plus que celui-ci n’a absolument aucune preuve à l’effet qu’un seul enfant, ni au Québec ni ailleurs dans le monde, aurait demandé à ses parents de se rendre à la mosquée et encore moins de devenir membre d’un présumé Hamas international après avoir constaté que son éducatrice avait la chevelure recouverte d’un morceau de tissu. Avec de telles élucubrations, si ça continue, la CAQ et ses bouffons du roi, médias de Québecor en tête, vont décréter que la terre est plate… en invoquant que seuls les immigrants s’acharnent à l’arrondir.
S’cusez-là…
Yves Rochon, Montréal, décembre 2025
******
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d’avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d’avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :










Un message, un commentaire ?