Édition du 22 novembre 2022

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Le mouvement des femmes dans le monde

Violences sexistes et sexuelles : entretien

« Chaque moment phare de résistance des femmes se traduit par un pic de violences »

Cinq ans après #MeToo et à la veille de la journée nationale de mobilisation contre les violences sexistes et sexuelles, l’historienne Christelle Taraud décortique les causes des féminicides en France et partout dans le monde, ce « crime de propriétaire ».

18 novembre 2022 | tiré de mediapart.fr | Photo : Toulouse, le 22 octobre 2022. Une action « die-in » organisée par le collectif #NousToutes pour alerter sur les féminicides. Les femmes sont allongées avec les noms et les âges des victimes tuées en 2022. © Photo Alain Pitton / NurPhoto via AFP

Le décompte macabre des femmes assassinées partout dans le monde donne le tournis. En France, en Dordogne, à La Réunion, à Paris ou dans le Morvan ; en Tunisie, en Algérie, en Italie, au Québec, au Mexique où l’on constate une « hausse dramatique des féminicides à l’acide et par le feu ». Aux États-Unis, il s’agit de la première cause de mortalité des femmes enceintes...

Christelle Taraud est historienne, spécialiste des questions de genre et de sexualité dans les espaces coloniaux, et enseigne notamment dans les programmes parisiens de l’université de Columbia et de l’université de New York. Elle vient de publier Féminicides, une histoire mondiale (La Découverte, 2022), une somme de près de 930 pages qu’elle a dirigée.

À la veille de la manifestation contre les violences sexistes et sexuelles organisée, samedi 19 novembre partout en France, Mediapart l’a interrogée pour comprendre pourquoi les violences de genre sont à ce point partagées sur l’ensemble de la planète et ancrées dans nos structures sociales.
Même si, en France, dit la chercheuse, « on avance, mais on n’avance pas assez vite ».

Mediapart : Mardi 8 novembre, une travailleuse du sexe a été tabassée à mort en plein Paris par un client. Samedi 12 novembre, une femme de 65 ans a été tuée par son conjoint muni d’un fusil de chasse. Le collectif #NousToutes, qui organise une manifestation contre les violences sexistes et sexuelles samedi 19 novembre, a décompté 120 féminicides depuis le début de l’année. Que vous inspire ce chiffre ?

Christelle Taraud : Il est à la fois effarant et assez normal au regard des régimes patriarcaux et de leur organisation : à chaque moment phare de résistance des femmes, à chaque fois que l’on remet en cause l’ordre du genre – les relations inégalitaires entre les femmes et les hommes structurées au moins depuis le néolithique –, on constate immédiatement des réactions antifemmes et antiféministes. Celles-ci se traduisent systématiquement par des pics de violences.

Tant que les femmes ne font pas trop de vagues, les systèmes coercitifs et punitifs agissent plutôt à l’échelle individuelle. Mais dès qu’elles mettent en place des mouvements de résistance collectifs, comme #MeToo, cela conduit à une remise en cause de plus en plus importante de la domination masculine, et cette montée des revendications et ce recul du seuil de tolérance se traduisent, en général, par une hausse des actes antifemmes. Notamment par des meurtres dans l’espace intime, un lieu très important de la confrontation entre les sexes.

Les meurtres interviennent précisément au moment où la femme dit non, s’en va, et où l’homme a le sentiment d’une perte totale de contrôle, associée à la remise en cause de son identité virile… L’objectif de ces violences, c’est la réaffirmation de la hiérarchie des genres. C’est une manière de dire : j’incarne le sexe fort et toi le sexe faible, donc « tu dois m’obéir », « tu es ma chose », « tu n’existes que pour moi et par moi », et si tu émets l’idée d’une vie autonome, je te punis immédiatement. Le féminicide est un crime de propriétaire, ne l’oublions pas.

Est-ce cela que vous signifiez en écrivant dans l’introduction de votre livre consacré à l’histoire mondiale des féminicides que « le féminicide n’est pas une anomalie » ?

Rien que la lecture des grands classiques de la littérature européenne ou occidentale montre que tuer une femme parce qu’elle est une femme, que le coup vienne soit d’un partenaire intime, soit d’un homme de sa famille, est totalement structurant. Cela va d’Iphigénie à Desdémone [dans Othello de Shakespeare – ndlr], ou bien dans le conte Barbe Bleue. Nous sommes acclimatées, conditionnées à accepter le « droit des hommes » à tuer des femmes.

Nous parlons de quelque chose qui est ancien, systémique, structurel et très incorporé.

Cette acclimatation dont vous parlez recule-t-elle aujourd’hui parce qu’on nomme mieux les choses, par exemple en parlant de « féminicide » ?
Je ne crois pas qu’elle recule encore, parce que je ne crois pas que parler de quelque chose permette de changer immédiatement, comme par magie, les mentalités. Mais je crois que, comme toujours dans l’histoire du féminisme, on avance par à-coups mais aussi par empilements.

À un moment, le mouvement féministe globalisé s’empare d’une question et produit un tapissage de la société. Ce « tapissage » vise à développer des contre-discours, à mettre en place des actions de riposte non violentes – car il ne s’agit pas de revendiquer les valeurs de la masculinité hégémonique…

Donc on tapisse et cela finit par avoir des effets plus ou moins importants – l’effet maximal étant l’imprégnation durable du tissu social. Il ne s’agit pas seulement de faire passer une loi. Les féministes et des femmes courageuses comme Simone Veil ont permis la promulgation de la loi sur l’IVG. Mais il a fallu du temps pour que la société française soit fortement et très largement consciente du fait que l’interruption volontaire de grossesse est un droit inaliénable des femmes.

Si le féminicide entrait dans la loi, ce serait un signal fort envoyé à cette même société, à l’image de ce que la Belgique est en train de faire sous l’impulsion de Sarah Schlitz [la secrétaire d’État à l’égalité des genres – ndlr]. Mais pour que le féminicide, tel qu’on le conçoit aujourd’hui, disparaisse, il va falloir faire un travail très profond dans la société.

Par ailleurs, le terme de « féminicide » que l’on utilise aujourd’hui en France correspond davantage à la définition du « fémicide » – soit le meurtre d’une femme par un conjoint ou ex-conjoint. Celui de « féminicide » reprend l’idée d’un meurtre de masse : c’est un terme forgé par l’anthropologue mexicaine Marcela Lagarde pour identifier les crimes commis à Ciudad Juárez, au Mexique [des milliers de femmes ont été tuées ou ont disparu entre 1993 et 2018 – ndlr].

Dans le livre, j’utilise le concept de « continuum féminicidaire » pour faire le lien entre l’ensemble des violences dont nous parlons, des plus symboliques aux plus physiques, des plus anodines aux plus graves.

Votre livre parle d’une « pandémie de féminicides », apparue « très précocement » en Amérique, et d’une « pandémie féminicidaire mondiale » : de quoi s’agit-il ?

Partout dans le monde, ce que nous appelons un « féminicide » est décompté comme un acte isolé, individuel. Or ce comptage est partiel, et partial : il n’inclut pas les meurtres par des membres masculins de la famille, les meurtres récurrents de femmes transgenres, de travailleuses du sexe, de femmes racisées, de femmes en situation de handicap, de femmes âgées « suicidées » par leurs maris, ou les femmes qui sortent d’une situation d’emprise tellement épouvantable qu’elles finissent par se donner la mort – environ 200 l’an dernier…

Par ailleurs, c’est une réalité mondiale concrète que l’on retrouve partout, avec parfois des situations particulièrement dramatiques : au Mexique, ce sont dix femmes qui meurent chaque jour. En France, c’est une femme tous les trois jours. D’un point de vue planétaire, nous sommes confronté·es à un désastre.

Et c’est le concept de « continuum féminicidaire » qui vous permet de faire le lien entre toutes ces situations, pourtant individuellement, socialement ou géographiquement différentes ?

Exactement. C’est un outil très précieux qui permet de penser les violences faites aux femmes de manière dynamique, dans un flux, sans les hiérarchiser : car toutes ont la même origine et le même objectif. Évidemment, tuer une femme est plus grave que de la traiter de « salope » dans la rue. Mais cela procède de la même logique structurante de la masculinité hégémonique : les hommes ne peuvent pas être frustrés, particulièrement par les femmes.

Toutes les femmes ont vécu des violences de ce type, souvent occultées, toujours banalisées, y compris parfois par elles-mêmes. Le crime de Jeanne d’Arc est avant tout lié à la caste et au genre.

Je pense aussi par exemple à la notion de « féminicide historiographique », que je dois notamment à Éliane Viennot et à Gaëlle Audéon, dont certaines romancières comme Alice Zeniter [autrice de Toute une moitié du monde (Flammarion) – ndlr] commencent à s’emparer. Il faut prendre la mesure de la violence incroyable à être néantisée dans l’histoire de son propre pays.

Comment expliquez-vous que malgré de très nombreux travaux d’histoire disponibles, vous n’ayez encore que si peu de femmes dans les manuels scolaires ? En France, heureusement que nous avons Lucy, Jeanne d’Arc et Marie-Antoinette… Or, depuis les années 1970, les historien·nes ont fait des études formidables sur toutes les périodes historiques. Rien n’empêcherait de revoir complètement les manuels scolaires en réintroduisant 50 % de femmes.

Cela nous permettrait aussi de repenser les questions de migrations, coloniales et post-coloniales. Il s’agirait là d’un travail essentiel pour réparer, dans notre société, des choses qui ont été très durablement abîmées dans nombre d’endroits et pour beaucoup de groupes – les femmes comptant pour la moitié de l’humanité…

Justement, Jeanne d’Arc est une figure passionnante car elle entre dans cette histoire mondiale des féminicides… Elle fait partie des procès en sorcellerie qui ont bouleversé l’histoire européenne.

Son histoire a été nationalisée, la réduisant, le plus souvent, à la formule « Celle qui a voulu bouter les Anglais hors de France ». Mais le crime de Jeanne d’Arc est avant tout lié à la caste et au genre. Un crime de caste car elle vient d’un milieu très modeste ; c’est une bergère qui s’empare de tous les aspects de la virilité aristocratique, elle porte l’épée, l’étendard. Elle va s’imposer aux princes de sang et d’Église.

Au cours de son procès, on lui reproche de ne pas être née dans un milieu lui permettant de s’approprier ces symboles. D’être une petite bergère de rien du tout qui se comporte comme une reine de France !

Surtout, on va lui reprocher d’être habillée et de se comporter en homme. À plusieurs moments clés du procès, on lui fait entendre que si elle acceptait de s’habiller en femme, les choses pourraient s’améliorer pour elle. Jeanne d’Arc refuse systématiquement de le faire, jusqu’à la fin… Le seul moment où elle va finalement accepter de se vêtir en femme sera pour aller au bûcher.

Vous montrez dans ce livre collectif le rôle crucial des procès en sorcellerie et des chasses aux « sorcières » au sein du « continuum féminicidaire »…

Les chasses aux « sorcières » concernent essentiellement, dans le passé historique, le continent européen. Elles existent pourtant aujourd’hui dans le monde entier, car elles ont été exportées dans la première phase de la colonisation européenne, notamment dans l’espace britannique, avec le procès de Salem [les procès en sorcellerie ayant eu lieu entre février 1692 et mai 1693 dans plusieurs villages du Massachusetts proches de Salem, en Amérique du Nord – ndlr].

En Europe, les premières chasses avérées commencent à la fin du XVIᵉ siècle, les dernières datent du début du XVIIIᵉ siècle.

Nous sommes, à ce moment-là en Europe, de plus en plus confronté·es à un patriarcat de haute intensité : tout ce qui constitue les femmes et le féminin est l’objet d’une attaque extrêmement massive. Il s’agit d’une redéfinition d’une masculinité très agressive, en termes de genre, donc contre les femmes, mais aussi en termes de hiérarchies socio-économiques. La société est de plus en plus clivée entre les riches et les pauvres, et elle se racialise : nous entrons dans les premières colonisations.

Cette redéfinition se met en place dès le Moyen Âge tardif, dès la fin du XIVᵉ siècle ou début du XVᵉ siècle. Cela s’accroît ensuite, et perdure jusqu’aux temps contemporains.

La haine contre les femmes s’incarne y compris dans les travaux des savants les plus progressistes de l’époque. J’ai relu récemment Boccace [auteur du XIVe siècle d’un célèbre recueil de nouvelles, Le Décaméron – ndlr] : il définissait les femmes comme « l’animal le plus sale qui soit ». Les inédits de Céline, qui viennent de paraître, semblent aussi, de ce point de vue, d’une rare violence.

Mais si vous faites le lien entre Boccace, au XIVe siècle, et Céline, au XXe, c’est que vous estimez que l’époque des chasses aux « sorcières » est toujours structurante de la nôtre ?

Nous ne sommes pas sorti·es de ce moment. Pour comprendre celui dans lequel nous nous trouvons, les chasses aux « sorcières » sont essentielles. Nous le savons, nous l’avons prouvé : les « sorcières » n’existent pas. Elles sont une construction de la misogynie et de la domination masculine.

Les chasses aux « sorcières » ont vocation à faire le tri entre les femmes. Entre celles qui sont associées au monde d’avant, où les femmes avaient plus de pouvoir, et les autres. Car, dans les sociétés médiévales, les femmes avaient plus de marges de manœuvre pour participer aux affaires économiques. Elles avaient des métiers dits masculins, étaient en mesure de posséder des terres… Il s’agit désormais d’obtenir leur totale soumission.

À partir de là, toutes les femmes sont potentiellement des « sorcières ». Certains spécialistes vous disent qu’il s’agissait de vieilles femmes. D’autres de jeunes femmes, de célibataires, de veuves, ou de femmes mariées ayant commis l’adultère. D’autres encore parlent de femmes savantes et intégrées à leur tissu social, ou au contraire de femmes très isolées, etc.

En réalité, ce que disent les penseurs qui mettent en place l’architecture idéologique des chasses aux « sorcières », c’est que les femmes sont des créatures du mal. Et puisqu’elles sont ontologiquement liées à Satan, il faut les surveiller, les contrôler et, bien sûr, les punir.

Au total, elles seront, au moins, entre 200 000 et 500 000 à être exécutées. Tout est organisé, régulé, légitimé. Il s’agit d’un crime collectif, d’un crime de masse. C’est un crime d’État et c’est un crime à tendance génocidaire.

Le patriarcat est la structure la plus archaïque et la plus persistante de l’humanité.
Rita Laura Segato, anthropologue

On peut imaginer ce que cela a produit sur les populations féminines européennes. Les survivantes vont ensuite subir des politiques de dressage et de domestication. À partir du XVIIIᵉ siècle, et plus encore au XIXe siècle, on n’a plus besoin de brûler des « sorcières » : les lois sont tellement coercitives contre les femmes en Europe qu’il suffira de les faire interner d’office comme hystériques.

À l’image du Code civil, promulgué en 1804, elles sacralisent l’absolutisme marital. Elles ouvrent pour les hommes, les pères d’abord, les maris ensuite, les fils enfin, un temps absolument béni. Nous sommes sorti·es de cet absolutisme marital avec énormément de difficultés, et grâce aux combats féministes. Pour mémoire, l’article du Code civil interdisant aux femmes de travailler sans l’accord de leur mari n’est abrogé, en France, qu’en 1965.

Dans le livre, vous faites sans cesse l’aller-retour entre des violences individuelles et des crimes de masse. Outre les chasses aux « sorcières » – un « gynécide », dites-vous –, vous parlez des fœticides en Asie, avec 200 millions de filles manquantes depuis la seconde moitié du XXe siècle, ou encore des tueries masculinistes de Montréal ou en Californie… En quoi ces violences sont-elles semblables ?

Elles ne sont pas semblables mais elles procèdent de la même matrice : c’est le même système d’écrasement des femmes. Il a plusieurs visages, il interagit différemment dans les différents domaines de la vie et il doit être contextualisé selon les sociétés.

On constate cependant que des régimes de force ont été installés très tôt dans l’histoire de l’humanité. Que, globalement, ces systèmes de force ont conduit à mettre en place, à partir des différences physiologiques entre les sexes, des hiérarchies entre femmes et hommes. Qu’à partir de cette hiérarchie première, les sociétés se sont complexifiées et ont produit d’autres ramifications inégalitaires. Je pense à la question économique, à la question raciale.

Mais la matrice primaire est très importante : les femmes ont probablement constitué la première colonie de l’humanité, une colonie de peuplement. Comme le dit l’anthropologue Rita Laura Segato dans sa conclusion [intitulée « La guerre contre les femmes : un manifeste en quatre thèmes » – ndlr], ce dispositif est premier : elle écrit que « le patriarcat, ou les relations de genre fondées sur l’inégalité, est la structure la plus archaïque et la plus persistante de l’humanité ». Cette structure, au départ qualifiée de « patriarcat de basse intensité ou d’impact limité qui existait dans les communautés précoloniales », se transforme en « un patriarcat de forte intensité ».

Nous sommes donc confronté·es à une situation de violences systématiques qui s’incarnent dans différents processus. Il faudrait évidemment en affiner la connaissance, et évoquer les nuances. Mais leur racine est toujours la même. C’est ce qu’il nous faut aujourd’hui regarder en face.

De même, il serait intéressant que les chercheuses et les chercheurs travaillent ensemble, par exemple les féministes main dans la main avec des spécialistes des génocides. Non pas pour relativiser ou encore moins remettre en cause les génocides du XXe siècle. La Shoah est un crime fondateur de notre histoire contemporaine.

Mais nous pourrions complexifier nos connaissances. En regardant par exemple si l’extermination des Juifs d’Europe a pu être préparée idéologiquement par toute une série de processus que nous n’avons jamais connectés. Par exemple, les chasses aux « sorcières » ou les violences dans les premiers empires coloniaux. Cela nous permettrait aussi de construire une autre histoire globale.

Il y a quatre ans, vous avez codirigé un ouvrage qui a suscité une forte polémique, Sexe, race et colonies (La Découverte, 2018), en raison de la publication de photos dégradantes des corps de femmes colonisées. Vous avez ensuite lancé une histoire mondiale des féminicides. Forcément depuis un point de vue situé. Quelles leçons avez-vous tirées de cette précédente expérience pour ce projet ?

Elle a été très difficile. J’étais la seule femme codirectrice, je suis très engagée dans le combat pour l’égalité entre les femmes et les hommes, et je suis une très vieille militante antiraciste. Être accusée, par certain·es, d’être raciste fut une expérience douloureuse. Même si je pouvais comprendre une partie des critiques…

Cela m’a fait beaucoup réfléchir. Quand j’ai accepté de coordonner cet ouvrage, il m’est apparu essentiel de contacter toutes celles dont les travaux et œuvres, inédites ou reproduites, figureraient dans le livre. Qu’elles soient connues comme Maryse Condéou Kara Walker, ou non.

Il était aussi très important pour moi qu’il y ait des voix du monde majoritaire et du monde minoritaire, qu’il n’y ait pas que des chercheuses, mais aussi des activistes, des journalistes, des artistes… J’ai privilégié les chercheuses hétérodoxes comme Silvia Federici et fait une grande place aux chercheuses généralement silenciées ou marginalisées, par exemple celles qui se trouvent en situation de handicap. D’où l’importance du formidable travail de Charlotte Puiseux.

J’ai aussi fait une place aux hommes. Il y a beaucoup d’hommes, beaucoup plus qu’on ne le croit en réalité, qui sont d’accord avec le projet politique de sortie du patriarcat. Ce livre n’est pas une guerre contre les hommes. D’ailleurs, si une guerre a été ouverte, ce n’est pas par nous, comme le souligne justement Rosa-Linda Fregoso [universitaire en études latino-américaines en Californie – ndlr] dans l’ouvrage…

Ce livre propose simplement des outils que les femmes et les hommes peuvent utiliser pour sortir du modèle qui a été mis en place au sein de l’espèce humaine depuis les temps les plus anciens de la préhistoire.

Boîte noire
L’entretien a eu lieu jeudi 17 novembre. Il a été relu et modifié à la marge par Christelle Taraud.

Christelle Taraud

Christelle Taraud est historienne, spécialiste des questions de genre et de sexualité dans les espaces coloniaux, et enseigne notamment dans les programmes parisiens de l’université de Columbia et de l’université de New York. Elle vient de publier Féminicides, une histoire mondiale (La Découverte, 2022), une somme de près de 930 pages qu’elle a dirigée.

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