Édition du 6 décembre 2022

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Politique québécoise

Comment comprendre l'abolition du placement syndical dans l'industrie de la construction ?

La position du PCQ sur le placement syndical

Vendredi le 2 décembre, à l’unanimité des 99 députés présents à l’Assemblée nationale, du projet de loi 33, le placement syndical était officiellement aboli dans l’ensemble de l’industrie de la construction au Québec. Il faudra se rappeler de cette journée comme d’un moment bien triste pour la démocratie québécoise.

Que les députés de l’ADQ se soient alors joints aux libéraux pour faire passer ce projet de loi, était prévisible. Que tous les députés du PQ présents, de même que les députés, anciennement du PQ et maintenant indépendants, tels que Pierre Curzi et Louise Beaudoin, aient finalement agi de la même manière, est plutôt malheureux et devrait aussi être gênant pour eux.

Quant aux députés Amir Khadir (de Québec solidaire) et Jean Martin Aussant (du nouveau parti Option Nationale), tous deux n’étaient pas là lors du vote.
Un fait demeure néanmoins : le placement syndical dans l’industrie de la construction, qui existait depuis des décennies au Québec, est maintenant banni sans qu’un seul député de l’Assemblée nationale n’ait daigné s’objecter de manière claire et forte. À ce titre, et par rapport à ce dossier spécifique, on vient d’accepter, sans broncher, et sans qu’aucun de nos représentants élus n’aie élevé de manière significative, la moindre objection, de modeler une partie de nos relations de travail dans ce secteur névralgique, en se servant de modèles qui sont parmi les plus rétrogrades.

Il est juste heureux que de telles choses ne se produisent pas tous les jours ; cela nous rappelle en même temps le danger qu’il y a lorsqu’on veut aller trop vite par rapport à certaines décisions et qu’on ne garde pas suffisamment de vision critique face à chaque événement qui peut se produire.


Clarifions d’entrée de jeu un point. Le PCQ, tout comme tous les autres partis politiques au Québec — encore que l’attitude des libéraux en la matière relève plutôt de l’hypocrisie —, condamne de manière non-équivoque, la corruption dans l’industrie de la construction, de même que l’utilisation de l’intimidation et de la coercition pour nier à un groupe ou l’autre ses droits démocratiques. Mais la nouvelle loi 33 et le bannissement du placement syndical n’a rien à voir avec cela. La seule chose que cette loi va en fait changer, sera d’affaiblir d’autant l’action et l’influence des syndicats et de renforcer encore plus, en contrepartie, la bureaucratie gouvernementale.

Les seuls à vraiment profiter de cette nouvelle situation seront, sous toutes réserves, les grandes firmes qui dominent cette industrie et contre qui, dans bien des cas, pèsent déjà bon nombres de soupçons et d’accusations en matière de corruption. Le plus absurde dans tout cela réside dans le fait que ce sont ceux qui sont précisément à la source de tous les problèmes de corruption, qui risquent ainsi de se retrouver récompensés.
Pour l’ensemble du mouvement syndical, pour l’ensemble de la gauche, de même que pour tous ceux et celles qui se préoccupent de l’avenir de notre processus démocratique, cela devrait être vu comme très préoccupant.

Des arguments qui ne tiennent pas la route

Que l’idée d’abolir le placement syndical dans cette industrie soit venu du parti libéral, déjà largement impliqué dans bien des scandales de corruption, a de quoi faire sourire. Cela fait longtemps que les libéraux avaient cela comme objectif.

Pour eux, la loi 33, avec tout le concert de propagande qui a entouré son introduction, avait en plus l’avantage de faire dévier l’attention du public vers un bouc émissaire de choix : soit les syndicats. Cela permettait du même coup de faire oublier, au moins pour un certain temps, jusqu’à quel point les libéraux croulaient eux-mêmes sous ces scandales.

Bizarrement, — mais est-ce finalement si bizarre ? — cette nouvelle loi n’ajoute pas le moindre contrôle vis-à-vis de ceux d’où origine à chaque fois l’argent sale. Pas question de leur serrer la vis. Bien non ! Et en lieu et place, on s’attaque plutôt aux travailleurs ainsi qu’à leurs organisations de défense, les syndicats.

Personne ne niera, encore moins nous-mêmes, le fait que la vie démocratique dans les syndicats de la construction ait encore aujourd’hui de nombreux travers. Beaucoup de travail reste encore à faire dans ces syndicats à ce sujet.

Les problèmes reliés au fonctionnement dans ces syndicats découlent en même temps, et au moins en partie, des caractéristiques propres à cette industrie, et qui font que le travail pour démocratiser ces organisations n’est pas toujours le plus facile. Je fais référence ici au fait que les travailleurs qui œuvrent dans ce secteur, peuvent être rattachés pendant des semaines à un chantier, à un endroit particulier, pour se retrouver ensuite ailleurs avec d’autres gens ; il y a aussi le fait qu’il s’agit d’un travail saisonnier. Tout cela est assez différent des lieux de travail ailleurs, dans les autres secteurs de l’économie, où les gens œuvrent généralement ensemble, dans un même lieu, et s’y retrouvent aussi, semaine après semaine, avec un minimum de stabilité.

Le fait qu’il n’existe, en général, qu’un seul syndicat, pour un même groupe de travailleurs et de travailleuses, et pour un même type d’emplois ou un même groupe d’emplois, par opposition au secteur de la construction où deux travailleurs œuvrant sur un même chantier, et faisant le même travail, peuvent de leur côté appartenir à deux syndicats différents, ajoute aussi à la complexité de la situation.

Une fois cela dit, ce n’est pas parce qu’il y a des problèmes comme ceux qui viennent d’être mentionnés, qu’il faudrait pour autant s’attaquer aux syndicats ainsi qu’à leur influence. Une simple comparaison permettra de mieux comprendre ce que je veux dire. Tout le monde sait que notre système électoral actuel est très déficient et défavorise largement les plus petits partis politiques, au profit des plus grand partis déjà bien établis. Mais il ne viendrait à personne l’idée de dire qu’on devrait conséquemment abolir les élections, juste parce qu’elles ne sont pas assez démocratiques et que les résultats ne reflètent souvent pas ce qu’ils devraient normalement être…

Pourtant, c’est exactement ce qu’on est en train de faire avec les syndicats de la construction, en leur enlevant le placement syndical. Et en agissant ainsi, on fait aussi en sorte de donner encore plus de marge de manœuvre aux grandes firmes de construction pour qu’elles puissent faire ce qu’elles veulent. Dans les faits, on favorise un retour vers une situation de jungle totale. Est-ce que cela favorisera encore plus la lutte à la corruption ? Absolument pas. Est-ce que cela devrait favoriser une réduction des coûts reliés aux grands travaux d’infrastructure enclenchés par nos différents paliers de gouvernements ? Cela serait très surprenant.

Est-ce qu’on pourra d’autre part améliorer les choses en créant une plus grande bureaucratie autour de l’Office de construction du Québec (OCQ), alors que cet organisme n’arrive même pas à lutter adéquatement contre le travail au noir et n’est pas plus capable de faire respecter la réglementation actuelle, sans parler du fait qu’il ne possède pas non d’expertise en matière de placement ? Là encore, cela serait très surprenant.

L’argument voulant d’autre part que le placement syndical brime les droits des travailleurs ayant choisi une allégeance syndicale minoritaire et ne participant aux alliances syndicales majoritaires existantes, ne tient pas non plus la route.

Personne n’oserait prétendre que tous les partis politiques puissent profiter de la même influence à l’Assemblée nationale, indépendamment du nombre de députés élus. Cela ne ferait pas de sens. Il est tout à fait normal qu’un parti politique (ou une coalition de partis) détenant une majorité de députés puisse former le gouvernement. Ils auront par le fait même un poids décisif sur les décisions que prendra l’Assemblée nationale. Un autre parti, ayant moins de députés élus, aura forcément, et par la même logique, moins d’influence et cela sera aussi normal. C’est à la base des règles de la démocratie.

Pourtant, c’est comme si ces mêmes règles ne pouvaient pas et ne devraient pas s’appliquer aux organisations syndicales. La FTQ et les unions internationales représentent autour de 70% de tous les travailleurs de la construction au Québec ; il était donc normal qu’ils jouent ensemble un rôle prédominant dans le placement syndical.

Le plus ironique dans tout cela, c’est que le placement des travailleurs se fera désormais par des gens qui ne sont ni élus, ni choisis par les travailleurs et que ces futurs décideurs n’auront également jamais à se rendre redevables devant ces mêmes travailleurs.

Avec tous les travers que pouvait avoir le système de placement syndical, les travailleurs pouvaient au moins choisir, à intervalles réguliers qui allaient les représenter et qui, par le fait même s’occuperaient du placement. Plus maintenant.
On notera à ce sujet le fait qu’autant la FTQ que les unions internationales avaient, dans le cours des récents débats portant sur le placement syndical, ouvert la porte à l’idée d’apporter des correctifs au système, question de l’améliorer. Mais personne ne voulait vraiment les entendre. On voulait juste profiter d’un bon « timing » pour mettre fin le plus rapidement possible au placement syndical parce que cela donnait juste trop de pouvoir aux syndicats.

Plutôt difficile à comprendre…

Il est assez difficile de comprendre pourquoi la CSN, d’ordinaire assez à gauche, a pu finir par appuyer aussi le projet de loi 33. De l’extérieur, on a plutôt l’impression que cette centrale a, dans ce dossier, mis ses propres intérêts partisans au dessus de ceux de l’ensemble du mouvement ouvrier.

C’est comme si ceux-ci s’étaient donné le raisonnement suivant : puisque nous ne pouvons vraiment avoir notre mot à dire dans ce système de placement à la hauteur de ce que nous voudrions avoir, alors plus personne ne devrait y avoir accès. Cela ne fait pas pas de sens et il est à nouveau assez déplorable que la CSN se soit finalement associée à un tel geste.
L’autre argument couramment utilisé contre le placement syndical consiste à dire qu’il s’agirait finalement d’un anachronisme qui n’existerait de toute manière à peu près nulle part ailleurs. Faux. Le placement syndical existe aussi, ailleurs au Canada anglais, à des degrés divers. Il est vrai qu’ailleurs, au Canada anglais, il existe beaucoup moins d’organisations syndicales rivalisant pour l’appui des travailleurs dans l’industrie de la construction. En conséquence, les problèmes ne se posent pas nécessairement de la même manière.

Une fois cela dit, en Alberta, soit le château-fort des Conservateurs, et un endroit où les syndicats sont en général beaucoup moins forts qu’ailleurs, le placement syndical n’existe plus depuis un bon bout de temps dans l’industrie de la construction.

On notera au passage que l’absence de placement syndical là-bas fait aussi en sorte qu’il y a beaucoup moins de travailleurs syndiqués sur les chantiers. Il faut dire qu’en Alberta, les travailleurs de la construction peuvent ou non devenir membres de syndicats et les employeurs peuvent aussi embaucher du personnel non-syndiqué sur les chantiers. Tout cela est le résultat d’une longue campagne qui avait comme objectif de privilégier le "droit" individuel du travailleur de faire partie ou non d’un syndicat. On appelait cela le "droit au travail" (right to work).

Aux États-Unis, ce mouvement pour le "right to work" est aussi bien présent. Dans ce pays, le placement syndical, tel qu’on le connaissait jusqu’ici dans l’industrie de la construction du Québec, est formellement interdit dans le code du travail américain depuis … 1947. Cette décision fut prise en pleine hystérie de la guerre froide, sur la base du fait que l’obligation de faire partie d’un syndicat ainsi que l’obligation de passer par un syndicat au niveau de l’embauche était une "affaire de communistes" et une entrave inacceptable au niveau du droit de gérance des employeurs !!!

Soulignons également à ce sujet que le placement syndical existe toujours à des degrés divers en Europe. Au Canada anglais, il existe aussi dans certains secteurs qui n’ont, en plus, rien à voir avec la construction. Là où cela fonctionne, c’est généralement là où les syndicats ont déjà depuis longtemps une grosse influence.

On ajoutera finalement le fait que les mêmes arguments utilisés contre le placement syndical sont aussi utilisés par certains pour aller jusqu’à prétendre qu’on devrait, en plus, éliminer la formule Rand (qui permet le prélèvement automatique des cotisations syndicales).

Faut-il ou non s’attaquer aux droits de gérance des employeurs ?

Un dernier argument contre le placement a finalement une saveur de "gauche" ; cela consiste à dire que le placement syndical peut ultimement amener les syndicats en conflit d’intérêts dans la mesure où cela les amène par le fait même à collaborer à la gestion de leurs propres conditions de travail et, par ricochet, à leur propre exploitation, et qu’ils devaient conséquemment rester loin de tout cela. Mais cela ne tient pas plus la route.
À la limite, et si on devait donner la moindre crédibilité à un tel argument, alors il faudrait en même temps mettre la clef dans le Fonds d’action de la CSN, de même que dans celui du Fonds de solidarité de la FTQ, refuser de réclamer plus de pouvoirs au niveau de la gestion des fonds de pension, refuser de participer à tout comité paritaire, etc.

À long terme, et avec un tel point de vue, il faudrait aussi arrêter de parler de socialisme et de l’élargissement de la démocratie jusqu’à et y compris dans les lieux de travail, parce que cela impliquerait que les travailleurs et les travailleuses s’impliquent eux-mêmes dans la prise en charge de leurs lieux de travail, ce qui pourrait encore une fois les mettre en conflit d’intérêts. Autrement dit, ils devraient pour toujours accepter de rester esclaves de leurs propres conditions de travail.

Soyons d’ailleurs clair sur un point : comme n’importe quel autre groupe dans notre société, les travailleurs et les travailleuses, pris individuellement, ne sont pas à l’abri de comportements disgracieux ; ils ne sont pas forcément, tous et toutes, en tout temps, et en toutes circonstances, des anges, contre qui rien de mal ou de reprochable ne peut se produire. Ce serait illusoire que de penser ainsi. Une fois cela dit, ils forment de loin le plus important groupe de la société ; c’est aussi grâce à eux et à leur travail qu’origine l’essentiel de toutes les richesses dont nous pouvons profiter. Conséquemment, il ne serait que normal qu’ils et elles jouent un beaucoup plus grand rôle dans les affaires et la gestion de la société (que ce qu’ils et elles font présentement).

Gérer dès maintenant l’embauche sur leurs lieux de travail (via leurs organisations syndicales) non seulement n’a rien de ridicule ou d’exagéré, mais devrait plutôt être vu comme un minimum. À notre point de vue, dans une future société socialiste, leurs responsabilités devraient être encore plus grandes.

Pour mieux combattre les problèmes de violence et d’intimidation

Les problèmes d’intimidation et de violence contre des groupes de travailleurs dans l’industrie de la construction ne sont pas des problèmes nouveaux. Un des premiers à dénoncer cet état de fait était Henri Gagnon dans les années 60, bien avant que le gouvernement mette en place, dans les années 70, la fameuse commission Cliche. Henri Gagnon était alors un des dirigeants de l’actuel syndicat de la FIPOE (FTQ), en même temps qu’un des vice-présidents du Conseil du travail de Montréal (FTQ). Avant cela, il avait aussi été un des meilleurs organisateurs du PCQ. Il fut lui-même victime plus d’une fois de violences et d’intimidation de la part de gens qui venaient également de la construction.

Sa position était pourtant à la fois claire et très simple : plus les syndicats de la construction seront démocratiques, et plus on pourra renforcer la vie interne de ces syndicats, et plus nous serons en meilleure position de lutter contre la corruption et l’intimidation ; Henri Gagnon s’opposait alors très clairement à toute intrusion du gouvernement dans les affaires des syndicats. Pour lui, c’était aux travailleurs eux-mêmes de s’impliquer pour reprendre le contrôle de leurs propres organisations, et à personne d’autres.

Cette position était alors aussi celle du PCQ de l’époque, et le demeure toujours aujourd’hui.

Maintenant que le projet de loi 33 a été adopté, autant la FTQ que les unions internationales ont tous deux annoncé qu’ils ne collaboreront d’aucune manière au nouveau mécanisme de placement qui sera mis en place par le gouvernement. Voyant bien le peu d’appuis dont ils pouvaient bénéficier, en dehors du secteur de la construction lui-même, voyant bien aussi que le gouvernement avait le haut du pavé et n’hésiterait pas à frapper dur en cas de récidives des débrayages passés, et qu’ils ne pouvaient conséquemment bénéficier d’un très bon rapport de force, ces syndicats ont finalement décidé de prendre un certain moment d’arrêt par rapport à ce qu’ils avaient pu déclarer avant. Leur opposition à cette nouvelle loi n’en demeure pas moins très claire.

Pour eux, tout cela ne marchera pas et cela démontrera à la longue à quel point cette décision d’abolir le placement syndical était non seulement injuste mais aussi une décision « idéologique » qui ne fera que créer encore plus de problèmes dans ce secteur de l’économie. On verra bien ; pour nous, cela a effectivement de très bonnes chances de finir ainsi. Sous toutes réserves, le dossier risque donc encore de rebondir.

À propos de l’attitude de la gauche dans ce dossier

Quand on regarde comment la très grande partie de la gauche québécoise a réagi face au projet de loi 33, cela est vraiment très malheureux. À de très rares exceptions, la plupart des sites Internet associés à la gauche québécoise sont restés silencieux face à ce dossier. C’est comme si on avait peur d’en parler et d’avoir à affronter les nombreux préjugés qui continuent encore à coller aux syndicats, surtout quand on parle de la construction. Le fait que les différents syndicats de la construction étaient eux-mêmes désunis autour du sujet, n’avait en même temps rien pour aider.

Quand les ouvriers de la construction, membres de la FTQ-construction et des unions internationales, se sont finalement mobilisés — avec raison dirons-nous — pour fermer pendant plusieurs jours certains des gros chantiers de constructions et ainsi protester contre ce projet de loi, et quand le gouvernement a finalement réagi en sortant le gros bâton, bien peu se sont levés pour appuyer ces travailleurs.

De manière plutôt déplorable, le député de Québec solidaire, Amir Khadir, avait alors lui-même présenté un point de vue assez ambigu qui laissait à penser qu’il pouvait lui aussi se ranger contre ces travailleurs et leurs syndicats.

Lui, qui dans nombre d’autres dossiers plutôt litigieux, tel celui de l’amphithéâtre de Québec, n’avait pas hésité à monter aux barricades, quitte à aller à contre courant par rapport à ce que bien d’autres pouvaient dire, n’avait alors pas cru utile ou opportun de récidiver sur cette question. Il faut dire que, même au sein de Québec solidaire, il y a encore certaines personnes qui demeurent très critiques vis-à-vis des syndicats, ou qui ne voudraient pas que Québec solidaire soit vu comme étant « trop collé » sur les syndicats.

L’époque des années 70, où la plupart des gens de gauche n’avaient pas peur d’afficher un très net préjugé en faveur des travailleurs et de leurs syndicats, a fait place aujourd’hui à une situation où c’est beaucoup moins populaire. Au PQ, cela est clair depuis déjà des années. Dans Québec solidaire, il y a aussi une tendance qui va dans ce sens. Là, et encore une fois, c’est plutôt dommage. Et comme, sur cette question du placement syndical, il n’y avait pas, en plus, d’unanimité, même du côté syndical, le dossier pouvait donc sembler trop « litigieux ».

Ce n’est pas la première fois qu’Amir Khadir prend ainsi des positions qu’on pourrait qualifier de critiquables. Ses sorties en faveur du NPD, pendant la dernière campagne électorale fédérale, et surtout après le 2 mai, étaient également discutables.

Cela ne nous empêche pas de considérer que son travail et son apport, depuis son élection en 2008, sont clairement très positifs. Cela a beaucoup contribué à l’avancement d’une nouvelle alternative politique plus à gauche sur la scène politique québécoise. C’est indubitable.

Si nous soulevons aujourd’hui tous ces points, ce n’est pas pour s’attaquer en tant que tel au travail d’Amir Khadir. Compte tenu justement de ce que je viens de dire, cela serait ridicule. On peut juste espérer qu’avec le temps et l’expérience que la gauche acquiert actuellement, en matière de travail parlementaire, à mesure également que nous pourrons compter sur un plus grand nombre de députés, que Québec solidaire pourra d’autant plus jouer un rôle encore meilleur.

Toute cette affaire autour de ce projet de loi 33 aura au moins eu le mérite de mettre en lumière l’importance de poursuivre et d’accentuer, à l’échelle de toute la société, et notamment au sein de la gauche québécoise, de même que dans les syndicats eux-mêmes, notre réflexion sur un certain nombre de sujets cruciaux qui sont tous sous-jacents à ce qui vient de se passer.
Mentionnons entre autres choses : le rôle et la place des politiciens dans les cas de dossiers qu’on pourrait appeler « litigieux », autour desquels il n’y a pas forcément consensus et qui peuvent même, à la limite, être source de divisions importantes, le rôle et la place des travailleurs et des travailleuses dans la société de demain, la place de l’État, de même que la place et le rôle des syndicats.

André Parizeau est le chef du Parti communiste du Québec

André Parizeau

Chef du Parti communiste du Québec

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