Édition du 29 novembre 2022

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

7e congrès de Québec solidaire

Québec solidaire se donne un programme de transformation sociale...

Né en 2006, Québec solidaire en est, en 2011, à son 7e congrès... Il a mené une démarche politique et démocratique qui lui a permis de définir un programme de transformation démocratique et sociale de l’ensemble de la société québécoise. Ce programme est en train de devenir un projet commun et mobilisateur.

À ce congrès, les délégué-e-s de Québec solidaire ont abordé la question des banques et des institutions financières, des services publics, de la justice sociale (revenu minimum garanti, régime de retraite), des finalités de l’éducation et de son organisation, de la conception de la médecine, de la santé et de son organisation. Tout un bloc de propositions portait sur la culture, sa définition et les modalités de la défense et de la promotion de la langue française sans oublier la reprise en main par la collectivité des médias et des télécommunications.

Un congrès très ambitieux, très studieux où il a fallu parfois conclure rapidement et se décider promptement sans avoir toujours pu expliciter les tenants et aboutissants des débats engagés.

La politique par rapport au secteur financier...

La nécessité de la remise en question de la domination du capital financier et de ses pratiques qui favorisent l’éclatement de multiples crises ne pouvait être ignorée. Mais une analyse de ce secteur et des politiques qu’il faudra mettre de l’avant pour bloquer les dégâts qu’il provoque est une tâche qui reste à définir. De nombreuses propositions ont été référées aux instances appropriées pour continuer le processus d’élaboration à cet égard. Il n’en reste pas moins que le congrès a adopté la proposition suivante : "afin de favoriser la concurrence des banques privées et ainsi fournir des services de proximité et abordables pour la population, il est proposé d’instituer une banque d’État, soit par la création d’une nouvelle institution, soit par la nationalisation partielle du système bancaire." La question de la domination du système financier et sa capacité de blocage des projets de transformation sociale que nous proposons par ailleurs n’a pas encore été évaluée sérieusement. Un important chantier programmatique reste ouvert à ce niveau.

La défense inconditionnelle de services publics démocratiques, accessibles et gratuits

Un fil à plomb traversait l’ensemble des propositions à ce sujet : la défense des services publics, de leur accessibilité, de leur gratuité, tant en éducation qu’en santé. Ces propositions manifestaient la volonté de mettre un frein à la privatisation rampante. Ces propositions marquaient un clair refus d’un système d’éducation élitiste alors que les ressources manquent pour le plus grand nombre et d’un système de santé à deux vitesses. Pour défendre et développer les services publics, il faudra réformer la fiscalité pour trouver les moyens nécessaires pour satisfaire aux besoins de la vaste majorité de la population. Non seulement, le système public devrait rester le maître d’oeuvre de ces services collectifs, mais il faudra démocratiser ces derniers pour permettre aux travailleuses et aux travailleurs, aux usagers et usagères et aux collectivités locales et régionales d’avoir droit de parole sur les décisions à prendre dans ces secteurs.

Les propositions adoptées soulignaient la nécessité de renforcer une éducation publique, gratuite, laïque et démocratique. Il ne sera plus question de subventionner les écoles privées qui devront se financer elles-mêmes. On a souligné le rejet de la soumission des recherches universitaires aux besoins des entreprises et l’importance de s’orienter vers la gratuité de l’éducation supérieure.

Les propositions sur la santé définissaient une démarche centrée sur une médecine préventive et ciblaient des actions visant à agir sur les déterminants sociaux de la santé. Là aussi, le refus de la privatisation, le maintien de la gratuité, l’introduction d’une gestion démocratique sont les principes qui ont inspiré les propositions adoptées.

La nécessité urgente et incontournable de la redistribution de la richesse

La proposition sur le Revenu minimum garanti est une proposition phare à cet égard. "À travers la politique de plein emploi proposée par Québec solidaire, le revenu minimum sera assuré pour le plus grand nombre. Pour toute personne sans emploi, ou de revenu insuffisant, l’État assurera un revenu minimum garanti et inconditionnel versé sur une base individuelle à partir de 18 ans. Ce revenu pourrait être complémentaire à un revenu du travail ou autre soutien du revenu lorsque celui-ci est inférieur au seuil établi." Cette proposition s’ajoute à la proposition déjà adoptée sur l’augmentation substantielle du salaire minimum et à celle sur la réduction des heures de travail sans perte de salaires.

Ces propositions font de la justice sociale, de la lutte aux inégalités et de l’aspiration à une nouvelle répartition des richesses sociale des enjeux politiques majeurs poue Québec solidaire. Ces propositions placent le combat de Québec solidaire en confrontation directe avec la dynamique actuelle de la concentration de la richesse dans les sommets de la société particulièrement les banques. Les propositions sur le droit au logement ou sur l’instauration d’un régime de retraite universel concrétisent également cette volonté d’une répartition plus égalitaire de la richesse.

La promotion de la culture québécoise et la défense de la langue française

Enfin, les débats sur la défense de la langue française ont permis de réaffirmer que cette défense passera d’abord par la capacité de la société québécoise de faire du français la langue de travail. Les propositions adoptées ont insisté sur la nécessité de bloquer la dérive actuelle à ce niveau. Une proposition indique la nécessité d’interdire l’exigence de la connaissance de l’anglais à l’embauche. Une autre souligne le fait que l’intégration de la population immigrante à la langue française est liée à leur intégration socio-économique sur une base égalitaire et propose une série de mesures à cet égard. Le congrès n’a pas retenu l’extension de la loi 101 aux cégeps. Mais comme l’a souligné Amir Khadir dans son discours de clôture, ce choix découle de la conviction que cette orientation ne semble pas envoyer le meilleur message actuellement, et il ajoute que le moment n’est sans doute pas encore venu pour une telle mesure.

Un congrès productif, mais pressé

Les discussions ont été centrées sur les propositions que nous devons faire à la population. L’analyse des problématiques qui traversent la société auxquelles répondaient ces propositions n’ont pas toujours eu le temps d’être évoquées au congrès lui-même étant donné le grand nombre de thèmes mis en discussion, de la rapidité des délibérations, de la quasi-absence de rapport de mise en contexte (le rapport sur les propositions entourant l’éducation a été une heureuse exception), sans parler de la nécessité de gérer un grand nombre de propositions traitant d’abord de formulations.

Un programme mobilisateur pour la majorité de la population du Québec.

Voilà un programme qui fera peur aux nantis et qui sera la cible de nombreuses attaques. Il ne faut pas en douter. Déjà ces dernières ont commencé à pleuvoir dans les médias sur le caractère irréaliste des propositions abordées. Les mass medias aux mains de l’oligarchie régnante voudraient bien nous réduire au statut de doux rêveurs et leur travail de délégitimation de nos propositions devront recevoir des réponses rapides et rigoureuses.

Ces réactions nous indiquent qu’il faudra développer rapidement nos argumentaires et nos stratégies pour définir précisement comment et pourquoi ces propositions peuvent et doivent être mises en place. Nous devons par là couper l’herbe sous les pieds à la démagogie qui voudra réduire des propositions sérieuses et nos stratégies de transformation sociale. Québec solidaire, avec ce programme, donne une réponse cohérente aux principaux problèmes sociaux... et fait la démonstration de sa nécessité.

La partie difficile de toute démarche programmatique n’est pas seulement l’énoncé de mesures à prendre, mais la définition de politiques permettant de neutraliser les comportements d’obstruction, de rétorsion, voire de sabotage auxquelles un projet de transformation sociale aura à faire face. Tout projet de transformation implique d’anticiper les affrontements inévitables avec les bénéficiaires de l’ordre existant qui s’en feront les défenseurs acharnés. La possibilité de concrétiser nos orientations et nos propositions ne dépend pas uniquement d’une éventuelle victoire gouvernementale, mais également du travail fait pour convaincre et mobiliser la majorité de la population autour des mesures que nous avançons pour changer tout de suite et très concrètement leurs conditions de vie et de travail.

Le programme de Québec solidaire, comme projet de transformation sociale peut devenir dans les élections qui viennent, la référence et l’expression de celles et de ceux qui veulent changer la société, pour répondre aux besoins du plus grand nombre.

Bernard Rioux

Militant socialiste depuis le début des années 70, il a été impliqué dans le processus d’unification de la gauche politique. Il a participé à la fondation du Parti de la démocratie socialiste et à celle de l’Union des Forces progressistes. Militant de Québec solidaire, il participe au collectif de Gauche socialiste où il a été longtemps responsable de son site, lagauche.com (maintenant la gauche.ca). Il est un membre fondateur de Presse-toi à gauche.

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