Si les populations racisées représentent selon Michel David, une menace pour le français ce qui sous-entend pour l’indépendance également, alors ce n’est certainement pas en appuyant le PQ dans sa vision des choses qu’on va construire un Québec indépendant. Les politiques identitaires du PQ provoqueront un clivage et une défaite. Sans compter les politiques néolibérales auxquelles il nous a habitué lorsqu’il était au pouvoir.
Mais pour répondre plus précisément à la question des « hostilités » de QS envers le PQ, commençons par regarder la situation en 2017.
J’étais à ce moment membre du Comité de coordination national de Québec solidaire (CCN). Les Organisations unies pour l’indépendance (OUI Québec) avec qui nous travaillions avec l’objectif d’examiner les voies possibles pour réaliser l’indépendance. Le OUI Québec proposait deux phases de discussion, la première concernant le mode d’accession à l’indépendance et la deuxième, comment faire élire une majorité de député-e-s indépendantistes à l’Assemblée nationale lors de l’élection de 2018.
Ce n’était pas la première fois que cette question des alliances était portée à l’attention des membres de QS. Nous en avions traité dans les deux congrès précédents et avions rejeté l’option d’alliance avec le PQ. Nous avions cependant accepté un appui réciproque des candidatures de Jean-Martin Aussant d’Option Nationale et de Françoise David de Québec solidaire en n’opposant pas de candidature.
Après la démission de Pierre Karl Péladeau, Jean-François Lisée est élu à la tête du PQ en 2016 en indiquant qu’il ne tiendrait pas de référendum avant un deuxième mandat. La direction du OUI Québec a dû changer son fusil d’épaule. Le 21 octobre 2016, le OUI Québec informait QS qu’avec l’élection de Jean-François Lisée à la tête du Parti québécois, la question d’alliances pour faire élire des indépendantistes ne se posait plus avec la même urgence. Il conservait cependant le thème de discussion concernant la recherche d’un mode d’accession commun à l’indépendance.
La direction de QS a néanmoins poursuivi sa réflexion car nous n’étions pas unanimes sur cette question des alliances. Nous avons donc convenu de nous en remettre à nos membres. Pendant environ 10 mois nous avons tenu des assemblées de cuisine, des conférences en personne et en vidéo à Québec et à Montréal. Andres Fontecilla, alors co porte-parole de QS, défendait l’option pour les alliances et moi celle en faveur de conserver notre autonomie politique face à cette question.
Notre congrès de mai 2017 a voté très majoritairement en faveur de maintenir notre autonomie et de ne pas faire d’entente avec le PQ, positions que je défendais. Ses politiques identitaires et néolibérales ayant déjà discrédité ce parti aux yeux d’un grand nombre de nos membres.
Au lendemain du congrès, Jean-François Lisée avait accusé la direction de QS d’être dirigé par un ‘politburo’. Il faut se demander pourquoi ce dernier avait voulu dans ce cas faire alliance avec d’aussi douteux individus ? Probablement que son plan n’a jamais été de réaliser une alliance avec QS mais plutôt de le neutraliser en vue des élections.
Si QS avait fait l’erreur de se lier au PQ, il aurait sombré avec lui aux élections d’octobre 2018. Au contraire en affirmant sa politique progressiste et inclusive Québec solidaire a réussi à gagner l’appui d’une bonne partie de la population en dynamisant les forces progressistes et a fait un bond en avant, augmentant sa députation de 3 à 10 personnes.
Les populations néo-québécoises de même qu’une majorité de la population anglophone ne sont pas nécessairement attirées par le projet indépendantiste, alors encore moins par celui présenté par le PQ, qui s’enferme dans une logique identitaire hostile aux minorités et à l’immigration.
À la veille du congrès où nous discutions des alliances, le 19 mai 2017, j’écrivais dans Le Devoir que ce dont la population du Québec a besoin, c’est d’un parti qui rassemble ceux et celles qui luttent isolément, les groupes qui perdent leurs espoirs parce qu’ils luttent en ordre dispersé, les communautés qui se sentent exclues. Elle n’a pas besoin qu’on leur offre de s’allier ou de voter pour un parti qui les a menés à la défaite et qui a trahi les aspirations de ceux et celles qui lui avaient fait confiance. Le PQ a appuyé Énergie Est, nous a harnachés à Pétrolia dans un contrat secret d’exploitation pétrolière de l’île Anticosti, a conservé leurs privilèges aux compagnies minières et coupé dans les services publics et l’aide sociale.
Pire, la seule véritable campagne de mobilisation qu’il a faite a porté sur le nationalisme identitaire avec la charte des valeurs. Il s’en est pris aux minorités, aux communautés issues de l’immigration afin de raffermir le « Nous » québécois. C’est la seule leçon qu’il a tirée pour gagner l’élection, raffermir le « Nous » en entretenant les préjugés. Il a appliqué une politique odieuse qui a fracturé le Québec. Ces politiques n’ont de toute évidence pas changé.
La lutte pour l’indépendance doit être le moyen de créer une société égalitaire, environnementaliste et inclusive. Au final nous souhaitons une telle société dans l’ensemble du Canada. Nos dynamiques sont différentes et l’historique de l’oppression nationale au Québec nous place dans une perspective où il est possible de mobiliser la population dans un projet de société égalitaire. Cette dynamique, en travaillant de concert avec nos camarades du Reste du Canada, pourra souhaitons-le, les conduire à une lutte similaire et permettra de nous allier dans une lutte commune contre l’empire capitaliste et néolibéral qui domine au Canada.
La question nationale, ce n’est pas juste un territoire, c’est la construction d’une société dans laquelle on veut vivre de façon égalitaire, ouverte sur le monde en solidarité avec les luttes populaires et féministes.
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