Édition du 17 février 2026

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Comptes rendus de lecture du mardi 25 novembre...

Comptes rendus de lecture du mardi 25 novembre 2025

La guerre culturelle des conservateurs québécois
Sous la direction de Francis Dupuis-Déri et Marc-André Éthier

Cet ouvrage collectif contient des textes d’inégales valeurs sur différents courants conservateurs au sein de la gauche québécoise. Si quelques-uns gagneraient à être vulgarisés, la plupart sont intéressants et on y retrouve d’excellentes analyses des idées et concepts d’intellectuels progressistes très connus. J’ai particulièrement aimé les chapitres « Réflexions féministes autour du conservatisme du Québec » de Denyse Baillargeon, « Cris et chuchotements — La citoyenneté au cœur de l’enseignement de l’histoire au Québec » de Marc-André Éthier, Jean-François Cardin et David Lefrançois et « Le conservatisme de gauche — Pas antiféministe, mais… » de Francis Dupuis-Déri.

Extrait tiré du chapitre « Cris et chuchotements » :

L’opposition entre ces deux courants devrait s’exprimer plus vivement avec l’accentuation de la polarisation sociale, laquelle devrait croître à mesure que la crise économique s’aggrave. En effet, l’offensive patronale et étatique contre les droits sociaux, arrachés de haute lutte, lancée sous le prétexte de lutter pour « assainir les finances publiques », à la suite de la crise économique de 1982, puis relancée de plus belle après celle de 1992 et la débâcle financière de 2008, s’est soldée par l’érosion, sur le front de l’éducation comme sur tant d’autres, d’une justice sociale lacunaire. Or, toutes les concessions consenties ne suffisent pas à enrayer cette crise, la crise de leur système. Il faudrait encore que les droits syndicaux et les salaires périclitent, que l’âge de la retraite soit repoussé, que le financement des services collectifs se dégrade et que plus de charges sociales échoient aux familles et individus. À ce jour, pour tenter de faire avaler cet escamotage à celles et ceux qui en souffriront, les élites ont déployé un lourd arsenal idéologique défendant l’illusion d’un nous unifiant toutes les classes, ce nous qui a servi à exploiter, opprimer, désigner des boucs émissaires, justifier le racisme et la guerre, entre autres.

Discours de la servitude volontaire
Étienne de La Boétie

Comme bien d’autres, c’est le cinéaste Pierre Falardeau qui m’a fait découvrir cet auteur du XVIe siècle. J’ai acheté ce bouquin neuf pour une bouchée de pain il y a quelques années. Il faisait partie de la collection « Les livres qui ont changé le monde » de Flammarion et est précédé d’une longue présentation qui nous décrit l’essai dans le contexte de l’époque en nous relatant son long cheminement. Un livre fort intéressant ; et, comme le dit si bien le titre de la collection, un de ces livres qui ont changé le monde...

Extrait :

Il y a trois sortes de tyrans. Je parle des mauvais Princes. Les uns possèdent le Royaume par l’élection du peuple, les autres par la force des armes, et les autres par succession de race. Ceux qui l’ont acquis par le droit de la guerre, s’y comportent, on le sait trop bien et on le dit avec raison, comme en pays conquis. Ceux qui naissent rois, ne sont pas ordinairement meilleurs ; nés et nourris au sein de la tyrannie, ils sucent avec le lait naturel du tyran, ils regardent les peuples qui leur sont soumis comme leurs serfs héréditaires ; et, selon le penchant auquel ils sont le plus enclins, avares ou prodigues, ils usent du Royaume comme de leur propre héritage. Quant à celui qui tient son pouvoir du peuple, il semble qu’il devrait être plus supportable, et il serait, je crois, si dés qu’il se voit élevé en si haut lieu, au-dessus de tous les autres, flatté par je ne sais quoi, qu’on appelle grandeur, il ne prenait résolution de n’en plus descendre. Il considère presque toujours la puissance qui lui a été confiée par le peuple comme devant être transmise à ses enfants. Or, dés qu’eux et lui ont conçu cette funeste idée, il est vraiment étrange de voir de combien ils surpassent en toutes sortes de vices, et même en cruautés, tous les autres tyrans.

Inés de mon âme
Isabel Allende
Traduit de l’espagnol

Ce superbe roman historique qui se déroule au milieu du XVIe siècle nous fait découvrir la conquête du Chili et la fondation de Santiago à travers le récit du personnage historique Inés Suárez. C’est un récit dur et cruel, surtout à l’endroit des peuples autochtones, mais en ce sens combien instructif et révélateur de ce qu’a été la conquête de l’Amérique du Sud à l’époque de Charles Quint, alors le monarque le plus puissant d’Europe. Un autre très beau et bon roman d’Isabel Allende…

Extrait :

En ces neuf années de colonie au Chili, nous avions soutenu plusieurs batailles rangées et d’innombrables escarmouches avec les Indiens chiliens ; or, non seulement nous avions réussi à nous installer, mais aussi à fonder des villes. Nous nous pensions en sécurité, al ;ors qu’en réalité les indigènes chiliens n’ont jamais accepté notre présence sur leur terre, comme ne constaterions au cours des années suivantes. Au nord, les Indiens de Michimalonko se préparaient depuis longtemps à un soulèvement massif, mais ils n’osaient pas attaquer Santiago, comme ils l’avaient fait en 1541 : ils concentrèrent au contraire leur effort sur les petits hameaux du nord, où les colons espagnols se trouvaient presque sans défense.

La Véritable histoire de Ah Q
Lu Xun
Traduit du chinois

Ce court roman se déroule dans un village de la Chine rurale il y a plus d’une centaine d’années. À travers l’histoire de Ah Q, l’auteur nous décrit les malheurs de la Chine et l’état d’esprit qui devait mener au Mouvement du 4 mai 1919, ce mouvement anticolonialiste qui devait tranquillement transformer la destinée du pays. Ah Q évoque le Chinois type de l’époque, illettré et astucieux, un peu bête, à la fois arrogant et peureux. Un beau portrait d’une époque et d’un lieu peu connus chez nous.

Extrait :

Alors un homme à longue robe apporta un pinceau et une feuille de papier et lui mit le pinceau dans la main. Ah Q éprouva une telle frayeur que ses esprits faillirent lui échapper, car c’était la première fois que ses doigts entraient en contact avec un pinceau. Il se demandait comment le tenir, mais l’homme lui montrait où il devait signer.

Portfolio

Bruno Marquis

Bruno Marquis est un lecteur qui s’est impliqué dans plusieurs organismes voués à la protection de l’environnement, à la paix et à l’élimination de la pauvreté chez les enfants au cours des vingt dernières années. Il publie actuellement une chronique sur l’environnement dans le mensuel Ski-se-Dit. Il a aussi tenu régulièrement une chronique dans le webzine tolerance.ca.

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