Édition du 4 octobre 2022

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Politique québécoise

Congrès du Parti québécois : vers la gouvernance provincialiste comme seul horizon (I)

Les 15, 16 et 17 avril prochains, le Parti québécois tiendra, à Montréal, son XVIe congrès, le premier depuis six ans. 1700 délégué-e-s seront appelés à discuter près de 700 propositions rassemblées, dans une proposition principale intitulée « Agir en toute liberté ».

Les principaux débats s’articuleront autour des enjeux suivants : comment agir en gouvernement souverainiste ? Comme défendre l’identité du Québec et de sa culture ? Que faire pour créer de la richesse et développer l’économie du Québec ? Comment construire un Québec vert et bleu, soit introduire la dimension écologiste dans les politiques gouvernementales ? ... Voilà de vastes travaux, et c’est sans compter le vote de confiance envers Pauline Marois, cérémonie d’adoubement qui est un passage obligé dans ce type de parti politique pour consacrer un règne.

La stratégie de gouvernance souverainiste ou comment faire semblant d’être souverainiste tout en repoussant les échéances véritables aux calendes grecques

En fait, Pauline Marois a posé comme condition de son retour à la tête du parti de ne pas être liée par aucune échéance référendaire et que soit abandonnée la version du programme adopté au congrès de 2005. Pauline Marois ne voulait plus rien savoir de l’obligation suivante : « organiser et tenir un référendum le plus tôt possible à l’intérieur du prochain mandat pour permettre une préparation intensive des questions afférentes à la souveraineté et pour assurer le temps nécessaire à la transition du Québec vers le statut de pays ; ... »( Programme politique adopté au congrès de 2005).

La perspective d’un référendum est remise par Pauline Marois à un avenir indéfini. On est loin de l’approche du Parizeau de 1994 qui avait promis un référendum dans les 8 à 10 mois après la prise du pouvoir. La gouvernance souverainiste a tout à voir avec un autonomisme qui refuse de dire son nom. Pauline Marois a même soulevé l’hypothèse qu’un référendum pourrait se faire dans un troisième mandat. Que Jacques Parizeau s’en soit alerté n’a rien de surprenant. Mais personne au Parti, ne veut relancer la question d’une échéance précise pour la tenue d’un référendum. Alors Jacques Parizeau, Lise Lapointe et cie se contentent d’avancer la proposition de la mise sur pied d’un comité de préparation d’un référendum sur la souveraineté. Mais jusqu’ici la direction et l’appareil du Parti ont réussi à faire battre cette proposition et à empêcher qu’elle se rende jusque sur le plancher du congrès. Mais tout n’est pas encore joué.

Parizeau n’a pas tort de se méfier et d’affirmer que la gouvernance souverainiste mise de l’avant par Pauline Marois ressemble davantage à un bon gouvernement provincial qu’à la volonté de préparer et de réaliser la souveraineté. Est-ce que l’appétit de pouvoir des élites ministrables va s’imposer à ce congrès réduisant pour toute une période la souveraineté à un hochet que l’on ressort pour les indépendantistes les jours de fête ? C’est l’hypothèse la plus probable. Un vote de confiance largement majoritaire pour Pauline Marois serait la confirmation d’une sérieuse défaite pour les indépendantistes qui s’accrochent encore à ce parti.

Le PQ nous promet un changement de régime et de personnel politique, mais nous promet-il réellement une autre politique ?

Dans les prochains mois, le Parti québécois se présentera comme l’instrument essentiel pour se débarrasser du gouvernement Charest. Mais ses politiques seront-elles radicalement différentes ?

a. comme Charest, refuser toute réforme du mode de scrutin

Le Parti québécois est avant tout un parti de l’alternance. Ce n’est pas le parti de l’élargissement de la démocratie des institutions québécoises. Comme le signale Paul Cliche, la proposition soumise aux membres par la direction du PQ évacue complètement la réforme du mode de scrutin faisant basculer officiellement le PQ dans le camp des défenseurs du scrutin uninominal à un tour qui ne reconnaît pas l’importance de chaque vote, qui ne permet pas la représentation politique des minorités, qui bloque l’apparition et le développement de partis politiques représentant d’autres sensibilités politiques présentes au sein de la société québécoise. Mais le PQ n’hésite pas à ériger consciemment cet obstacle sur la voie de la représentation démocratique de la population.

b. comme Charest, refuser toute réforme de fiscalité permettant une redistribution de la richesse

Le programme prévoit-il une réforme de la fiscalité pour taxer les entreprises et les hauts revenus afin de redistribuer la richesse ? On peut en douter. Dans la proposition principale, on peut lire en effet : « la richesse des pays repose aussi sur celle des individus et l’État a le devoir de réunir les conditions qui permettent à chacun de s’enrichir. » (4.4) C’est comme si la notion même de concentration de la richesse n’existait pas dans ce parti. C’est comme si on ne savait pas qu’un petit nombre de millionnaires ou de milliardaires peuvent concentrer la majorité de la richesse d’un pays. C’est comme si la concentration de la richesse n’était pas le contraire de sa répartition.

L’État québécois serait-il le maître d’oeuvre de la réorganisation de l’économie ? Non, il se verra confier comme mandat de « soutenir davantage nos entrepreneurs et d’encourager les Québécois qui désirent créer une entreprise ou se lancer en affaires. À cette fin, un gouvernement souverainiste (en fait péquiste) misera sur l’esprit d’initiative des Québécois en accompagnant les entrepreneurs dans leurs démarches et en contribuant à la formation de la relève entrepreneuriale. La construction d’une classe d’affairistes bien québécois, voilà la principale préoccupation du parti de Pauline Marois. Bien sûr, certaines mesures, comme celles concernant la hausse des redevances sur les richesses naturelles, reflètent les mobilisations populaires, mais on est loin d’une véritable réappropriation de nos ressources.

c. Comme Charest, se présenter comme un Vert, tout en ménageant toutes les filières

Et le Québec vert et bleu... Le projet de programme nous promet un virage vers les énergies renouvelables, mais ce virage sera modulé en tenant compte des coûts de production de chaque type d’énergie. Malheureusement, ces coûts de production restent le plus souvent beaucoup plus élevés que l’achat d’énergies fossiles. Le passage aux énergies renouvelables nécessitera qu’on accepte de sortir de la logique de la rentabilité à court terme et qu’on consacre d’importants investissements publics pour rendre ce passage possible. Dans une optique de la recherche de seuils de rentabilité pour les entreprises, ce passage ne se fera pas.

Plus grave, la Proposition principale dit qu’un gouvernement péquiste « prendra tous les moyens politiques et juridiques pour ouvrir la voie à l’exploitation sécuritaire des réserves potentielles de pétrole ou de gaz naturel dans le golfe Saint-Laurent ; et prendra, si un ou des gisements d’hydrocarbures sont découverts, une participation dans les entreprises de production, de façon à assurer l’adoption de règles environnementales et sociales plus strictes. » L’exploitation des énergies fossiles est déjà au programme. Si la politique sur le développement des transports publics dans une perspective de développement durable est beaucoup plus prometteuse. Rien de sérieux n’est envisagé pour la sortie de la civilisation de l’automobile et la transformation des modes de consommation qui seront nécessaires pour rompre avec la logique de la croissance porteuse de la destruction de l’environnement. En fait, la Proposition principale fait une analyse superficielle et rapide et évite d’identifier les obstacles à un projet d’une société véritablement écologique. Elle laisse penser que des changements d’ampleur se feront sans bouleverser les modes de vie actuels.

d. Comme Charest, prétendre qu’une bonne gestion est suffisante pour faire face aux problèmes majeurs auxquels la société québécoise sera confrontée

Il reste que malgré des efforts pour mettre les propositions avancées au goût du jour, on sent déjà poindre que le réalisme de la gestion provincialiste quotidienne risque de laminer les vœux pieux que l’on retrouve un peu partout dans ces pages. Cette Proposition principale donne l’étrange impression de flotter au-dessus des contraintes de la société dans laquelle nous vivons, qu’elle est en marge des rapports de force entre classes qui composent cette société. Le PQ nous invite au royaume de la gestion tranquille et quotidienne qui n’aurait pas à faire face aux problèmes dramatiques que nous sommes appelés à vivre et ni à faire des choix essentiels pour l’avenir du Québec.

En fait, la Proposition principale nous susurre : dort Québec dort, les élites de la gouvernance souverainiste veillent au grain. [1]


[1De nombreux autres débats sont également en jeu (la question de la nette prédominance du français et de l’extension de la loi 101 au Cégep, le débat sur la laïcité et l’adoption d’une charte à ce propos, le débat sur la citoyenneté québécoise, sur l’éducation, la santé, les luttes aux discriminations...), nous y reviendrons.

Bernard Rioux

Militant socialiste depuis le début des années 70, il a été impliqué dans le processus d’unification de la gauche politique. Il a participé à la fondation du Parti de la démocratie socialiste et à celle de l’Union des Forces progressistes. Militant de Québec solidaire, il participe au collectif de Gauche socialiste où il a été longtemps responsable de son site, lagauche.com (maintenant la gauche.ca). Il est un membre fondateur de Presse-toi à gauche.

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