Édition du 3 décembre 2019

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Alimentation

Crise alimentaire : Les causes conjoncturelles

Des causes conjoncturelles permettent d’expliquer en partie l’augmentation spectaculaire des prix au cours des dernières années.

La sécheresse et d’autres phénomènes météorologiques, liés au changement climatique, ont touché les pays producteurs comme la Chine, le Bangladesh, l’Australie… Ils ont affecté les récoltes et continuent d’avoir un impact sur la production alimentaire.

photo et article tiré de NPA 29
http://npa29.unblog.fr/2019/07/27/crise-alimentaire-4-esther-vivas/

L’augmentation de la consommation de la viande, notamment en Amérique latine et en Asie, en raison d’une modification des habitudes alimentaires (généralisation du modèle de consommation occidental) et du fait de la multiplication des installations pour engraisser le bétail ;

Les importations de céréales par les pays qui avaient été jusque-là autosuffisants, comme l’Inde, le Viêt Nam ou la Chine, en raison de la réduction des terres agricoles ;

La réduction des réserves de céréales dans les systèmes nationaux qui ont été démantelés à la fin des années 1990 a contribué à ce que ces pays dépendent désormais entièrement des marchés mondiaux, très volatiles [8].

Tous ces éléments expliquent en partie les causes de la crise alimentaire, mais il s’agit là d’arguments partiels, qui, de plus, ont été employés pour détourner l’attention des causes sous-jacentes [9].

À mon avis deux facteurs conjoncturels ont joué un rôle déterminant dans le déclenchement de la hausse rapide des prix alimentaires : l’augmentation du prix du pétrole, qui s’est répercutée directement et indirectement, et les investissements spéculatifs croissants dans les matières premières. Ces deux facteurs ont déséquilibré le système agro-alimentaire très fragile.

Regardons le de manière détaillée.

L’augmentation du prix du pétrole, qui a doublé au cours des années 2007 et 2008, a provoqué une flambée du prix des engrais et des transports. Elle a aussi eu pour conséquence des investissements accrus dans la production des combustibles alternatifs d’origine végétale.

Les gouvernements des États-Unis, de l’Union européenne, du Brésil et d’autres encore, ont subventionné la production des biocarburants en tant qu’alternative à la pénurie du pétrole et au réchauffement climatique.

Mais cette production de carburants « verts » entre en concurrence directe avec la production alimentaire. Pour ne prendre qu’un exemple, en 2007 aux États-Unis 20 % de la récolte des céréales a été employé pour produire de l’éthanol et on estime qu’au cours de la prochaine décennie ce taux atteindra 33 %. Imaginez cette situation dans les pays du Sud…

En avril 2008, la FAO a reconnu qu’« à court terme, il est très probable que l’expansion rapide de carburants verts au niveau mondial aura des effets importants sur l’agriculture en Amérique latine » [10]. Et le détournement de 5 % de la production mondiale des céréales s’est directement répercuté sur l’augmentation de leurs prix.

Dans la mesure ou le maïs, le blé, le soja ou les betteraves ont été détournés pour la production des biocarburants, leur offre sur le marché a été réduite et leurs prix ont augmenté en consé-quence. Selon diverses sources cet impact a été plus ou moins important, mais toujours décisif : le Département de l’agriculture des États-Unis considère que les biocarburants ont généré un accroissement du prix des céréales d’entre 5 % et 20 % ; l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI) considère que ce chiffre atteindrait les 30 % alors qu’une fuite d’un rapport de la Banque mondiale affirme que la production des biocarburants provoquera une augmentation de 75 % du prix des céréales [11].

Une autre cause conjoncturelle à prendre en compte en tant que générateur de cette hausse des prix a été les investissements spéculatifs croissants dans les matières premières, après les krach des marchés de la « nouvelle économie » (ou dot.com) et de l’immobilier.

Après l’effondrement du marché des crédits hypothécaires à risque (« subprimes ») aux États-Unis, les investisseurs institutionnels (banques, compagnies d’assurances, fonds de placement, etc.) et d’autres ont cherché des investissements plus sûrs et de plus grande rentabilité pour placer leurs capitaux. Dans la mesure où les prix alimentaires montaient, ils les ont orientés vers les marchés alimentaires à terme, poussant leurs prix vers le haut et aggravant encore l’inflation de ce secteur [12].

Aujourd’hui on estime qu’une part significative des investissements financiers dans le secteur agricole est de nature spéculative. Selon les chiffres les plus conservateurs, il s’agirait de 55 % du total de ces investissements, un volume qui augmente à mesure que la libéralisation de la production agricole s’accroît. Notons aussi une étude de Lehman Brothers de 2008, qui indique que depuis 2003 l’indice de la spéculation sur les matières premières (qui intègre pour 30 % les produits agricoles) a augmenté de 1900 % [13].

Esther Vivas, journaliste et sociologue, membre de la direction de Izquierda Anticapitalista (Gauche anticapitaliste, État espagnol), est militante de la IVe Internationale.

https://www.preavis.org/

Esther Vivas

Auteur de "En campagne contre la dette” (Syllepse, 2008), co-coordinatrice des livres en espagnole "Supermarchés, non merci" et "Où va le commerce équitable ?" et membre de la rédaction de la revue Viento Sur (www.vientosur.info).

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