Édition du 18 juin 2019

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Afrique

Cyril Ramaphosa, l’homme de l’Aube nouvelle

Après la fébrilité de la période électorale vient l’heure du bilan, de la mise en oeuvre du programme et de ses difficultés C’est au nouveau président Cyril Ramaphosa que revient , entre autres, la lourde tâche de redonner confiance à un électorat quelque peu désabusé.

Tiré du blogue de l’auteure.

Les résultats, 57,51% pour l’ANC, 20,77% pour la DA (Alliance démocratique) et 10,77% pour les EFF (Combattants de la liberté) montrent clairement que les électeurs ont mal vécu les 10 dernières années de scandales, corruption, gabegie généralisée du parti au pouvoir. Ils n’ont pas vu dans les querelles et divisions de la DA de quoi s’enthousiasmer, mais le langage « révolutionnaire » du commandant Julius Malema, a séduit les plus jeunes et ceux qui ne voient guère leur quotidien s’améliorer.

Un parti de droite le Freedom Front + a crée la surprise en obtenant`2,38% des voix, prises pour certaines sur la droite du DA, mais selon Steve Friedman, il ne s’agit pas d’en faire une montagne, ces électeurs étant quelques Afrikaners nostalgiques du passé. Le petit fils de Henrik Verwoerd, architecte du régime d’apartheid, siègera donc au Parlement à partir du 22 mai, jour de l’ouverture parlementaire. L’ancienne maire du Cap, Patricia de Lille, exclue du DA et qui a crée son propre parti, Good, siègera également au parlement. Le 26 mai, les 400 députés de la nouvelle assemblée éliront le président de la république d’Afrique du Sud, qui sera sans surprise Cyril Ramaphosa, l’Anc ayant obtenu 230 sièges de députés sur 400.

Une fois la cérémonie finie, le nouveau président devra se mettre au travail en formant son gouvernement. Il a promis de réduire le nombre de ministres qui n’a cessé d’augmenter pour atteindre le chiffre extravagant de 34 ministres et 37 secrétaires d’état, une inflation qui coûte cher au pays, sans lui apporter aucun bénéfice. La nomination des « amis du président » a fait long feu et les électeurs veulent un gouvernement utile, efficace, intègre pour relever les multiples défis du pays. Les Sud-Africains sont unanimes sur un point : en finir avec des ministres escrocs qui pillent les coffres de l’Etat.

La formation du nouveau gouvernement se fera après consultation des alliés de l’ANC, la centrale syndicale COSATU et le parti communiste sud-africain, SACP. Le syndicat exige un grand nettoyage : « nous avons dit au président que nous ne voulons pas d’une approche légaliste pour ceux qui n’ont pas été reconnus coupables. Nous n’avons plus les moyens de garder au gouvernement des individus compromis si nous voulons remettre l’état en ordre ». Parmi ces individus on trouve plusieurs ministres et aussi le secrétaire général de l’ANC , Ace Magashule, objet du livre Ganster State, Unravelling Ace Magahsule’s Web of Capture,(non traduit) qui fait scandale dans le pays.

Le choix de Cyril Ramaphosa sera crucial pour asseoir son autorité et poursuivre la lutte contre la corruption qui faisait partie de ses promesses de campagne. La difficulté sera d’éliminer les plus corrompus, proches de Jacob Zuma, et qui n’ont pas dit leur dernier mot. Ce choix devra se faire au nom de l’efficacité et du redressement du pays et non pas apparaître comme un règlement de comptes entre factions du parti au pouvoir.

Une fois le gouvernement formé, il devra se mettre au travail pour que « l’aube nouvelle » promise ne tarde pas trop à se montrer à l’électeur qui a donné encore une chance au parti de Mandela. Si les milieux d’affaires ont accueilli la victoire de l’Anc avec satisfaction, un des leurs est à la tête du pays, il faudra aussi satisfaire les jeunes, les chômeurs, les pauvres qui attendent toujours que demain soit un jour meilleur.

Jacqueline Derens

Collaboratrice au site de Mediapart (France).

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