Édition du 20 février 2024

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Le Monde

Décoloniser, Notions, Enjeux et horizons politiques1

Cet excellent numéro de la collection Passerelle2, « Décoloniser, Notions, enjeux et horizons politiques », présente la pensée de la décolonisation aujourd’hui. C’est une présentation claire et pédagogique des concepts et de la situation. Il permet de comprendre ce qui se joue avec les nouvelles manières de penser la phase actuelle de la décolonisation.

Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2023/05/09/decoloniser-decolonialiser-presentation-du-passerelle-n24/

DÉCOLONISER, DECOLONIALISER. Présentation du PASSERELLE n°24

Il permet de comprendre comment les notions de colonialité et de décolonialité sont nés de la convergence entre les manières de penser les deux vagues d’indépendances nationales, celle de l’Amérique Latine au 19ème siècle et celle de l’Asie et de l’Afrique au 20ème siècle.

La Conférence de Bandung, en avril 1955, est un moment historique de la décolonisation3. Les 17 chefs d’Etat des premiers pays indépendants d’Afrique et d’Asie se réunissent à l’invitation du Président indonésien Sukarno, avec le pandit Nehru et Chou en Lai pour l’Asie, Nasser pour l’Egypte et l’Afrique ; Nkrumah, premier président du Ghana participe à la préparation sans y être présent et promeut le panafricanisme. Tito, seul chef d’État d’un pays européen, la Yougoslavie, défendra la proposition du non-alignement. Bandung va affirmer avec la décolonisation, l’émergence d’un Sud global et le non-alignement. Chou en Lai, énonce le programme dans son discours, qu’il reprendra quelques mois plus tard aux Nations Unies : « les États veulent leur indépendance, les Nations veulent leur libération, les peuples veulent la Révolution ». Bandung reste toujours d’actualité, surtout si on fait l’hypothèse que la décolonisation n’est pas terminée.

En 1966, après la révolution cubaine de 1959, la Conférence de la Tricontinentale, préparée par Che Guevara et Mehdi Ben Barka, se réunit à La Havane. C’est la jonction des deux décolonisations et la naissance politique du Sud global. Les nouvelles luttes en Amérique Latine se nommeront elles-mêmes « luttes de libération nationale ». il ne faut pas oublier les deux grands moments précurseurs de la décolonisation, la révolution haïtienne qui sera victorieuse contre les troupes de Napoléon, en 1804 ; et en 1910, la révolution mexicaine conduite par Pancho Vila et Emiliano Zapata.

La décolonisation n’est pas achevée. La première phase est à peu près terminée, à part quelques cas dont la situation emblématique de la Palestine. L’indépendance des États est maintenant acquise, on en voit les limites. La deuxième phase de la décolonisation, celle de la libération des nations et des peuples commence. Comment penser la décolonisation dans cette nouvelle phase.

Passerelle met en évidence trois moments de cette pensée. Une première période est marquée par la pensée anticolonialiste, très bien représentée par Aimé Césaire et Franz Fanon4, qui déconstruit la pensée colonialiste et qui démontre l’intériorisation d’une supériorité européenne par les élites locales. Les études post-coloniales, plutôt anglophones, en Angleterre et aux Etats-Unis, développent les Subaltern studies, et tentent de les faire reconnaître dans les Universités. Dans les années 1990-2000, les études décoloniales émergent des sciences sociales latino-américaines et mettent en avant la colonialité du pouvoir, du savoir et de l’être.

J’insisterai dans un premier temps sur les définitions des notions et des concepts de cette nouvelle phase de la décolonisation. Parce qu’ils sont très bien présentés dans ce numéro de la collection Passerelle et qu’il n’y a pas, à ma connaissance, d’autres publications qui les explicitent de manière aussi synthétique. Je reprendrai donc une brève présentation de la colonialité et de la décolonialité, du pluriversel, de l’eurocentrisme, de la racisation et de la racialisation, du racisme d’État, de l’intersectionnalité et du point de vue situé.

La première notion qui s’impose est celle de la colonialité et la décolonialité (chap 1)5. La fin de la colonisation, l’indépendance politique des États, n’implique pas la fin de la décolonialité. La décolonialité vise à relativiser les concepts occidentaux en rappelant les conditions historiques et géographiques de leur production. Elle favorise les formes de savoir désavoués. Il faut se défaire de l’emprise occidentale pour imaginer de nouvelles formes culturelles et de nouveaux lexiques conceptuels. On retrouve l’idée de la déconnexion mise en avant par Samir Amin.

Anibal Quijano définit la colonialité du savoir et du pouvoir, la face cachée de la modernité qui se met en place à partir du 16ème siècle (chap 2)6. La simultanéité entre colonialité et la rationalité modernité n’est pas accidentelle. C’est une matrice hiérarchique raciale, sexuelle, économique, épistémique par rapport aux non occidentaux. Immanuel Wallerstein et Anibal Quijano montrent que le racisme est consubstantiel au fonctionnement du capitalisme et n’est pas seulement une idéologie justificatrice à posteriori. Le racisme qui naît en 1492 est indissociable du capitalisme mondial. L’Indépendance politique du 19ème siècle n’a pas mis fin à la domination économique et symbolique. Le colonialisme a précédé la colonialité, mais elle lui a survécu ; elle est plus profonde et plus durable.

Une autre notion qui se dégage est le pluriversel (chap 3)7. L’universel quand il a été mis en avant au moment des Lumières a permis des progrès vers l’émancipation. Mais il a aussi été retourné et a servi à justifier le colonialisme. Il a aussi érigé la particularité européenne en modèle universel, en voie unique vers le progrès et la modernité. Dans son livre magistral sur l’universalisme européen8, Immanuel Wallerstein revient sur la controverse de Vallolid, sur la discussion pour savoir si les indiens avaient une âme, pour montrer que le débat sur la colonisation et le droit d’ingérence est constitutif de l’universalisme occidental. L’universalisme européen va rencontrer d’autres civilisations qu’il ne peut pas considérer comme primitives parce qu’elles ont des bureaucraties d’Empires, des religions, des langues et des littératures qu’il sait reconnaître9. Pour répondre à ce défi il va les enfermer dans une représentation, l’Orientalisme, en considérant que ce sont de grandes civilisations, mais qu’elles se sont arrêtées dans leur histoire. Et qu’on peut, par le commerce et par les armes, les ramener dans l’Histoire. On peut mesurer l’actualité des critiques d’Anouar Abdel Malek et d’Edward Saïd sur l’orientalisme et la pertinence de leur démarche dans la déconstruction de l’occidentalisation du monde.

L’universel peut se révéler utile et même nécessaire pour parvenir à l’égalité. Il s’agit de décoloniser l’universalisme moderne sans tomber dans les particularismes et le relativisme total qui nient l’unité du genre humain et peuvent conduire aux idéologies identitaires et communautaristes. Il s’agit d’éviter les écueils des fondamentalismes eurocentriques et tiers-mondistes. Un véritable universalisme s’appuie sur un universel d’arrivée et de dialogue. Un universel comme approfondissement de notre propre diversité, ainsi que le définissait Aimé Césaire. La mise en avant du plurivers plutôt que d’un universel, la promotion d’un universalisme concret et pluriversel.

L’eurocentrisme (chap 4)10 traduit un dualisme entre l’Europe, incarnant la civilisation et le progrès, et le reste du monde, l’arriération. Samir Amin qui l’a mis en avant parlait d’occidentalo-centrisme intégrant l’Europe et les États-Unis. Il suppose des invariants culturels des peuples occidentaux et non occidentaux irréductibles les uns aux autres. Il contribue à l’essentialisation et à l’orientalisation des peuples non occidentaux prémodernes. Il sous-estime les identités non occidentales et les exclut d’un horizon politique commun à l’humanité au nom des particularités ethniques et culturelles. Il réserve à l’occident l’héritage des Lumières européennes et ses idéaux de rationalité, d’autonomie, de démocratie et d’universalité proposés comme un point d’arrivée de la civilisation. Il nie le caractère mondialisé du capitalisme et renvoie les peuples du monde à leur retard. Il défend une histoire linéaire du développement allant de l’arriération vers la civilisation, comme l’a formalisé Rostow11 avec ses cinq étapes du développement, un bréviaire de la Banque mondiale.

L’eurocentrisme cherche à imposer le mythe de de la modernité capitaliste comme unique possibilité de l’avenir. En séparant le culturel et l’économique, il masque l’organisation sociale de la production et la lutte des classes. Il cultive l’illusion que la démocratie libérale peut satisfaire toutes les demandes, qu’un capitalisme progressiste, égalitaire et inclusif serait possible. Il contribue à la légitimation de l’ordre social capitaliste. Il contredit la solidarité entre ouvriers européens et peuples colonisés et affirme que la colonisation est avantageuse pour les ouvriers européens, qui en profitent, et pour les peuples, qui pourraient ainsi se moderniser. La décolonisation a démontré que la libération des peuples colonisés peut affaiblir le capitalisme en le privant des bénéfices de la surexploitation des colonies. Cette hypothèse a permis en 1920, à Bakou, au Congrès des Peuples d’Orient, à l’initiative de Lénine et Zinoviev, l’alliance entre les mouvements de libération nationale et les mouvements communistes.

L’eurocentrisme dévalorise les modes de vie prémodernes en proposant une histoire reconstruite entre l’héritage grec et chrétien et les Lumières. Il méconnaît l’histoire avant le 15ème siècle et la Renaissance. Il nie la liaison entre la Grèce, la Mésopotamie, l’Egypte et la Perse ; le rapport entre l’Europe et le monde islamique ; l’importance de l’Islam et du Boudhisme. Il construit un mythe de l’Europe et de la modernité. Pour Immanuel Wallerstein, l’événement fondateur de la modernité est la conquête de l’Amérique, le renforcement des États-nations européens et l’interconnexion dans un marché mondial, l’origine violente de la conquête. Pour Samir Amin, la promesse d’une humanité et d’une histoire unifiée a été trahie par l’économie capitaliste, qui a imposé l’inégalité, entre producteurs et propriétaires et entre nations. Elle a créé la périphérie colonisée productrice de matières premières et de main d’œuvre ; l’opposition entre un centre dominant et une périphérie servile. L’eurocentrisme relaie un discours hégémonique de la puissance économique et militaire, et la complicité des classes dominantes de la périphérie et des capitalistes du centre. L’eurocentrisme, l’occidentalo-centrisme, traduit la lutte des classes à l’échelle internationale.

Le débat sur la racisation et la racialisation (Chap 5)12 s’est imposé dans le débat politique et culturel. La notion de race biologique n’existe pas, mais une construction sociale et politique du racisme existe bien, elle met en avant la notion de race sociale. La racisation consiste à assimiler une personne ou un groupe à une catégorie humaine sur la base de caractéristiques spécifiques et de critères subjectifs. Les discriminations liées au racisme systémique sont très présentes. Pour une personne, se prétendre racisée c’est refuser de se soumettre, d’être réduit à un objet politique défini par les autres mais jamais par soi-même ; c’est exiger d’être reconnu comme sujet politique. C’est un cri générationnel, un appel à être vu et écouté et une dénonciation du racisme systémique. Colette Guillaumin a montré la diversité des racismes existants : la xénophobie, l’antisémitisme, la misogynie, le racisme contre les noir.es, les colonisé.es, les gens du voyage … Par ces discriminations, le groupe racisant maintient ses privilèges.

La racialisation accompagne l’altérisation, la conscientisation, l’adaptation à la situation subordonnée. Elle met en lumière les inégalités et les discriminations ; et la double discrimination pour les exploités. L’origine et la race jouent un rôle dans la construction sociale des inégalités. L’analyse contextuelle et intersectionnelle associe la classe et la race. Le wokisme est le mouvement qui appelle les non-racisés à prendre conscience des violences, injustices et discriminations subies par les groupes racisés ; contrairement à ce que prétendent ses détracteurs, ce n’est pas l’obsession de la race, du genre et de l’identité. Les personnes nommées « blanches » sont les non-racisées ou les non-racialisées. Les racialisés sont plus généralement, aujourd’hui et dans les sociétés actuelles, les personnes immigrées. La lutte décoloniale combat une conception particulière de l’universalisme républicain, celle qui reste en phase avec l’histoire coloniale et qui rejette les aspirations à la mixité.

Le débat sur le racisme d’Etat (Chap 6)13 s’inscrit dans la définition des politiques antiracistes. Eric Fassin propose un historique de l’antiracisme. Dans les années 1980, l’antiracisme idéologique propose de défendre l’universalisme républicain contre le culturalisme identitaire de l’extrême droite. Dans les années 1990, l’antiracisme sociologique, insiste sur l’importance des discriminations raciales au quotidien. A partir des années 2000, l’antiracisme politique met en cause la dimension raciale des politiques publiques qui nourrissent une racialisation de la société. On le voit avec la création d’un ministère de l’identité nationale, la chasse aux Roms, les campagnes contre l’islam. Les racisés, à travers leurs expériences partagées, subissent les politiques de stigmatisation. L’assignation à une place minorée dans l’ordre social définit la personne racisée. La blanchité est le privilège du dominant, on devient blanc quand on monte dans l’ordre social. La France étant devenue « blanche », les racisés peuvent être traités comme des étrangers. On ne peut pas renvoyer la racialisation à la multiplication des conflits et des agressions. Rokhaya Diallo explicite pourquoi on ne peut pas parler de racisme anti-blanc (Chap 7)14. Quel que soit leur degré de stigmatisation, les individus blancs ne sont jamais présumés étrangers, et leur citoyenneté n’est pas remise en cause par le racisme. Ils ne sont pas associés dans l’imaginaire collectif français à des caractéristiques dégradantes. Le racisme n’est pas la somme d’actes isolés, aussi ignobles soient-ils, c’est une idéologie qui opère de manière systémique.

L’action publique produit une racialisation qu’elle prétend ensuite combattre. La loi sur les signes religieux se prétend universelle, il est clair qu’elle vise les musulmans. L’exemple de l’antisémitisme montre qu’on ne peut séparer religion et racialisation. La politique de la race repose sur une discrimination directe, les rroms sont nommés explicitement dans les politiques qui les visent. Comment différencier le racisme institutionnel et le racisme d’Etat ? Le racisme d’Etat était clair dans la France coloniale ; la France postcoloniale ne s’en est pas affranchie. La publication du Manifeste des Indigènes de la République a coïncidé, en 2005, avec la loi sur les aspects positifs de la colonisation. Il n’est pas toujours facile de ne pas confondre le racisme institutionnel, racisme dans l’Etat, et le racisme d’Etat, racisme de l’Etat. Le racisme dans l’Etat existerait-il alors malgré l’Etat ! Pour l’instant, ce sont les mots des racisés, de l’islamophobie au racisme d’Etat, qui sont frappés d’illégitimité. Eric Fassin souligne que, dans sa réponse aux critiques, l’Etat avait justifié le contrôle au faciès au nom de l’idée que les « noirs et les arabes » sont d’apparence étrangère impliquant ainsi que la France serait d’apparence blanche. Même si un acte de justice a condamné cette explication, l’Etat ne parle pas que d’une voix et ne peut condamner, comme il le fait, toute discussion sur le racisme d’Etat.

L’intersectionnalité (Chap 8)15 interpelle les mouvements sociaux. Kimberlé Crenshaw fait connaitre un nouveau mot, l’intersectionnalité, qui met en évidence l’articulation des formes de domination et les luttes contre ces dominations. Elle lie les oppressions de classe, de race, de genre et d’orientation sexuelle. Les femmes antiracistes créent les associations qui se revendiquent de l’intersectionnalité. Les organisations issues des quartiers populaires construisent leur autonomie. La classe ne représente plus le seul front de lutte. Les féministes issues de l’immigration postcoloniale marquent leur autonomisation et caractérisent l’Etat comme raciste, sexiste, néolibéral et médiateur des dominations qu’elles subissent. L’intersectionnalité devient un outil pour analyser et dire l’oppression ; une lecture des oppressions et de leur articulation. Il s’agit de comprendre comment le racisme et le patriarcat interagissent entre eux, et aussi comment ces systèmes interagissent avec la classe et avec l’hétérosexisme. Il s’agit de penser leur interaction et leur complexité. L’intersectionnel est indissociable de la question raciale.

L’afro-féminisme a été déterminant au Forum Social Mondial de Salvador de Bahia, en 2018. Angela Davis a écrit en 1980, un livre fondateur, Femmes, Race et Classe16, avant l’apparition du terme d’intersectionnalité. Elle analysait les liens conflictuels entre le féminisme et les luttes d’émancipation du peuple noir. Elle démontrait que les luttes sont gagnantes quand elles sont solidaires. Elle y affirmait que les oppressions spécifiques doivent être articulées pour dépasser les contradictions et mener un combat global contre le système capitaliste au fondement de toutes les exploitations.

Le point de vue situé (Chap 9)17 fait partie des notions mises en avant par la décolonialité18. Il propose de ne pas dissocier les faits sociaux de ceux qui les observent. La parole des non concernés n’est pas pleinement capable de rendre compte des situations d’oppression. Le concept de savoir situé est une critique de l’objectivisme qui met à distance les faits sociaux et invisibilise leurs auteurs. Le point de vue situé produit de l’objectivité ; il responsabilise. Il fait confiance au point de vue des assujettis. Il propose de partir de ce que l’expérience permet de connaître. Il ne s’agit pas d’idéaliser ou de s’approprier la vision des moins puissants. Mais, il faut admettre qu’on ne s’invente pas noir, femme ou ouvrier. Le point de vue situé crée du savoir local et permet une richesse interprétative. Il ne se suffit toutefois pas à lui-même. Chaque situation est singulière et le risque de nier les structures rend plus difficile l’élaboration d’une théorie plus générale. Par exemple, il ne suffit pas d’avoir l’expérience de la domination pour produire du savoir sur la domination. Comme il est possible de rendre compte d’une situation de domination, sans la subir soi-même ; en acceptant le risque de ne pas voir ses propres biais, sa propre situation dans la domination et en acceptant de se mettre soi-même en difficulté dans le raisonnement.

Je serai plus bref sur la deuxième et la troisième partie ; je vous laisse les découvrir directement en vous procurant la revue. Je ne fais ici que les rappeler.

La deuxième partie analyse la colonialité aujourd’hui, dans un monde qui n’a pas fini de se décoloniser19. Elle traite, en sept chapitres, de l’actualité du colonialisme, de la manière dont il continue à façonner le monde d’aujourd’hui. Elle montre comment l’héritage du colonialisme continue à produire des dominations

Les habitudes alimentaires et le colonialisme : de la naissance du commerce colonial à l’économie mondiale (Chap 10). Elles reflètent l’organisation coloniale du monde. Le néocolonialisme caractérise le commerce des matières premières et de la main d’œuvre bon marché. Il caractérise les relations Nord Sud. La monoculture appauvrit les sols et réduit la diversité des cultures.

Les relations entre le racisme, le colonialisme et le changement climatique (Chap 11). Le changement climatique est d’origine humaine, il résulte d’une élite polluante du nord géopolitique. La crise climatique frappe toute la planète mais elle est racialement discriminatoire. Les communautés autochtones ont subi la division, la colonisation, l’exploitation des ressources et l’expropriation des territoires. Le mouvement climatique mondial doit lutter contre toutes les formes de discriminations causées par le changement climatique et la détérioration de l’environnement.

L’extractivisme moteur de la recolonisation du Pérou et de l’Amérique Latine (Chap 12).L’extractivisme se situe dans la continuité de l’occidentalo-centrisme capitaliste. Il reproduit la violence coloniale contre les peuples, particulièrement contre les peuples autochtones. Contre l’extractivisme, il faut lutter pour continuer à exister

A l’encontre de la colonialité du secteur de coopération et de solidarité internationales (Chap 13). Elle est étudiée à partir de la stratégie du genre confrontée au développement. Déconstruire le savoir sur le développement fait partie du processus décolonial. Il est primordial de réhabiliter les savoirs sur le genre, l’intersectionnalité et l’empowerment. Pour mettre en perspective une justice sociale de genre transformatrice.

Solidarité sélective : La stratégie contemporaine pour gérer les migrations dans le monde (Chap 14).Le racisme imprègne la politique migratoire du bloc européen ; comme l’ont montré les différences dans le traitement des politiques migratoires entre les ukrainiens et les autres migrations. Plutôt qu’une gestion raciste des flux migratoires, les gouvernements au pouvoir peuvent s’ils le veulent gérer les migrations en respectant les droits humains.

La culture genrée de la suprématie définit une féminité hégémonique (Chap 15). Les femmes musulmanes voilées sont distinguées comme une catégorie particulière de femmes. Elles sont différenciées, marginalisées, altérisées. La colonisation a transformé le voile traditionnel en symbole féminin de l’islam.La construction de la monstruosité du voile participe de la construction d’une politique d’une nouvelle laïcité. La femme voilée est exclue du féminin. Elle s’oppose à la bonne féminité, la féminité hégémonique. Elle endosse une féminité paradoxale, à la fois une féminité hérétique vis-à-vis des tenantes de la nouvelle laïcité et une féminité hégémonique vis-à-vis des tenants d’une lecture orthodoxe de l’islam.

Les polices sont toujours au temps des colonies (Chap 16). Une violence extrême par rapport aux peuples colonisés est marquée par la continuité coloniale entre la police et le militaire. Des violence immodérées et racistes subsistent. Une culture raciste se poursuit par les arguments racistes justifiant la colonisation et jamais combattus. La violence coloniale a imprégné la société et la police française. L’héritage colonial imprègne l’aspect racialisé du traitement politique dans de nombreux pays. La construction de la police ne se limite pas au racisme et aux références coloniales, elle participe au capitalisme et au patriarcat.

La troisième partie met en avant des luttes multiples pour continuer à décoloniser20. Elle est déclinée en dix chapitres que je rappelle, pour chacun, en une phrase.

Décoloniser le système fiscal (Chap 17). Lutter contre les inégalités raciales et économiques dans le monde nécessite de déconstruire le système mondial des paradis fiscaux et de décoloniser le système fiscal.

Dettes coloniales et réparations (Chap 18). L’entretien avec Saïd Bouamama insiste sur le fait que l’abolition du néocolonialisme nécessite la restitution et les réparations des dettes coloniales.

Lutter contre l’amnésie historique (Chap 19). La décolonisation de l’Histoire exige de lutter contre l’amnésie historique. L’histoire générale de l’Afrique nécessite de recourir aux traditions orales.

L’écriture quechua sans béquilles (Chap 20). Le retour sur les questions linguistiques est essentiel. Les publications dans des langues traditionnelles, sans traduction, ou l’écriture sans béquilles, comme dans le cas du quechua, ont relancé l’apprentissage des langues

Pourquoi on déboulonne les statues en Amérique (Chap 21). Une illustration de la destruction symbolique de l’oppression, de l’esclavage et du colonialisme.

La fabrique de l’absence, féminisme décolonial et négrophobie (Chap 22). Le mouvement révolutionnaire noir a été de toutes les luttes ; aucun mouvement non-noir n’a laissé de la place pour les autres groupes, notamment pour les groupes noirs.

Décolonialité depuis les arts (Chap 23). Il ne s’agit pas de refuser les apports de la modernité mais de construire des rapports d’égalité entre la pluralité de faire l’expérience du monde et de permettre aux arts de le traduire.

Les théories décoloniales comparées (Chap 24). Les conceptions de l’expérience coloniale divergent. Les divergences portent aussi sur la conception de l’Etat-nation, sur la conception de la race et sur l’idéologie du métissage.

La peur de la mixité et de l’antiracisme politique, le camp décolonial (Chap 25). Il a illustré le débat sur la non-mixité et sur l’antiracisme politique accusés de favoriser le communautarisme, le désordre, le racisme anti-blanc, l’antisémitisme et de mettre en danger la démocratie !!!

La semaine anticoloniale et antiraciste (Chap 26). Elle a répondu au retour en force de l’idéologie raciste et colonialiste, au sein même des institutions ; elle exprime la lutte pour la défense des droits ici et ailleurs.

En conclusion provisoire, retour sur la décolonisation. Ce très important numéro de Passerelle donne des outils pour comprendre la période que nous vivons. Il restitue l’enjeu de la période, celle de la décolonisation et illustre les concepts de la colonialité et la décolonialité pour penser la période. Je voudrais resituer les concepts dans une réflexion plus large sur la décolonisation et sur l’émancipation.

La construction du Sud global construit une histoire commune qui intègre l’histoire des différentes décolonisations, celles des Amériques, Amérique du Nord, Amérique du Sud et Caraïbes et celles de l’Asie et de l’Afrique. En 1776, l’indépendance des États-Unis commence par une révolte des anciens colons. Les guerres d’indépendance de l’Amérique Latine furent essentiellement menées par la diaspora européenne contre les empires européens. Toutes les révolutions atlantiques, y compris aux États-Unis et en France, ont été influencées par les Lumières européennes. Les tensions sociales et raciales sous-jacentes ont eu un grand impact. La radicalisation des classes dominées pour l’indépendance a accompagné la création d’une classe créole riche. La révolution de Haïti en 1804 a affirmé le peuple noir. L’abolition de l’esclavage dans les nations indépendantes d’Amérique a été achevée en 1850. La révolution mexicaine en 1910 va se prolonger dans la réaffirmation des peuples autochtones, les peuples premiers. La doctrine Monroe avait défini, dès 1823, la subordination de l’Amérique du Sud aux États-Unis. Les nouveaux États-Nations imposent les rapports d’exploitation et de domination de leurs peuples. Les indépendances nationales et les nouveaux États n’ont pas aboli les rapports de dépendance et les rapports coloniaux. Les rapports de domination de la colonisation perdurent malgré les indépendances. Cette situation va conduire à la définition de nouveaux concepts autour de la colonialité.

En Asie et en Afrique, les luttes anticoloniales n’ont jamais cessé depuis le début des colonisations. L’alliance stratégique qui a permis la décolonisation a été définie au Congrès des peuples d’Orient, à Bakou en 1920, entre les mouvements de libération nationale et les mouvements communistes. Elle a été confirmée en 1927, au Congrès de Bruxelles contre le colonialisme et l’impérialisme. Entre la Conférence de Bandung en 1955 et la Conférence Trilatérale à la Havane en 1973, des luttes dans le monde vont porter des nouvelles propositions et de nouveaux concepts. En Europe, en Allemagne, en Italie et en France avec Mai 68 ; dans les pays de l’Est, après la mort de Staline en 1953, avec la Hongrie en 1956, jusqu’à la Tchécoslovaquie en 1968 ; en Afrique dans une quinzaine de pays dont le Sénégal, le Cameroun, le Congo l’Afrique du Sud ; au Japon et en Corée ; au Mexique et en Argentine. Les mouvements de jeunesse, entrent en ébullition partout dans le monde. Des jonctions dans plusieurs pays ont lieu entre le mouvement étudiant et le mouvement ouvrier. C’est une explosion de nouveaux mouvements avec des mouvements des droits des femmes, des mouvements pour le droit à l’avortement, des mouvements contre les déchets nucléaires, des mouvements écologistes, des mouvements paysans pour l’agriculture paysanne, des mouvements pour le droit au logement, des mouvements des migrants, des mouvements pour les libertés. C’est la période d’émergence des nouveaux mouvements sociaux et l’entrée en force des jeunesses dans les mobilisations politiques de masse. Ils portent de nouvelles interrogations sur l’émancipation.

Alors que la décolonisation, avec l’indépendance des États se poursuit, la contre-offensive occidentale se prépare et va mettre en place une nouvelle phase du capitalisme, le néolibéralisme, qui s’impose à partir de 1975. Un affrontement Nord-Sud, post-colonial, aura lieu en 1973 avec le quadruplement du prix du pétrole et en 1979, à la suite de la révolution islamique en Iran, avec un nouveau doublement du prix du pétrole. Mais les États pétroliers ne préservent pas l’unité des pays du Sud et laissent les pays occidentaux retourner la situation en leur faveur. En 1975 est créé le G5, qui deviendra le G7, qui regroupe les pays dirigeants occidentaux. Ils lancent, en organisant l’endettement des pays du Sud, une contre-offensive qui réussit et qui rallie la plupart des pays pétroliers à l’offensive occidentale. Les institutions de Bretton Woods, FMI et Banque Mondiale, vont imposer, à partir d’une gestion inique de la dette, les Programmes d’Ajustement Structurel, les PAS. C’est une entreprise de recolonisation des pays du Sud. De nombreux mouvements contre la dette vont se développer dans les pays du sud, avec des mouvements de soutien dans des pays du nord, mais sans réussir à sortir de ce piège qui va fonctionner de 1979 jusqu’à aujourd’hui. Le capitalisme réussit sa nouvelle mutation, néolibérale, avec la mise en place du capitalisme financier et sa stratégie : marchandisation, privatisation, financiarisation.

Un mouvement altermondialiste, nouvelle étape de l’internationalisme émerge en réponse à cette stratégie du capitalisme et de la financiarisation. A partir de 1989, la situation évolue avec la chute du mur de Berlin, l’effondrement du bloc soviétique et le passage à un monde unipolaire sous la direction des États-Unis et du G7. La réunion de l’OMC à Seattle en 1999 qui devait confirmer l’ordre mondial se heurte à l’opposition des mouvements et aux contradictions internes entre les différents pays. Les Forums Sociaux Mondiaux se succèdent et laissent la parole aux mouvements sociaux et citoyens. Le Forum de Belém en 2009 regroupe 4500 associations, plus de cent mille personnes. Par rapport à la crise financière ouverte en 2008, il avance des propositions immédiates : le contrôle de la finance, la suppression des paradis fiscaux et judiciaires, la taxe sur les transactions financières, l’urgence climatique, la redistribution… On retrouvera l’écho de ces mesures dans le programme de la commission, sur le Green New Deal, des Nations Unies animée par Joseph Stiglitz et Amartya Sen. A Belém, un ensemble de mouvements, les femmes, les paysans, les écologistes et les peuples indigènes, surtout amazoniens, ont pris la parole pour affirmer : il s’agit d’une remise en cause des rapports entre l’espèce humaine et la Nature, il ne s’agit pas d’une simple crise du néolibéralisme, ni même du capitalisme ; il s’agit d’une crise de civilisation, celle qui dès 1492 a défini certains fondements de la science contemporaine dans l’exploitation illimitée de la Nature et de la planète. C’est la compréhension de la colonialité ! C’est de là que date la définition d’un projet alternatif, celui de la transition sociale, écologique et démocratique. Cette transition s’appuie sur de nouvelles notions et de nouveaux concepts : les biens communs, la propriété sociale, le buen vivir, la démocratisation radicale de la démocratie. Un renouvellement de la pensée est en cours.

La crise financière de 2008 ouvre une crise du néolibéralisme qui passe à une nouvelle forme austéritaire, combinant austérité et autoritarisme. De nouveaux mouvements traduisent la réaction des peuples dans plus de cinquante pays avec des formes nouvelles, occupy, indignés, printemps arabes, parapluies, … Ces mouvements, très divers, répondent à l’idéologie dominante et suscitent les réactions brutales et autoritaires des pouvoirs contestés. Nous vivons alors la montée de régimes qui s’appuient sur des idéologies racistes, xénophobes et sécuritaires, soutenues par une partie des populations qui acceptent, à partir de la peur du changement, des propositions conservatrices et réactionnaires. Des conflits multiples vont se développer, et aussi des guerres qui sont une manière de rétablir l’ordre. Les contradictions s’aiguisent. La prise de conscience écologique remet en cause les conceptions du développement21. La conjonction des pandémies et du changement climatique inscrit une nouvelle crise de civilisation22. La confrontation oppose trois conceptions ; une idéologie néolibérale et les inégalités ; une idéologie identitaire et nationaliste, construite contre les migrations ; une idéologie progressiste, pour l’égalité et la solidarité.

La deuxième phase de la décolonisation a commencé alors que la première phase n’est pas complètement terminée. La recherche de nouveaux concepts doit resituer la décolonisation dans les chemins de l’émancipation. Elle interroge l’État et le pouvoir. Elle remet en question l’État-Nation confronté à la volonté de libération des nations et des peuples. Elle remet en cause la stratégie de transformation qu’avait appliqué la bourgeoisie et qui s’énonçait en « créer un parti, pour conquérir l’État, pour changer la société ». Elle interroge la mondialisation et le système géopolitique international en pleine mutation. La multipolarité est une première réponse à l’unipolarité, elle n’est qu’une étape ; le capitalisme est dominant partout sous différentes formes, la question de la démocratie est posée partout23, les guerres sont de plus en plus présentes et dangereuses pour l’équilibre mondial. La question posée est celle du dépassement du capitalisme, en crise profonde mais toujours dominant sous de multiples formes. Le dépassement du capitalisme ne prendra pas la forme du socialisme tel qu’il a été défini par la révolution de 1917. Les formes de l’émancipation, de la libération et du rejet des dominations sont à réinventer. Elles sont portées par les radicalités mises en avant par les mouvements sociaux (ouvrier, paysan, syndical, féministe, antiraciste, écologiste, des migrants, … Le renouvellement des concepts de la décolonisation à travers la décolonialité est un premier pas dans cette réinvention.

Gustave Massiah, avril 2023

1 Passerelle n°24, Décoloniser, Notions, Enjeux et horizons politiques, mars 2023 ; Réalisation et coordination : Caroline Weill
2 La collection Passerelle est éditée par l’association RITIMO, réseau d’information pour la solidarité internationale et le développement. www.ritimo.org
3 Gustave Massiah, « Bandung un moment historique de la décolonisation », août 2022 https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article60633
4 Fondation Franz Fanon https://fondation-frantzfanon.com / Présidente : Mireille Fanon Mendès-France
5 Chap 1. Stéphane Dufoix, « Colonialité et décolonialité, mode d’emploi », Passerelle n°24
6 Chap 2. Capucine Boidin, « Qu’est-ce que les études décoloniales latino-américaines ? » Passerelle n°24
7 Chap 3. Fatima Hurtado Lopez, « Vers un pluriversalisme transmoderne et décolonial », Passerelle n°24
8 Immanuel Wallerstein, L’universalisme européen : de la colonisation au droit d’ingérence, Demopolis, 2008.
9 Gustave Massiah, « Déconstruire l’universalisme occidental pour construire un universalisme universel », cedetim, mars 2012
10 Chap 4. Sebastián León, « L’eurocentrisme, le mythe de la modernité capitaliste comme seule possibilité, » Passerelle n°24
11 WW Rostow, Les étapes de la croissance économique, un manifeste non communiste, Economica, 1997
12 Chap 5. Sarra El Idrissi, Racisation, racialisation : émergences, résistances et appropriations. Passerelle n°24
13 Chap 6. Eric Fassin, « Racisme d’Etat : politiques de l’antiracisme. » Passerelle N°24
14 Chap 7. Rokhaya Diallo, « Pourquoi le racisme anti Blanc.hes n’existe pas », Passerelle n°24
15 Chap 8. Fania Noël, « Intersectionnalité et mouvements sociaux, de quoi parle-t-on ? » Passerelle n°24
16 Angela Davis, Femmes, Race et Classe, Edition des femmes, 1983
17 Chap 9. Emmanuel Wathelet, « Une objective subjectivité ou l’objectivisme sociologique contre le point de vue situé, » Passerelle n°24
18 Houria Bouteldja Beaufs et barbares, Editions La Fabrique, Paris 2023. Elle est une des premières en France, à se référer depuis longtemps à la décolonialité.
19 Les chapitres de la deuxième partie ont été rédigés par : Chap 10. Maria Blanco Bergrund ; Chap 11. Antonio Zambrano Allende ; Chap 12. Caroline Weill ; Chap 13. Mounia Chadi ; Chap 14. Danae Riva Deneyra ; Chap 15. Hanane Karim ; Chap 16. Mathieu Lopes.
20 Les chapitres de la troisième partie ont été rédigés par : Chap 17. Nonhlanhla Makuyana et Guppi Kaur Bola ; Chap 18. CADTM ; Chap 19. Elikia Mbokolo ; Chap 20. Pablo Landeo Muñoz ; Chap 21. Sabrina Velandia ; Chap 22. Entretien de Selamawit Terrefe par Fania Noël ; Chap 20. Marcelle Bruce ; Chap 21. Breny Mendoza ; Chap 22. Sihame Assbague et Fania Noël ; Chap 23 : semaine anticoloniale.
21 Gustave Massiah, « Repenser le développement pour repenser la solidarité internationale » https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article49710
22 Gustave Massiah, « Pandémie et climat dans la crise de civilisation » https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article53901
23 Kavita Krishnan, “Multipolarity, the mantra of authoritarism” https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article65144

Gustave Massiah

Ingénieur, membre du Conseil international du Forum social mondial, ancien président du CRID, membre du Conseil scientifique d’Attac, auteur de Une stratégie altermondialiste (La Découverte, 2011).

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