Au sommet de la paix, il fallait oser.
Une prouesse diplomatique. Un tour de magie. Gaza disparaît. Ne reste que le nom, posé sur une table de conférence comme une carte postale exotique.
Après des mois de destructions qui ont broyé plus de deux millions de vies, voici venu le temps de la grande consolation internationale. La paix en kit. Le plan qui ferait pâlir d’envie Niccolò Machiavelli lui-même, tant il conjugue froideur stratégique et sourires satisfaits. La guerre a fait son œuvre. La fumée ne s’est pas encore dissipée que déjà commence le partage du butin.
Le décor se voulait prestigieux. Donald Trump, fidèle à son goût pour la mise en scène, impulsa cette première réunion d’un Conseil de la paix aussi improvisé que solennel à Davos. Rien ne vaut la pureté des sommets enneigés pour débattre du sort d’un territoire réduit en gravats. Le contraste avait quelque chose de presque poétique. Une paix discutée au chaud, face aux montagnes immaculées, pendant qu’au loin d’autres paysages fumaient encore. La symbolique frôlait la tendresse. On annonça même que le prochain acte se jouerait à Washington, comme toute grande tournée diplomatique qui se respecte.
Et qui donc prit place autour de la table ce 19 février 2026 pour dessiner l’avenir de Gaza sans Gaza. Une assemblée respectable, assurément. Le Kazakhstan, l’Azerbaïdjan, les Émirats arabes unis, le Maroc, le Bahreïn, le Qatar, l’Arabie saoudite, l’Ouzbékistan, le Koweït et bien d’autres encore. Des milliards promis. Des engagements militaires formulés. Des observateurs attentifs, des conseillers appliqués, des costumes impeccables. Une solidarité remarquable. Avec le sol, les infrastructures, les perspectives économiques. Les gazaouis, eux, semblaient relever d’une note de bas de page.
Les Palestiniens de Gaza, eux, n’étaient ni membres ni représentants officiels. Pas de chaise à leur nom. Pas de micro. Pas de voix. Peut être une mention technique, quelque part dans une annexe, comme on mentionne un fournisseur secondaire. L’initiative ne prévoyait aucune délégation gazaouie au niveau politique ou décisionnel. Décider pour eux, sans eux. Le colonialisme à son degré le plus pur. La version actualisée, polie, numérisée.
Le mouvement Hamas a réagi en rappelant qu’aucun accord ne saurait exister sans arrêt de l’offensive israélienne, sans levée du blocus, sans garantie des droits du peuple palestinien. Une réaction presque inconvenante dans ce théâtre feutré. On ne dérange pas une mise en scène si bien orchestrée avec des revendications aussi prosaïques que la fin des bombes.
Ce qui donne à l’ensemble une saveur particulière, c’est la participation active de pays qui ont eux-mêmes connu la morsure du colonialisme. L’histoire est une grande farce. Les anciens dominés se retrouvent à discuter de la réorganisation d’un autre peuple dominé, sous le regard satisfait des puissances. Il fallait une imagination fertile pour transformer la solidarité en gestion immobilière.
On promet des milliards pour reconstruire Gaza. On évoque des projets, des infrastructures, une renaissance. Certains parlent déjà d’une sorte de Riviera orientale, comme si le bruit des vagues pouvait couvrir celui des drones. Comme si une promenade en front de mer pouvait effacer les deuils. Les chiffres sont lancés comme des confettis. Des milliards pour le béton. Et combien pour la dignité.
La question, au fond, est d’une simplicité désarmante. Peut-on offrir le luxe à un peuple à qui l’on refuse d’abord le droit de décider. Peut-on rebaptiser la dépossession développement. Peut-on appeler paix une réunion où l’absent principal est précisément celui dont on parle.
L’absurdité est totale, presque parfaite. Gaza devient un projet. Un concept. Un investissement. Une opportunité géopolitique. Les Gazaouis, eux, deviennent une variable. Une contrainte. Un détail technique à régler plus tard.
C’est cela, la grande modernité politique. On ne conquiert plus à cheval. On ne plante plus de drapeau. On convoque des sommets. On signe des engagements. On parle de stabilité régionale et de croissance. Et l’on espère qu’à force de promesses bien emballées, le monde oubliera de demander l’essentiel.
Qui décide ? Pour qui ? Et au nom de quoi ?
Mohamed Lotfi
20 Février 2026
******
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d’avoir accès aux articles publiés chaque semaine.
Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d’avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :









Un message, un commentaire ?