Édition du 6 décembre 2022

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Afrique

Guerre civile au Sud-Soudan - Dans l'intérêt de qui ?

Si l’on pose la question "à qui profite la guerre civile du Sud-Soudan ?" La réponse est claire. Les États-Unis apparaissent actuellement comme le seul véritable bénéficiaire des horreurs en cours au Soudan du Sud. En effet, il faut souligner que cette dernière série de conflits a encore une fois conduit à la fermeture des champs de pétrole sous contrôle chinois dans le pays. Les États-Unis considèrent qu’il est dans leur « intérêt national » de chercher à tout prix à priver la Chine d’un accès aux champs de pétrole de l’Afrique. C’est dans cette perspective qu’ils ont réussi à nouveau à arrêter la production de pétrole de la Chine au Soudan. Rappelons que c’est au Soudan que se trouve le principal champ de pétrole détenu et exploité majoritairement par les chinois en Afrique.

Countercurrents.org , 24 janvier 2014

Traduction : Bernard Aubin

Quelles autres preuves pouvons-nous évoquer pour mettre en lumière les liens des États-Unis avec la guerre civile au Sud-Soudan ? Grâce aux informations rendues publiques par Wikileaks, nous savons que les États-Unis via la CIA ont payé les salaires de l’armée du Sud-Soudan (SPLA) depuis 2009. En d’autres termes, les soldats (« rebelles ») qui appuient d’une part Riek Machar et ceux soutenant le président Salva Kiir sont payés par les États-Unis. Sont-ils payés pour s’entre-tuer ?

Il y a une autre question qui n’est pas abordée par les médias internationaux traditionnels : comment Riek Machar arrive à financer son armée ? D’où proviennent les fonds pour payer les soldats, les munitions, l’équipement, la nourriture, le carburant pour faire fonctionner leurs camions ? D’où vient cet argent dans un pays complètement détruit par les combats en cours ? Si ces fonds proviennent des montants détournés par Riek Machar alors qu’il était vice-président du Sud-Soudan, où ces fonds sont-ils déposés et comment peut-il y accéder ? Nous pensons que les États-Unis se dissimulent derrière ces opérations, et qu’ainsi ils agissent par procuration, gardant les mains propres en apparence et évitant les accusations d’ingérence.

Le fait que les « rebelles » en soutien à Riek Machar aient reçu des armes de l’Ethiopie est un secret de polichinelle. Une analyse des rapports de l’année écoulée révèle que ce n’est que la pointe de l’iceberg. Quel est l’intérêt de l’Ethiopie dans ce dossier ? Est-ce que le régime éthiopien se contente d’être « le partenaire neutre" qui accueille et hébergement les « pourparlers de paix » ? Le fait que l’Ethiopie a quelque 10.000 soldats, en théorie pour contribuer au maintien de la paix, postés sur la frontière Soudan / Sud-Soudan cette année, entre autres dans la zone des champs de pétrole, est une autre affaire largement ignorée ou négligée par les médias. Encore une fois, merci à Wikileaks, nous avons appris que l’Ethiopie fait actuellement face à une crise énergétique, plus précisément de carburant. Au cours de la dernière année 75% de ses recettes en devises ont été investies dans les importations de carburant pour combler les besoins du pays. Les champs de pétrole soudanais représentent la seule source de carburant de proximité immédiatement disponible pour résoudre le problème énergétique éthiopien. Avec la promesse du Brésil de construire un chemin de fer 1 milliard de dollars de la frontière du Sud-Soudan jusqu’à Addis-Abeba, l’accès au pétrole du Sud-Soudan serait la solution la plus rapide aux principaux maux de tête de l’Éthiopie.

Personnellement, je suis vraiment, vraiment fatigué de cette image persistante colportée par les médias sur les Africains, ceux-ci étant la plupart du temps dépeints comme essentiellement déchirés et portés par des rivalités tribales, réduits à s’entre-tuer dans des massacres sans fin, alors que les seuls véritables bénéficiaires de ces conflits sont des puissances étrangères, principalement les Etats-Unis et leurs vassaux occidentaux. Si l’on prend le temps de faire un peu de recherche dans ces « holocaustes », on commence à voir et à comprendre, au delà des images meurtrières, à qui le crime profite vraiment. Et dans le dossier de la guerre civile au Sud-Soudan, actuellement le principal bénéficiaire de ces crimes, ce sont les Etats-Unis. Dans un contexte où les États-Unis visent à consolider leur approvisionnement en pétrole africain, la façon dont les enjeux vont se dénouer au Sud-Soudan influencera les tendances fortes à venir dans les zones de confrontations entre les Etats-Unis et la Chine en Afrique.

par Thomas C Montagne

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