Édition du 31 janvier 2023

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Féminisme

Il est temps de mettre fin à la violence fondée sur le genre au travail

Une employée d’un centre d’appels est la cible d’injures de la part d’un client. Une infirmière rentre du travail avec des ecchymoses et un uniforme de travail déchiré après avoir été attaquée par un patient agité. Une serveuse est harcelée par un client régulier. Ces histoires sont le lot quotidien de plusieurs travailleuses et travailleurs partout au Canada – et malheureusement, les mesures de protection actuelles se révèlent insuffisantes.

Ces trois dernières décennies, lors des 16 jours d’activisme contre la violence fondée sur le genre, des individus et des groupes du monde entier ont réclamé des mesures destinées à prévenir et à éliminer toutes les formes de violence fondée sur le sexe à l’égard des femmes et des filles.

Cette année, nous mettons en lumière le phénomène inquiétant et croissant du harcèlement et de la violence exercés par des tiers dans le monde du travail.

Une enquête récente par le Congrès du travail du Canada (CTC) brosse un tableau sombre. Ces deux dernières années, sept travailleurs et travailleuses sur dix ont subi de la violence et du harcèlement au travail – souvent par des tierces personnes comme des clients, des patients et des membres du public. C’est la majorité d’entre nous et de nos collègues.

Cette situation ne peut plus durer et il est grand temps que le gouvernement fédéral se réveille et dise « plus jamais » à la violence et au harcèlement au travail.

L’ampleur et la portée de la violence sont stupéfiantes. En juillet dernier, un sondage du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) a révélé que la pandémie et les pénuries inédites de personnel hospitalier ont provoqué une hausse de la violence physique et sexuelle de la part des patients et de membres du public à l’égard des femmes, lesquelles représentent 85 % de la main-d’œuvre en milieu hospitalier. Ces données sont troublantes, en particulier pour les travailleuses et travailleurs racialisés, puisque 70 % d’entre eux déclarent avoir fait l’objet de harcèlement ou d’abus en raison de leur race ou de leur apparence.

Depuis cinq ans, le Syndicat des Métallos dénonce le harcèlement dont font l’objet les employés des centres d’appels de la part de clients. Certains employeurs avaient une politique d’interdiction de raccrocher, ne laissant aux travailleuses et travailleurs aucun moyen d’échapper au harcèlement. L’abus était souvent de nature sexuelle et raciste lorsque les voix des employés étaient identifiées comme était celle d’une femme ou d’une personne racialisée.

Nous savons que la violence verbale et physique généralisée est reconnue comme un facteur aggravant de la détérioration du bien-être du personnel infirmier. La Fédération canadienne des syndicats d’infirmières et d’infirmiers (FCSII) affirme que des décennies de harcèlement et de violence sexistes ont entraîné une sérieuse détérioration de la santé du personnel infirmier, y compris de leur santé mentale. Ce sont eux qui ont passé les deux dernières années en première ligne, à prendre soin de nous, des membres de notre famille et de nos amis.

Une autre enquête récente du Syndicat canadien des soins de santé (UIES) brosse un tableau sinistre. Quatre travailleuses de soins à domicile sur six ont indiqué qu’elles faisaient régulièrement l’objet d’agression verbale, deux sur cinq avaient été frappés et une sur quatre avait subi une agression sexuelle pendant qu’elles prenaient soin d’un client à son domicile. Elles sont parmi les travailleurs de la santé les moins bien payés et sont également soumis à certains des taux les plus élevés de violence en milieu de travail en dehors des murs des grands établissements de soins.

La violence et le harcèlement se produisent dans tous les domaines. Des chercheurs de l’Université d’Ottawa ont constaté que plus de la moitié du personnel enseignant interrogé a subi de la violence physique pendant l’année scolaire 2017-2018 – en grande partie de la part d’élèves. Plus de 70 % a signalé des actes d’insultes verbales explicites, de rabaissement et de gestes obscènes d’un élève et 41 % a subi ce genre de comportement de la part d’un parent.

Dans les milieux de travail axés sur le public, comme les commerces de détail et l’hôtellerie, les taux de violence et de harcèlement sont alarmants. 90 % des personnes participant à une enquête des Travailleurs et travailleuses unis de l’alimentation et du commerce (TUAC) ont déclaré avoir fait l’objet de harcèlement sur leur lieu de travail. Autre exemple accablant : plus des deux tiers des travailleuses d’un hôtel de Vancouver ont subi du harcèlement sexuel de la part de clients.

Les travailleuses se disent stressées et sans valeur, et certaines doivent même quitter leur emploi. Il existe peu de protections juridiques contre la violence exercée par des tiers, ce qui rend les travailleurs et travailleuses vulnérables. Personne ne devrait avoir à se sentir en danger dans l’exercice de son travail.

L’argument selon lequel le harcèlement et la violence sont inévitables sur certains lieux de travail est inacceptable. L’inaction a des impacts réels et peut, en certaines circonstances, être mortelle.

Cependant, malgré ce sombre portrait, il y a de l’espoir. La convention no 190 de l’Organisation internationale du travail (OIT), également connue sous le nom de C190, est une convention historique qui établirait le droit à un monde du travail exempt de violence et de harcèlement. La ratification rapide de la C190 serait un pas décisif dans la lutte contre la violence par des tiers et la violence fondée sur le genre au travail. Cependant, sans un plan de mise en œuvre diligent, la législation ne sera pas à la hauteur.

Dans un premier temps, nous demandons au gouvernement fédéral d’organiser un sommet réunissant les autres niveaux de gouvernement, les employeurs et les syndicats afin d’étudier la violence exercée par des tiers en tant que phénomène persistant et croissant et les employeurs afin d’élaborer un plan d’action pour mettre en œuvre la C190.

Toute personne a le droit de se sentir en sécurité au travail, qu’il s’agisse d’une employée d’un centre d’appels répondant aux questions qui lui sont adressées, d’une infirmière qui s’occupe de nos proches ou d’une serveuse qui nous sert le café.

Ensemble, agissons pour transformer nos milieux de travail !

1- Bea Bruske – présidente, Congrès du travail du Canada

2- Daniel Boyer – président, Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec

3- Chris Aylward – président, Alliance de la Fonction publique du Canada

4- Marc Hancock – président, Syndicat canadien de la fonction publique

5- Linda Silas – présidente, Fédération canadienne des syndicats d’infirmières et d’infirmiers

6- Sharleen Stewart – présidente, UIES

7- Bert Blundon – président, Syndicat national des employées et employés généraux et du secteur public

8- John Di Nino – président, Syndicat uni du transport Canada

9- Marty Warren – président, Syndicat des Métallos

10- Paul R. Meinema – président, Syndicat international des travailleurs et travailleuses unis de l’alimentation et du commerce

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