Édition du 9 juin 2026

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Le mouvement des femmes dans le monde

Indonésie : les violences sexuelles à l’université, une urgence structurelle – démanteler les rapports de pouvoir, construire une résistance féministe

Huit exigences de l’Alliance des femmes indonésiennes face à la vague de violences sexuelles sur les campus

Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/04/29/indonesie-les-violences-sexuelles-a-luniversite-une-urgence-structurelle-demanteler-les-rapports-de-pouvoir-construire-une-resistance-feministe/

Le 19 avril 2026, l’Aliansi Perempuan Indonesia (API, Alliance des femmes indonésiennes), large coalition féministe dont Femmes libres est membre fondatrice, publie ce communiqué d’urgence sur la vague de violences sexuelles révélée dans les principales universités indonésiennes – dont l’Université d’Indonésie, l’Institut de technologie de Bandung, l’Université Padjajaran et l’Université Budi Luhur – impliquant étudiants, enseignants et recteurs. L’Alliance relie ces affaires à la pénétration croissante de la logique militariste dans les institutions civiles sous le gouvernement Prabowo, à l’affaiblissement des cellules universitaires anti-violences par les coupes budgétaires et la révision réglementaire, et à l’absence persistante de moyens pour la mise en œuvre de la loi de 2022 sur les infractions de violences sexuelles. [MJ]

Jakarta, 19 avril 2026 – L’Aliansi Perempuan Indonesia (Alliance des femmes indonésiennes) condamne fermement toutes les formes de violences sexuelles. Nous déplorons profondément les cas de violences sexuelles survenus dans plusieurs établissements d’enseignement supérieur tels que Universitas Indonesia (Université d’Indonésie), Institut Teknologi Bandung (Institut de technologie de Bandung), Universitas Padjajaran (Université Padjajaran), Universitas Budi Luhur (Université Budi Luhur) et d’autres encore, et impliquant des auteurs occupant des positions stratégiques, allant des étudiants aux enseignants, jusqu’aux recteurs [1]. Ce phénomène n’est pas un événement sporadique, mais le reflet d’une structure inégale de rapports de pouvoir, qui normalise la chosification du corps des femmes et traduit l’échec de la mise en œuvre des dispositifs de prévention et de traitement des violences sexuelles au niveau des institutions éducatives. Nous affirmons que le campus n’est pas seulement un espace d’apprentissage, mais aussi un espace de développement, qui doit être sûr et juste. Le campus doit également être un espace qui élimine l’impunité et ne chosifie pas le corps des femmes. Nous saluons par ailleurs le courage et la solidarité des camarades étudiant·e·s qui protègent les victimes, exigent justice et poussent à l’engagement de poursuites contre les auteurs.

L’Aliansi Perempuan Indonesia constate que les cas de violences sexuelles survenus dans l’enseignement supérieur sont de plus en plus massifs et structurés. Les cas qui émergent montrent de plus en plus clairement que ces violences ne peuvent être dissociées de structures sociales inégales, profondément enracinées depuis longtemps. La pénétration de la logique militariste dans toutes les couches de la société, y compris dans l’enseignement supérieur, a pour conséquence que la chosification du corps des femmes devient de plus en plus massive [2]. Les campus, qui devraient être des remparts de civilisation et des centres éducatifs formant les étudiant·e·s à ne pas chosifier le corps des femmes, ont en l’espèce échoué. Le gouvernement et les institutions éducatives doivent mettre en œuvre des mesures de prévention et d’éducation tout aussi systémiques et à grande échelle, afin de s’attaquer à une culture des violences sexuelles profondément enracinée dans la société, y compris dans le monde éducatif, en mettant à disposition les outils et les ressources nécessaires, dont un budget pérenne.

Les coupes budgétaires qui ont eu lieu ont affecté le travail effectué par la Satuan Tugas Pencegahan dan Penanganan Kekerasan Seksual (Cellule de prévention et de traitement des violences sexuelles, Satgas PPKS) dans l’environnement universitaire. Par ailleurs, l’existence de la Satgas PPKS ne procède pas d’une reconnaissance de la nécessité urgente de combattre les violences sexuelles dans le monde éducatif. L’existence de la Satgas PPKS est devenue une simple formalité de la part des établissements, ce qui bien entendu affecte la mise en œuvre de la prévention et du traitement des violences sexuelles dans l’enseignement supérieur.

Aux coupes budgétaires s’ajoute un changement dans la politique de prévention et de traitement des violences sexuelles dans l’environnement universitaire, à travers la révision du Permendikbud Ristek n°30 de 2021 (règlement ministériel de 2021 sur la prévention et le traitement des violences sexuelles dans l’enseignement supérieur), devenu le Permendikbud Ristek n°55 de 2024, qui élargit la notion de « violence sur les campus » au-delà du seul harcèlement sexuel pour englober toutes les formes de harcèlement dans les établissements d’enseignement supérieur. Ce changement de politique significatif n’a pas été accompagné d’une mise à disposition de ressources, notamment du renforcement des capacités de la Cellule de prévention et de traitement des violences sexuelles (Satgas PPKS), désormais transformée en Satuan Tugas Pencegahan dan Penanganan Kekerasan di Lingkungan Perguruan Tinggi (Cellule de prévention et de traitement des violences en milieu universitaire, Satgas PPKPT). Cela affecte manifestement la capacité des campus à traiter et prévenir les violences à l’échelle de l’université ou de la faculté [3].

Huit exigences pour une action concrète

Sur cette base, l’Aliansi Perempuan Indonesia exhorte toutes les parties à prendre les mesures concrètes suivantes :

* Mettre en place un mécanisme de contrôle indépendant associant les organisations étudiantes, les personnes qui accompagnent les victimes et la société civile, afin de surveiller la responsabilité des institutions dans la prévention et le traitement des cas de violences sexuelles.

* Le gouvernement et les établissements d’enseignement supérieur ont l’obligation d’intégrer des enseignements critiques sur le consentement, les rapports de pouvoir, la chosification du corps et la justice de genre dans le tronc commun ou dans les cours généraux obligatoires. La formation à une approche centrée sur les victimes et à la loi n°12 de 2022 sur les infractions de violences sexuelles (Undang-Undang Tindak Pidana Kekerasan Seksual, UU TPKS) doit également être rendue obligatoire pour l’ensemble de la communauté universitaire.

* Exiger du gouvernement et des établissements d’enseignement supérieur qu’ils élaborent des protocoles de protection spécifiques garantissant la sécurité physique, psychologique et académique des personnes qui signalent les faits, des témoins, de celles et ceux qui accompagnent les victimes, ainsi que des groupes vulnérables comme les femmes trans, qui se heurtent fréquemment à des obstacles structurels dans l’accès à la justice. Toute forme d’intimidation, de licenciement ou de sanction académique à l’encontre des personnes qui dénoncent les cas de violences sexuelles ou accompagnent les victimes doit être traitée comme une violation grave, assortie de sanctions fermes.

* Mettre fin aux pratiques militaristes et au déploiement de personnel militaire ou de logiques militaristes dans les structures de sécurité civile, y compris dans l’environnement éducatif, car ces pratiques risquent de renforcer les cultures de hiérarchie, d’impunité et de violences fondées sur le genre [4]. Parallèlement, les établissements d’enseignement supérieur doivent élaborer des politiques internes interdisant explicitement la chosification du corps des femmes dans toute activité académique, extra-académique, ainsi que dans les contenus numériques affiliés à l’institution.

* Exhorter le gouvernement à rétablir la fonction de la Satgas PPKS, dans la mesure où la prévention et le traitement des violences sexuelles ne peuvent être assimilés aux autres types de violences. Les violences sexuelles constituent une forme de violence qui met en jeu les rapports de pouvoir et l’inégalité de genre, de sorte que leur traitement requiert des procédures de protection fondées sur les principes centrés sur la victime et une cellule dotée d’une perspective de genre.

* Condamner toute forme de violence, de réduction au silence et d’abus de pouvoir commise par les institutions à l’encontre des femmes en situation de handicap psychosocial dans les hôpitaux psychiatriques (Rumah Sakit Jiwa, RSJ) et les institutions sociales (Panti Sosial), défendre et exiger la sécurité et le droit des femmes à bénéficier de services, de soins et d’une protection psychosociale sans validisme ni discrimination de genre. Rétablir la pleine autorité des femmes en situation de handicap psychosocial à choisir, décider et refuser les soins qui leur sont proposés.

* Condamner toute justification de comportements validistes et l’exigence d’une « victime parfaite » en tant que tactique de réduction au silence des témoignages et des expressions de résistance des femmes face aux violences sexuelles dans les espaces numériques et publics, et appeler les institutions éducatives ainsi que toutes les couches de la société à être justes jusque dans leur pensée, à se défaire des regards discriminatoires et validistes, et à donner la priorité à la protection et à l’accompagnement centrés sur les victimes.

* Demander à toutes les couches de la société de continuer à veiller au sérieux de l’ensemble des parties prenantes dans la prévention et le traitement des cas de violences sexuelles, et à protéger la confidentialité des données personnelles des victimes ainsi que la chronologie des affaires, afin qu’elles ne soient pas diffusées.

À propos de l’Alliance des femmes indonésiennes

L’Aliansi Perempuan Indonesia (API, Alliance des femmes indonésiennes) est un espace de consolidation politique initié par des organisations et des mouvements de femmes, ainsi que par divers groupes de la société civile, parmi lesquels des journalistes, des personnes en situation de handicap, des travailleuses domestiques, des syndicats, des groupes LGBTIQ+, des étudiant·e·s, des organisations de défense des droits humains et des peuples autochtones. L’API a été créée pour répondre à la situation démocratique, aux pratiques militaristes qui ne cessent de se renforcer et à l’intensification des violences à l’égard des femmes et des autres groupes vulnérables.

Aliansi Perempuan Indonesia (API, Alliance des femmes indonésiennes) est une plateforme coalitionnelle regroupant organisations de femmes, mouvements féministes et groupes alliés de la société civile, mobilisée pour la défense politique des droits des femmes sous le gouvernement Prabowo—Gibran.

Source :https://mahardhika.org/rilis-pers-darurat-kekerasan-seksual-di-kampus-membongkar-relasi-kuasa-dan-membangun-kekuatan-anti-kekerasan-seksual/

Traduit de l’indonésien et notes pour ESSF par Wendy Lim et Mark Johnson
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article78600

Notes
[1] Aliansi Perempuan Indonesia, « Indonésie : Appauvries, Tuées, Criminalisées ! Les Femmes Ripostent et Défient l’État ! », Europe Solidaire Sans Frontières, mars 2025. Disponible sur :
https://europe-solidaire.org/spip.php?article74481

[2] Aliansi Perempuan Indonesia, « Femmes indonésiennes unies : résister à la destruction de nos corps », Europe Solidaire Sans Frontières, mars 2026. Disponible sur :
https://europe-solidaire.org/spip.php?article78166

[3] Femmes libres Samarinda, « Indonésie : les problèmes rencontrés dans la défense des jeunes femmes victimes de violence », Europe Solidaire Sans Frontières, septembre 2025. Disponible sur :
https://europe-solidaire.org/spip.php?article76096

[4] Aliansi Perempuan Indonesia, « Déclaration à propos des manifestations actuelles en Indonésie : Prabowo, Halte à la violence d’État ! Suppression des avantages et indemnités parlementaires ! Fin de la répression contre le peuple ! Justice pour les victimes ! », Europe Solidaire Sans Frontières, septembre 2025. Disponible sur :
https://europe-solidaire.org/spip.php?article76109

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