22 mai 2025 | tiré de Canadian Dimension | Photo : Messe d’inauguration du pape Léon XIV sur la place Saint-Pierre, Cité du Vatican. Photo courtoisie de la Conférence des évêques catholiques d’Angleterre et du Pays de Galles / Flickr.
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Il constitue aujourd’hui la base du mouvement du « catholicisme traditionnel » ou TradCath, un courant profondément réactionnaire et de droite au sein de l’Église, particulièrement prégnant aux États-Unis, notamment chez les convertis protestants en quête de rigueur et d’autorité dans un christianisme hiérarchique, ainsi que chez certains jeunes hipsters post-ironiques (voir : Dasha Nekrasova du balado Red Scare).
Depuis la démission de Benoît XVI — un homme allant jusqu’à attribuer les abus sexuels commis par le clergé à un excès de relativisme moral en théologie —, les conservateurs de l’Église, très présents aux États-Unis, ont souvent eu le sentiment que leur voix était marginalisée dans les affaires ecclésiastiques. Depuis peu, les tensions longtemps souterraines au sein du catholicisme américain explosent au grand jour. Le réseau américain Eternal Word Television Network (EWTN), par exemple, est désormais connu pour son attitude passivement agressive envers la mise en œuvre de Vatican II. Des figures comme le cardinal Raymond Burke adoptent une posture intransigeante de guerre culturelle « anti-libérale », Burke allant même jusqu’à défier publiquement le défunt pape François et remettre en question son autorité.
Si le mouvement TradCath existe aussi dans plusieurs pays — notamment en France et en Pologne —, c’est aux États-Unis que les braises sont les plus vives. On craint depuis plusieurs années qu’un tel mouvement réactionnaire ne débouche sur un schisme majeur, qui pourrait mener à une sécession d’une partie de l’Église américaine du Saint-Siège — un courant parfois désigné sous le nom de « catholicisme MAGA ».
Avec l’élection du pape Léon XIV — un Américain modéré, synodaliste progressiste mais conservateur sur la doctrine —, on espère manifestement qu’il puisse utiliser son influence locale pour adoucir les angles les plus durs du catholicisme américain, tout en poursuivant les orientations pastorales et tournées vers le Sud global initiées par François, dont il était proche. Si les catholiques américains peuvent s’identifier à un pape qui est l’un des leurs, un homme bien connecté dans leur univers et intimement familier des conflits internes au catholicisme américain, alors peut-être pourra-t-il recoller les morceaux. Mais si cela vous évoque les ambitions centristes désastreuses du Parti démocrate, c’est peut-être que vous êtes plus perspicace que les cardinaux.
Les mouvements alignés sur MAGA ne peuvent être apaisés par une modération bienveillante. L’Église catholique ne peut plus rien faire pour apaiser les catholiques MAGA — tout comme leurs homologues politiques, ils sont allés trop loin dans l’abîme de l’irrationnel. Steve Bannon, qui avait qualifié François de « marxiste », a déjà lancé la même accusation contre le plus modéré Léon, l’accusant d’être « anti-Trump, anti-MAGA et pro-frontières ouvertes ». Les influenceurs MAGA sont déjà montés au front, déclarant que Léon est encore plus radical que François, l’accusant d’être atteint du « virus mental woke » parce qu’il a un jour retweeté un message sur George Floyd. Ce nouveau chef d’un ordre religieux international a même été accusé de ne pas être suffisamment « America First ». Et comme si cela ne suffisait pas, certains tentent maintenant, par des raisonnements pseudo-scientifiques, de prouver que le nouveau pape serait transgenre.
Voilà les personnes que l’Église catholique pense, à tort, pouvoir apaiser. Le mouvement catholique MAGA est voué à son propre sort, car ses fidèles se complaisent dans leur haine du Saint-Siège et ne montrent aucun désir d’en dévier, ce qui correspond parfaitement à leurs obsessions complotistes et à leur rejet de toute autorité en dehors de QAnon et Donald Trump. Prolongement de la Nouvelle Droite, ils se méfient de toute influence « étrangère » ou « globale », ce qui inclut le Vatican, souverain et éloigné.
L’Église pourrait annuler Vatican II, excommunier tous les Latinos, et publier une bulle pontificale déclarant qu’il est péché de boire de la bière « woke » — elle ne pourrait toujours pas les satisfaire. Si l’Église veut éviter d’éventuels schismes à venir, une voie plus prometteuse serait de chercher à combler le fossé avec le mouvement réformateur moderniste croissant en Allemagne. Autrement, il serait plus judicieux pour elle de concentrer ses efforts sur le maintien de son influence dans le Sud global, là où son impact est le plus important et porteur de sens. C’est ce que le pontificat de François avait bien compris : il a méthodiquement remodelé l’épiscopat mondial, en promouvant systématiquement des évêques d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine, désormais influents au sein du Collège des cardinaux, au détriment des anciens centres européens de pouvoir.
L’avenir de l’Église se joue dans le Sud global. Et alors que ces régions affrontent des défis majeurs liés à l’instabilité politique et aux bouleversements climatiques, elles auront besoin d’une Église réformée pour répondre à leurs besoins. À la place, l’Église s’apprête à s’enliser dans le bourbier américain, ce qui pourrait lui coûter bien plus d’énergie et de ressources qu’elle ne peut se le permettre.
Jack Daniel Christie est écrivain et artiste d’origine anishinaabe, partageant son temps entre Toronto et Montréal. Sa poésie et sa prose ont été publiées notamment dans Commo, Bad Nudes et Calliope. Finaliste du prix Irving Layton en fiction, il est rédacteur en chef du fanzine de poésie et série d’événements Discordia Review. Il a déjà écrit sur le phénomène TradCath sur le blogue de Discordia.
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