Édition du 19 octobre 2021

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Canada

L’élimination des armes nucléaires : une urgence

Selon les résultats d’un sondage Nanos*, publiés le 6 avril dernier, 74 % des Canadiens et des Canadiennes – et 82 % des Québécois et des Québécoises – souhaitent que le Canada signe et ratifie le Traité d’interdiction des armes nucléaires (TIAN) des Nations Unies, entré en vigueur le 22 janvier dernier. Les mêmes pourcentages élevés persistent même dans le cas d’éventuelles pressions étasuniennes en sens contraire.

Par Judith Berlyn et Raymond Legault, pour le Collectif Échec à la guerre

Les répondant.e.s au sondage manifestent une inquiétude face aux armes nucléaires et une volonté que leur gouvernement agisse à cet égard. Un sentiment d’inquiétude, qui ne s’accompagne pas toujours d’un sentiment d’urgence... Et pourtant, il y a urgence.

Le risque des armes nucléaires : la fin de l’humanité

Une guerre nucléaire entre les États-Unis et la Russie, qui possèdent près de 91 % de l’arsenal nucléaire mondial, tuerait des centaines de millions de personnes, rendrait la terre inhabitable en créant un « hiver nucléaire » et conduirait à l’extinction de l’humanité. Même une guerre nucléaire « limitée » entre l’Inde et le Pakistan, en plus des dizaines de millions de morts immédiates, aurait aussi le potentiel de créer des changements climatiques planétaires pouvant plonger un milliard de personnes dans la famine.

Ces risques ne sont pas théoriques. Au cours de la Guerre froide, le monde est passé très près de la catastrophe à plusieurs reprises, notamment lors de la crise des missiles de Cuba en 1962 et lors de l’exercice militaire Able Archer en 1983. D’autres déclenchements ont été évités de justesse lorsque des phénomènes naturels ou des activités militaires ont été mal interprétés comme des menaces.

Or, il y a lieu de s’inquiéter davantage quand on constate que les États-Unis ont décidé de « moderniser » tout leur arsenal nucléaire – nouvelles armes nucléaires, nouveaux missiles de croisière et balistiques, nouveaux sous-marins et bombardiers stratégiques – et que la Russie et la Chine leur ont emboité le pas.

Vers une nouvelle guerre froide

Depuis quelques années, nous assistons à la mise en œuvre d’une nouvelle Guerre froide de la part des États-Unis, qui se manifeste dans un discours antagonisant de plus en plus la Chine et la Russie. En 2018, la nouvelle Stratégie de défense nationale (SDN) des États-Unis a substitué à la « guerre contre le terrorisme » une nouvelle priorité : la concurrence stratégique avec la Chine et la Russie. Sans surprise, en novembre 2020, les recommandations du Groupe de réflexion de l’OTAN sont allées dans le même sens. Puis, en mars 2021, le Royaume-Uni a aussi adopté ces orientations, annonçant du même coup une hausse de 45 % du plafond de ses ogives nucléaires !

Sempiternelles déclarations creuses et riposte par le TIAN

Depuis l’entrée en vigueur du Traité sur la non-prolifération nucléaire (TNP) en 1970, les grandes puissances ont sans cesse proclamé vouloir en arriver à un monde sans arme nucléaire mais n’ont jamais vraiment agi en ce sens. Ce constat a même récemment été fait par 56 anciens premiers ministres, ministres de la Défense ou des Affaires étrangères de 20 pays membres de l’OTAN (dont le Canada), du Japon et de la Corée du Sud :

«  Au lieu de désarmer, ils investissent massivement dans l’amélioration de leurs arsenaux, avec des projets pour les garder pour de nombreuses décennies. Ceci est tout à fait inacceptable. »

Face à l’urgence posée par le péril nucléaire et à l’absence de volonté des puissances nucléaires d’éliminer ces armes, un regroupement international de gouvernements, d’ONG, d’agences des Nations Unies, etc. s’est formé en 2010 en vue d’un traité rendant illégales les armes nucléaires et visant leur interdiction totale. Leur travail a abouti, en 2017, à l’adoption du TIAN à l’ONU, par 122 pays sur 192, et à son entrée en vigueur en janvier 2021.

La responsabilité du Canada

Le Canada porte une très grande responsabilité dans la genèse et la persistance du péril nucléaire. Avec les États-Unis et le Royaume-Uni, il a été l’un des trois pays impliqués dans la mise au point des premières bombes atomiques, notamment en fournissant presque tout l’uranium raffiné nécessaire au projet Manhattan. Puis de 1945 à 1965, le Canada a alimenté la course aux armements nucléaires en vendant suffisamment d’uranium aux États-Unis et au Royaume-Uni pour fabriquer 15 000 bombes nucléaires. Depuis, le Canada a continué à soutenir les préparatifs de guerre nucléaire de diverses façons.

À l’unisson de ses trois alliés nucléaires (États-Unis, Royaume-Uni et France), le Canada soutient en paroles l’élimination mondiale des armes nucléaires. Mais il s’oppose aux mesures concrètes pour atteindre cet objectif. C’est ainsi qu’en 2016 il a voté contre la résolution de l’ONU établissant le processus qui a conduit au TIAN et, comme 28 des 29 pays membres de l’OTAN, il a ensuite boycotté ce processus et refusé de signer le Traité.

Des mobilisations indispensables

La conscience de l’urgence du péril nucléaire et du rôle néfaste du Canada à cet égard doit s’accroître et conduire à des mobilisations pour forcer le Canada à s’engager réellement envers le désarmement nucléaire mondial. Nous devons exiger que le Canada rompe avec la politique nucléaire de l’OTAN et ratifie le TIAN.

En 2019, huit institutions financières canadiennes ont investi un total de 23,7 milliards de dollars US dans certaines des 18 plus importantes entreprises de l’industrie des armes nucléaires. Alors que 71 % des répondant.e.s au sondage Nanos se disent prêts à retirer leur argent de telles institutions, il y a peut-être lieu de développer une campagne à cet égard axée sur la menace des armes nucléaires, véritables engins de fin du monde.

* Ce sondage de Nanos Research a été commandé par la Hiroshima Nagasaki Day Coalition (Toronto), la Simons Foundation Canada (Vancouver) et le Collectif Échec à la guerre (Montréal).
https://nanos.co/wp-content/uploads/2021/04/2021-1830-Nuclear-Arms-Populated-Report-with-Tabs.pdf

Judith Berlyn

Militante pour le Collectif Échec à la guerre.

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