Édition du 18 juin 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

L’indépendance ne sera jamais tranquille

Peu de temps après l’élection du PQ en novembre 1976, René Lévesque se rendait à Washington pour, disait-il, « rassurer les États-Unis ». Le gouvernement du PQ n’était pas et ne serait jamais socialiste. Un Québec indépendant s’inscrirait tout à fait normalement dans le contexte géopolitique et économique nord-américain. À la surprise de Lévesque et de ses principaux conseillers cependant, le message fut assez mal reçu. Les faiseurs d’opinion comme le Washington Post et le New York Times affirmèrent que peu de monde avait été impressionné et qu’une province, francophone ou pas, n’avait pas de « vraie » raison de se séparer de cette si belle démocratie canadienne.

Plus tard lors du référendum de 1995, Parizeau qui était sans doute moins naïf connaissait les manœuvres de l’administration Clinton. L’ambassadeur américain au Canada de l’époque, James Blanchard, avait menacé un Québec souverain d’être exclu de l’Accord de libre-échange et même de l’OTAN. Les élites économiques avaient bien compris le message, et à part de très rares exceptions, elles avaient opté pour le NON. Le rêve de Parizeau, de convaincre une partie substantielle de Québec Inc. de se rallier, ne fut jamais réalisé.

En réalité, il ne pouvait pas en être autrement. L’indépendance du Québec, donc la rupture avec l’État canadien, ne fut jamais une option pour les élites canadiennes, états-uniennes ou même québécoises. Celles-ci voient bien que l’idée de l’émancipation nationale ne peut pas être détachée de l’émancipation sociale, de la justice et de la démocratie. Elles ne peuvent donc pas, objectivement, accepter une « aventure » qui remettrait en question la « stabilité » d’un dispositif étatique puissant, efficace à sa manière, capable de gérer le pays pour et par les classes dominantes.

On ne pourra pas avoir une indépendance « tranquille », il faudra que ça brasse drôlement fort, et pas seulement au Québec, mais aussi au Canada et même aux États-Unis, pour que l’édifice du pouvoir se fissure en fin de compte. Pour cela, il faudra embarquer dans une lutte de longue haleine. Actuellement, on sait que les États-Unis, pas seulement à cause des politiques erratiques de Donald Trump, sont engagées dans une politique de « reconquête » du monde. L’idée est simplement d’imposer une « pax americana » au reste du monde. Le redéploiement en cours, qui inclut un énorme réinvestissement dans les armes de destruction massive, vise notamment la Chine et la Russie, considérés à Washington comme les grands ennemis qui font obstacle au projet américain. Des guerres « par procuration » se font au Moyen-Orient, d’où la paralysie des institutions multilatérales, à commencer par l’ONU. Les « missions de paix » sont devenues des missions de guerre. Les peuples qui se lèvent pour demander la liberté, la démocratie et la justice sociale, sont par définition, des ennemis des États-Unis, au Venezuela, en Palestine, au Kurdistan, en Bolivie, au Soudan et ailleurs. Dans ce contexte, jamais les États-Unis n’appuieront un projet qui affaiblirait son principal allié-subalterne qui, bon an mal an, accepte l’intégration économique, organise la sécurité continentale contre des ennemis intérieurs et extérieurs présumés, et surtout, gère l’offensive militariste en cours.

Cette situation est grave, mais on ne peut pas oublier que les résistances s’organisent d’un bout à l’autre de la planète. Aussi puissant soit-il, l’Empire américain se retrouve affaibli. On se mettra ensemble avec ces luttes anti-impérialistes et c’est comme cela qu’on pourra avancer dans notre projet d’émancipation québécois.

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