Édition du 15 juin 2021

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Autochtones

LA FAUSSE VERTU CANADIENNE

La réputation du Canada dans le monde vient d’être sérieusement ébréchée par le dévoilement sans fards des mauvais traitements (lesquels dans certain cas, confinaient à la torture) infligés aux malheureux enfants amérindiens au pensionnat de Kamloops en Colombie-Britannique et aussi sans doute dans d’autres pensionnats au Canada anglais, et peut-être même au Québec, en dépit du fait dans ce dernier cas, le système de ces "centres de détention" a été établi plus tardivement (de 1931 à 1991).

Même si le Canada a parfois été l’objet de critiques par le passé, surtout sur des sujets de politique extérieure, il a longtemps conservé une réputation de démocratie exemplaire et de société respectueuse de la loi dans le monde, où au surplus le taux de violence criminelle était faible.

Ce qu’on a appelé "la question du Québec" et les turbulences qu’elle a provoquées durant les années 1960 et 1970 ont certes exposé des failles au sein de cet bel ensemble constitutionnel, si embelli jusqu’alors à l’étranger, mais au fond combien de gens, sans le dire trop haut, considéraient les Québécois et Québécoises comme des enfants gâtés qui se plaignaient le ventre plein ? Sauf peut-être en France et aussi au sein de minorités nationales européennes dont la situation ressemblait à celle du Québec, comme l’Écosse en Grande-Bretagne et la Catalogne en Espagne.
La montée pas trop belliqueuse en fin de compte du mouvement souverainiste au Québec à cette époque (comparée à ce qu’on pouvait et peut encore observer ailleurs, surtout dans des pays du Tiers-Monde) et les deux référendums sur l’indépendance (celui de mai 1980 et l’autre d’octobre 1995) tenus au Québec ont ancré dans le monde l’idée que les "Canadiens" pouvaient régler leurs tensions internes sans recourir aux armes. Une perception d’ailleurs très répandue au sein du Canada lui-même.

Or, l’affaire des pensionnats pour enfants amérindiens a brutalement exposé que la "vertu démocratique" et pacifique canadienne, sa marque de commerce sur la scène internationale était beaucoup exagérée. Le racisme et la répression sociales font partie de son histoire plus qu’on veut l’admettre.

Dans une certaine mesure, la bonne réputation canadienne en matière de respect des droits du citoyen et de pacifisme est due à la proximité du pays avec les États-Unis. Ceux-ci, en tant que puissance hégémonique et de "modèle politico-culturel" ont suscité et suscitent encore des réactions extrêmes dans le monde : elles vont de l’admiration béate à la haine sans partage, avec toutes les nuances intermédiaires imaginables.

Globalement, comme on sait, le Canada est un satellite des États-Unis, ce qui se comprend vu le rapport de forces très favorable aux Américains et la proximité géographique des deux pays. Alors qu’en tant que superpuissance, la République américaine doit entretenir des forces armées importantes et intervenir souvent à l’étranger (à temps et à contretemps) pour protéger ses intérêts ou ceux de ses États-clients, le Canada est intégré dans le périmètre de protection américain. Ottawa peut donc se contenter de modestes forces armées et se passer notamment de l’arme nucléaire. Il a pu longtemps jouer le rôle du "bon gars" de la communauté mondiale et participer à plusieurs missions de maintien de la paix. Il n’a jamais mené de politique internationale agressive, sauf durant les deux guerres mondiales.
Aux yeux de l’opinion internationale, cette excellente réputation inclut aussi la politique interne du pays. Quand on comparait (de loin) le racisme institutionnalisé et le taux de criminalité élevé sévissant aux États-Unis, la situation canadienne paraissait presque idyllique. L’explosion de l’affaire des pensionnats pour enfants autochtones a brusquement divulgué une toute autre réalité. La "virginité politique" canadienne s’en est trouvée déflorée, si on me passe l’expression.

C’est l’occasion de rappeler que la violence fait partie de notre histoire (y compris celle du Québec) bien davantage qu’on veut bien le penser. Sans remonter aux guerres du Régime français, puis du Régime anglais, pas plus qu’aux insurrections de 1837-1838 ou même à celles des Métis francophones de Louis Riel et des Cris dans l’actuelle Saskatchewan en 1885, mentionnons pêle-mêle plusieurs conflits politiques et sociaux virulents comme les deux crises de la conscription au Québec (en particulier celle de 1917-1918), des affrontements sociaux aigus comme la grève syndicale de 1972, la grève étudiante de 2012 et la Crise d’octobre 1970 (là encore au Québec). Les travailleurs et travailleuses québécois et canadiens ont subi leur part d’abus de pouvoir et de mesures restrictives. Le taux d’homicide, sans se comparer à celui des États-Unis, n’est pas négligeable non plus.

Tout ce pan peu glorieux de notre histoire ressurgit à l’occasion des révélations bouleversantes sur l’affaire des petits morts amérindiens dans d’infâmes "pensionnats" (le mot prison conviendrait mieux). Politiciens et administrateurs de l’époque voulaient "tuer le Sauvage" en eux. Ils ont plutôt aggravé des abus de pouvoir qui font eux aussi, partie de la "Canadian tradition" et mis à nu la sauvagerie authentique des bien-pensants.

Jean-François Delisle

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