Édition du 14 septembre 2021

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Israël - Palestine

La nouvelle guerre de cent ans

Ainsi pourrait-on qualifier les conflits à répétitions entre Israël et les Palestiniens, depuis les premiers "troubles" ayant éclaté entre les deux communautés durant la décennie 1930, à la suite du mouvement de colonisation sioniste en Palestine, alors sous mandat britannique jusqu’à l’actuel affrontement entre le Hamas à Gaza et le gouvernement israélien. Le cessez-le-feu convenu entre Tel-Aviv et le gouvernement du Hamas jeudi soir durera-t-il ? Rien n’est moins certain, si on se fie au passé et à l’appui inconditionnel de la Maison-Blanche à Israël. Et pourtant...

Le gouvernement Biden souhaitait une "désescalade" rapide, mais a bloqué comme d’habitude les résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies en ce sens, préférant s’en remettre à une médiation avec l’Égypte et les Nations Unies pour faire pression sur le Hamas, et à des contacts directs avec Benyamin Netanyahou , le premier ministre israélien et Mahmoud Abbas, chef de la faiblarde et peu représentative Autorité palestinienne en Cisjordanie. Il a résulté de ces manoeuvres un cessez-le-feu, mais toutes le conditions pour une reprise des affrontements existent encore. L’escalade a cessé, mais la situation demeure explosive.

Cet énième conflit armé entre Palestiniens et Israéliens survient à un très mauvais moment pour le gouvernement Biden. En effet, il détourne fâcheusement l’attention internationale de son grand projet : empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire (même si l’État hébreu, lui, dispose de 90 ogives). Il révèle aussi la persistance du problème de fond au Proche-Orient : l’antagonisme israélo-palestinien. Ce n’est pas la seule source de tensions et de conflits dans cette région agitée certes, mais la dépossession des Palestiniens et Palestiniennes en 1947-1948 fait toujours vibrer un nerf très sensible chez les populations de cette zone.

Cette nouvelle éruption du conflit entre les deux nations a obligé le traditionnel protecteur d’Israël à déployer des efforts imprévus pour diminuer puis mettre fin aux affrontements. La classe politique américaine ne peut plus agiter l’épouvantail iranien, du moins pour le moment ; le conflit israélo-palestinien lui rebondit en pleine figure.

La situation là-bas se dégrade. Des soulèvements ont éclaté depuis peu en Cisjordanie et même en territoire israélien, entre Arabes et Juifs sionistes, vu le statut de seconde zone imposé aux premiers.
Dans l’esprit de la plupart des politiciens américains, "désescalade" rime avec retour au statu quo, lequel défavorise la nation palestinienne. Celle-ci y a -t-elle vraiment intérêt ?

En fait, la suite des choses va dépendre dans une très bonne mesure de l’évolution politique américaine vis-à-vis d’Israël. Tant que le soutien inconditionnel de la classe politique américaine dans son ensemble va se poursuivre, la possibilité d’une paix durable entre Palestiniens, Palestiniennes d’une part, Israéliens et Israéliennes d’autre part restera peu probable.

Par bonheur, ô surprise, le soutien monolithique des États-Unis envers l’État hébreu commence apparemment à se fissurer. La gauche du Parti démocrate accuse sans détours Israël de violation des droits de la personne et le qualifie d’État d’apartheid. Vingt-huit sénateurs démocrates ont appelé à un cessez-le-feu sans pour une fois essayer d’excuser le comportement israélien. Notamment, le sénateur démocrate Bob Menendez, réputé allié indéfectible de l’État hébreu, a avoué son trouble devant les raids israéliens. Bernie Sanders, figure de proue de l’aile gauche du parti, tente de bloquer un plantureux contrat approuvé depuis peu par la Maison-Blanche de ventes d’armes à Israël.

Même si l’aile gauche du Parti démocrate presse le cabinet Biden de s’engager sans ambiguïté en faveur de l’édification d’un État palestinien à terme, on semble encore loin de cette réorientation majeure. La direction américaine essaie d’étouffer l’embêtante résurgence de l’historique conflit israélo-palestinien pour remettre à l’avant-scène le supposé "péril iranien".

Dans cette veine, on peut se demander si en cas de réactivation du conflit, ceux des gouvernements arabes qui ont noué des relations diplomatiques avec l’État hébreu ne vont pas cette fois se sentir obligés de prendre leurs distances à l’endroit de celui-ci, sans nécessairement aller jusqu’à la rupture diplomatique. Mais sait-on jamais ? Ils ne pourront pas ignorer les sentiments de leurs peuples, en dépit du caractère autocratique de ces régimes.

On n’en sort pas : le seul moyen d’apaiser le conflit israélo-palestinien consiste à reconnaître le droit à l’autodétermination des Palestiniens et Palestiniennes, y compris celui de former un État indépendant aux côtés d’Israël. Après tout, ils ont fait leur bout de route : la reconnaissance formelle de l’État hébreu au milieu des années 1990, en échange de quoi on leur a fait miroiter l’avènement d’un État souverain, après des négociations avec Tel-Aviv. On connaît la suite, un crèvecoeur pour les Palestiniens et les Palestiniennes. La mauvaise foi israélienne a sabordé tout espoir de paix entre les deux nations.

Elle se résume dans une formule qu’on attribue à Joseph Staline : "Ce qui est à moi m’appartient, ce qui est à toi se négocie".

Jean-François Delisle

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