Édition du 31 janvier 2023

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États-Unis

La peur de Donald Trump s’estompe rapidement sur les marchés financiers

En découvrant la victoire de Trump, les marchés financiers ont été pris d’une crise de nerfs électronique. Passé le choc, beaucoup pensent qu’il va être possible de composer avec lui. Mardi, une dernière note de la Deutsche Bank avertissait ses clients : un scénario semblable au Brexit n’est pas à exclure pour les élections américaines, prévenait-elle, même si elle penchait toujours pour une victoire d’Hillary Clinton.

9 novembre 2016 | tiré de mediapart.fr

L’avertissement a à peine été entendu. Pour Wall Street et tous les milieux financiers internationaux, la victoire d’Hillary Clinton était acquise. Tous les sondages l’assuraient : la candidate démocrate allait l’emporter sans difficulté face à Donald Trump. Lundi, la bourse de New York gagnait encore plus de 2 %, après que le FBI eut annoncé l’arrêt de sa nouvelle enquête sur les emails de Clinton. Et puis… comme lors du référendum britannique de juin, la planète financière s’est trouvée totalement prise à contrepied.

En découvrant, au milieu de la soirée électorale, que la Floride et la Caroline du Nord, deux États présentés comme pivots pour l’élection présidentielle américaine, basculaient en faveur du candidat républicain, les financiers ont soudain réalisé qu’une victoire de Donald Trump qu’ils avaient exclue jusque-là était plus que possible. En quelques secondes, les marchés ont été pris d’une véritable crise de nerfs électronique. Tous les traders, tous les algorithmes ont corrigé en même temps leurs positions pour tenir compte de cette réalité imprévue. 

La correction a été aussi brutale que spectaculaire.

Les marchés asiatiques, les seuls ouverts à cette heure-là, ont décroché. À Tokyo, l’indice Nikkei perdait plus de 5 %, la bourse de Shanghai chutait de plus de 2 %. Les futures sur les marchés européens et américains annonçaient des chutes de plus de 5 %. Sur le marché des changes, le peso mexicain perdait plus de 12 %, les analystes se souvenant des prises de position d’un Donald Trump dénonçant les relations migratoires et commerciales entre les États-Unis et le Mexique. Le dollar perdait plus de 2 % face à l’euro et 1,7 % face au yen. Par peur, tous se précipitaient sur l’or, la dernière valeur refuge pour les financiers.

La première déclaration de Donald Trump, annonçant qu’il entendait être le président de tous les Américains, a modifié les impressions. Après tout, il avait un ton présidentiel, semblent avoir conclu les intervenants de marché. Contrairement à ce qui s’était passé durant les premiers jours suivant le Brexit, les tensions se sont rapidement atténuées. Au lieu de chutes de 5 % attendues dans la nuit, les marchés européens ne baissaient que de 1 % à peine. La panique semblait aussi céder le pas à Wall Street. « Les marchés peuvent-ils espérer 1) que Trump ne sera pas un aussi mauvais président qu’ils le pensaient il y a moins de 24 heures ? 2) qu’il peut en fait être plus dans l’establishment et moins dissident qu’il s’est lui-même dépeint pendant sa campagne ? », s’interroge une analyste, citée par le Guardian, étonnée par un retournement si brusque, et la complaisance soudaine des financiers face au nouveau président.

La nervosité demeure cependant dans le monde financier.

Que faut-il attendre de Trump ? se demandent les analystes. À toute vitesse, les uns et les autres se plongent dans les déclarations de campagne du candidat républicain auxquelles ils n’avaient guère prêté attention jusque-là. L’imprévisibilité du nouveau président américain qui a su déjouer tous les pronostics, même en prenant des positions provocatrices sur nombre de sujets, les perturbe. « La grande inconnue est la politique économique… Le Brexit a provoqué une instabilité au Royaume-Uni. Avec Trump, il s’agit d’une instabilité mondiale », relevait le chef économique de World First, Jeremy Cook, tout de suite après la confirmation de l’élection de Trump. 
Pour se rassurer, certains pensent que tout va continuer comme avant. La victoire de Donald Trump devrait même avoir des effets positifs immédiats, selon leurs analyses : la politique accommodante de la Réserve fédérale, dont les marchés financiers sont devenus totalement dépendants, va être maintenue : « L’effet immédiat touche la Réserve fédérale. La probabilité d’une hausse des taux d’intérêt en décembre se réduit fortement », se réjouit ainsi un responsable actions du fonds Fidelity.

Plus de dérégulations

La seule interrogation qui agite certains est le sort réservé à Janet Yellen, présidente de la Fed, vivement critiquée par Donald Trump tout au long de sa campagne. Peut-elle rester ? Ne va-t-elle pas être incitée à démissionner, même si son mandat expire en 2018 ? Certains redoutent de ne plus avoir une direction de la Réserve fédérale aussi compréhensive à l’avenir. D’autant que le débat sur l’indépendance de la Fed par rapport à la Maison Blanche a été relancé, y compris dans les rangs démocrates, par l’ancien secrétaire du trésor, Larry Summers.

Même si Donald Trump a tenu des propos critiques à l’égard de Wall Street, le monde financier pense tout compte fait qu’il n’a pas grand-chose à craindre. Le nouveau président élu est un homme d’argent, qui connaît les affaires. Sur le plan intérieur, rien dans son programme économique ne semble très dangereux aux financiers. La baisse des impôts pour les riches et les entreprises est un projet qui leur convient très bien. La relance des investissements publics par des grands travaux d’infrastructure ne leur déplaît pas. « Il est très improbable que l’économie américaine déraille. Il y a plus de dérégulations que jamais, inscrites dans l’agenda, depuis la présidence de Reagan », se félicite même un responsable de hedge funds. Quant à la suppression de l’Obamacare, inscrite en tête du programme républicain, ou le renoncement à toute lutte contre le réchauffement climatique et à toute contrainte environnementale, ce serait plutôt une bonne nouvelle à en croire les réactions des marchés. Au milieu de la débâcle boursière momentanée, les groupes miniers et pharmaceutiques affichaient de solides hausses dès mercredi matin…

Un seul vrai point, finalement, gêne les marchés financiers : c’est l’attitude protectionniste de Donald Trump. Son intention affichée de remettre en cause les accords de libre-échange avec le Mexique et le Canada, et surtout avec la Chine, et de construire un mur à la frontière mexicaine, heurte ces financiers qui ont fait de la liberté absolue des marchandises et des capitaux un dogme non négociable. Des analystes font le pari que tout cela n’était qu’une posture de campagne, que très vite, il rentrera dans le rang.

Wall Street pense déjà que les républicains « modérés » qui siègent au Congrès le forceront à faire des compromis voire à renoncer à des pans entiers de son programme. D’autres font le pari que l’appareil d’État fédéral saura, comme il l’a déjà fait tant de fois, ramener le nouveau président dans la norme. « L’hypothèse est que Trump écoutera les avis des professionnels du département d’État sur les affaires étrangères. Pourtant, tout au long de la campagne, il a démontré sa claire volonté de passer outre les avis professionnels pour le plus grand plaisir de sa base », met en garde Saker Nusseibeh, responsable d’un fonds d’investissement. 

Dans ces premiers instants post-élection, les financiers ne semblent pas vouloir écouter cette mise en garde. Est-ce de la légèreté ? De l’aveuglement ? Ou la simple incapacité à penser en dehors d’un modèle libéral ? Une grande majorité de ce monde semble caresser l’idée que finalement tout va continuer comme avant.
Penser que le Brexit puis l’élection de Donal Trump ne sont que des incidents sans conséquence est une erreur majeure, insistent toutefois quelques rares voix inquiètes. « La grande leçon de ce qui s’est passé la nuit dernière est que sans hausse des revenus pour la majorité des populations dans les pays développés depuis la grande crise financière (à l’exception des 1 %), les candidats des partis de gouvernement sont lourdement sanctionnés aux élections. Et cela ne va s’arrêter là : il y a un référendum en Italie le mois prochain et beaucoup d’élections en 2017 (Marine Le Pen pourrait-elle être élue à la présidentielle en France ?). J’ai vu des chiffres ce matin : 65 % des parents dans les pays du G7 pensent que leurs enfants auront une situation plus mauvaise que la leur. Après avoir vu les bouleversements au Royaume-Uni avec le Brexit et maintenant aux États-Unis, les partis de gouvernement vont-ils enfin réagir en promettant des expansions budgétaires significatives ? Le vote d’hier pourrait-il provoquer la fin de l’austérité mondiale ? » demande, angoissé Jim Leaviss, responsable chez M&G Investments.

Ces réflexions ne semblent guère atteindre les financiers et les politiques à leur écoute, au lendemain de l’élection américaine. Tous espèrent que la victoire de Donal Trump ne provoquera que des modifications à la marge. Les somnambules poursuivent leur marche au bord de la falaise.

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