Édition du 12 novembre 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Point de mire du 5 novembre 2019

La tâche de l’heure, faire converger les luttes

Dans ces points de mire, Presse-toi à gauche présente synthétiquement des éléments d’analyses d’articles publiés dans l’édition de la semaine et explicite ses partis-pris sur les points d’actualité et les débats en cours. Points de mire, pour bien marquer où nous voulons en venir !

 

Cette semaine dans Presse-toi à gauche, Bernard Rioux souligne l’importance d’un large débat dans Québec solidaire autour du plan de transition économique de la formation politique de gauche, la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) considère le projet de loi de la CAQ concernant la gouvernance scolaire comme un véritable cheval de Troie et la Fédération des femmes du Québec souligne l’importance du geste posé par la Ville de Montréal qui réinterprète les événements de Polytechnique comme un attentat antiféministe.

Dans « Ouvrir un large débat sur le plan de transition économique de Québec solidaire : une tâche essentielle », l’auteur précise les points qui, selon lui doivent faire l’objet de réécriture : reconnaître les fondements capitalistes de la crise climatique, une discussion autour du thème de la décroissance, la propriété collective des moyens de production, les dimensions locale, régionale, nationale, internationale du Plan de QS, le financement de la transition et enfin il souligne le fait qu’un plan de transitoire solidaire et démocratique doit être à la fois un social et gouvernemental.

La Fédération autonome de l’enseignement analyse le projet de loi de la CAQ concernant la gouvernance scolaire et constate qu’il va bien au-delà d’une réforme des commissions scolaires alors qu’il rogne sur les droits des enseignant.e.s, légalise le « tripotage de notes » qu’exerce illégalement les directions scolaires sans que l’expertise des enseignant.e.s soit davantage reconnue qu’elle l’est actuellement.

La Fédération des femmes du Québec se réjouit de la décision de la Ville de Montréal qui « reconnaît enfin le meurtre de 14 femmes à Polytechnique le 6 décembre 1989 comme un attentat antiféministe. La FFQ se réjouit de cette décision de la municipalité. Nommer les violences telle qu’elles sont est un premier pas décisif pour développer des mécanismes de prévention. »

Parmi les autres articles, Yvan Perrier poursuit la publication de l’historique des négociations dans le secteur public au Québec avec les parties 11 et 12, Carole Bisenius-Penin revient sur la plus récente édition du festival « Québec en toutes lettres » qui tente de détourner les valeur marchandes et publicitaires de la création littéraire et Alternative socialiste nous offre une analyse de la situation politique après les élections fédérales.

Sur la scène internationale

L’actualité internationale reste marquée par les mobilisations de masse un peu partout dans le monde. Nous avons tenté d’en tenir compte dans notre couverture de l’actualité avec des articles sur l’Algérie, le Chili, le Liban que vous trouverez sur notre page web.

Nous retenons comme sujets de réflexion l’islamophobie, la collapsologie et la crise économique.

Sur l’Islamophobie

Multiplicité et unité des violences islamophobes De quoi Claude Sinké est-il le nom ?

L’auteur part d’un fait de l’actualité française pour aborder le phénomène de l’islamphobie en France, mais en fait de l’islamophobie partout dans le monde. Dans un premier temps, il essaie de comprendre comment une communauté devient dangereuse et impossible à intégrer. Et il donne comme explication « Comment dès lors ne pas faire le lien avec plus de trois décennies de construction politique et médiatique de l’islam et des musulmans comme problème ? » Donc pour lui le problème n’est pas nouveau mis date des lendemains de la Seconde guerre mondiale où on a repris des notions fascisantes comme l’identité. Aujourd’hui c’est le Faire France et Français de souche.

Peu à peu « L’islam incarnerait dès lors une menace pour l’ « ordre républicain ».  L’auteur poursuit sa réflexion en développant la notion de verrou idéologique : « Il ne faut jamais sous-estimer les effets de l’éclatement d’un verrou idéologique quand bien même celui-ci se limiterait à la sphère symbolique. La disparition d’un verrou idéologique libère et autorise, invite et incite, légitime et rend utilisable, des termes et des concepts, des logiques de pensées et des modes de raisonnement, jusque-là prohibés par l’état du rapport des forces. Un tel processus est en œuvre, bien entendu, autant dans l’éclatement de « verrous réactionnaires » que dans l’éclatement de « verrous humanistes et démocratiques. » Il y a donc « Les appels incessants que nous avons aujourd’hui à « casser les tabous » à propos de l’immigration, de l’islam, des quartiers populaires, etc., à « rompre avec le politiquement correct », à « parler vrai », etc., ne sont rien de moins qu’une tentative de re-légitimer la parole raciste. »

L’article aborde aussi les effets sur les populations musulmanes. Il parle de formes de violence : « Une telle silenciation et une telle banalisation n’a été possible et n’est explicable qu’en prenant en compte une autre dimension de notre réalité sociale : le décalage ou la distance entre de nombreuses forces politiques et associations et la partie des classes populaires héritière de l’immigration postcoloniale (non prise en compte ou sous-estimation des discriminations systémiques à l’embauche ou au travail, sur le marché du logement, dans la scolarité ou la formation, etc. ; des violences policières, des contrôles aux faciès et des humiliations qui les accompagnent, etc.). Ce décalage rend impossible la saisie de la condition des noirs ou arabo-berbères de France. Il débouche sur une cécité vis-à-vis de la réalité d’oppression vécue et subie dont la silenciation et la banalisation ci-dessus évoquées ne sont qu’un des aspects. »« Toute une génération a grandi en se voyant régulièrement l’objet de discours médiatiques et politiques stigmatisant »

« A cette violence symbolique se sont progressivement ajoutées les micro-agressions dans la vie quotidienne (dans le métro, dans la rue, aux bureaux des diverses administrations, etc.). Le concept de micro-agression fait désormais l’objet de nombreuses études.  La multiplication des discriminations liées à l’appartenance religieuse réelle et supposée est la troisième force de violence qui a connu un accroissement exponentiel ces dernières décennies. »

Donc un très bon article pour voir les liens identité et pensée raciste et conséquences sur les personnes ciblées.

Sur la collapsologie

Crise climatique, collapsologie.... L’ingénieur agronome Daniel Tanuro refuse de se résigner

Cet interview très court tente de polémiquer contre le courant de pensée autour de la collapsologie. La collapsologie est ici définit comme l’inéluctable effondrement social suite à la crise écologique.

Daniel Tanuro reconnaît la gravité de la crise écologique actuelle mais refuse de croiser les bras « Aujourd’hui, certains effondristes recommandent de se résigner au châtiment infligé à l’humanité parce qu’elle na pas changé ses comportements, ne les a pas écoutés, eux, qui prétendent parler au nom de « La Science ». La démarche est la même : se résigner, accepter. Comme s’il n’y avait pas de responsables de la catastrophe, comme s’il n’y avait pas de comptes à régler avec les multinationales du pétrole, du charbon, de l’agrobusiness. »

Il image ses propos avec des images marines très efficaces « Nous sommes sur la même mer, mais pas sur le même bateau : les responsables du désastre naviguent en yacht, les victimes s’entassent sur des barquettes. L’appel à la résignation sème la sidération. Or on a besoin de lucidité : il faut identifier les responsables du gâchis, les mettre en accusation, puis élaborer un plan d’urgence écologique et social afin d’arrêter la catastrophe aux frais de ceux qui l’ont provoquée. »

Et il conclut sur l’importance de lutter y compris au niveau des territoires « Mais il y a deux types de projets de ce genre : ceux des zadistes font avancer la convergence des luttes pour un changement de société ; ceux des colibris, par contre, entretiennent le mythe d’une transition douce, par contagion, sans adversaires et sans lutte. Les collapsologues qui croient que le capitalisme va s’effondrer, que l’Etat va disparaître et qu’un monde idéal de communautés résilientes surgira des décombres se fourrent le doigt dans l’oeil. »

Et sur la crise économique

La crise qui vient et la montée du national-libéralisme

Dans cet article, l’auteur essaie de voir les tendances économiques actuelles et prévoir l’ampleur de la crise qui vient. Il privilégie trois scénarios :

« 1. Un ralentissement de la croissance (éventuellement accompagné d’une chute des Bourses) ;
2. Une crise financière et une récession ponctuelle (c’est-à-dire une croissance négative dans un nombre significatif de pays capitalistes ;
3. Une crise financière avec une récession profonde. »

L’article mentionne les annonces mondiales de ralentissement : « En juillet dernier, le FMI (Fonds monétaire international) a pour la quatrième fois en un an de nouveau révisé ses prévisions à la baisse. Le 19 septembre, l’OCDE (l’Organisation de coopération et de développement économiques, l’autre grand observatoire capitaliste mondial) est allé dans le même sens et table désormais sur une croissance mondiale de 2,9 % cette année et de 3 % l’année prochaine. C’est, pour citer le rapport, la croissance « la plus faible depuis la crise financière avec des risques qui continuent de monter ».

L’auteur place aussi la situation actuelle dans les suites de la crise de 2007-2008. Il mentionne le rôle des banques centrales qui ont sauvé le système bancaire mondiale en déversant des milliers de liquidités. Actuellement l’endettement demeure « Le principal élément de fragilité du système est donc sans doute aujourd’hui, l’endettement des entreprises qui pourrait déchaîner une crise bancaire en cas de ralentissement économique prolongé. Enfin, ce que l’on appelle le « shadow banking », c’est-à-dire la finance non soumise à la réglementation bancaire (ce qui ne veut pas dire qu’il s’agit forcément d’opérations illégales) a fortement progressé, notamment en Chine. Il représente, fin 2017, 14 % des actifs financiers mondiaux. »

Il aborde aussi la présente crise bancaire. Depuis septembre la Fed inonde les banques en péril de dollars. « Une illustration supplémentaire de la fragilité du système financier a été donnée à la mi-septembre : en catastrophe, mardi 17 septembre 2019, la Réserve fédérale des États-Unis a injecté 53 milliards de dollars dans les banques car les taux d’intérêt sur le marché interbancaire (le marché sur lequel les banques se prêtent mutuellement de l’argent au jour le jour) étaient brusquement monté jusqu’à 10 %. Elle a remis cela les jours suivants et ainsi déversé 300 milliards de dollars. Ce qui est le plus frappant »

Le rôle de Trump et des États-Unis est aussi analysé et le rôle des États de plus en plus nationalistes. L’auteur se demande si, au niveau mondial il y a encore un pilote dans l’avion pour assurer la stabilité du système capitaliste. « ils se réclament à la fois de l’économie globale et de la souveraineté nationale et essaient de masquer la contradiction par des discours musclés. « L’avenir est aux patriotes » a lancé Trump à la tribune de l’ONU le 24 septembre ; il n’est pas seul à camper sur cette posture. La « démondialisation » n’est sont sans doute pas à l’horizon mais les États vont faire un retour dans le jeu et des paramètres géopolitiques vont davantage peser sur le commerce et les investissements internationaux. »

L’auteur conclut sur des transformations majeures à venir et mentionne le rôle des droits des personnes salariées et des acquis sociaux.

Bonne lecture

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