Édition du 21 juin 2022

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Europe

Les nouveaux croisés d'occasion

Selon l’armée russe (et le Kremlin), de nombreux mercenaires étrangers se battraient aux côtés de l’armée ukrainienne. Le Kremlin décerne la palme du mercenariat à la Pologne, suivie par la Roumanie et la Grande-Bretagne.

Elle assure qu’un peu moins de 7,0000 mercenaires étrangers issus de 64 pays sont arrivés en Ukraine et qu’elle en aurait tué près de 2,000 (plus précisément 1956) et que 1779 seraient repartis chez eux. Selon Moscou, pour les pertes la Pologne arrive en tête de liste avec 378 morts, suivie par les États-Unis avec 214, le Canada pour 162 et la Géorgie qui en déplorerait 120. Les sources russes ne mentionnent pas celles de la Roumanie ni de la Grande-Bretagne, du moins si on se fie à la lecture de l’article paru dans le Journal de Montréal sur le sujet le 17 juin dernier.

Évidemment, ces affirmations sont à prendre avec des pincettes, des vérifications indépendantes s’imposent. Les gouvernements occidentaux n’ont pas manqué pour leur part de souligner la présence de membres du groupe Wagner dans les rangs de l’envahisseur. Il s’agit d’une société militaire russe privée (mais non liée officiellement au gouvernement de Moscou), fondée en 2014 et chargée de défendre les intérêts russes à l’étranger. Elle s’est tristement illustrée dans différents conflits comme lors de la guerre civile en Syrie, de même qu’au Soudan, en Libye, en République centrafricaine, au Venezuela, au Mali et ailleurs.

Si la présence de volontaires venant de pays voisins de l’Ukraine comme la Pologne, la Roumanie et la Géorgie peut se comprendre vu les craintes que suscitent chez leurs populations la crainte de l’expansionnisme russe et les mauvais souvenirs de l’appartenance forcée au Pacte de Varsovie (1955-1991), celle de ressortissants britanniques, français, américains et canadiens ne relève certainement pas des mêmes motifs.

Il est difficile de départager chez eux la dimension d’attachement sincère aux idéaux démocratiques de celle d’une vieille russophobie teintée d’anticommunisme ou d’anti-gauchisme, bien que le régime soviétique se soit effondré en octobre 1991. On flaire là des relents de guerre froide en quelque sorte.

Pas étonnant dans ce contexte que des aventuriers mus par des motifs idéologiques ou financiers (dans certains cas, sans doute les deux) se soient lancés dans la mêlée. Mais leur action est pour le moins sélective. En effet, on n’a vu personne en Occident aller affronter les Américains en Afghanistan et en Irak, pas davantage que de valeureux Occidentaux ne sont allés épauler les Palestiniens et Palestiniennes dans leur effort pour secouer le joug israélien. En effet, très peu d’Occidentaux ont offert leurs services à l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) dans les camps de réfugiés du Liban et aucun n’a payé de sa personne en participant aux deux intifadas (celle des pierres qui s’est déroulée de 1987 à 1993, suivie de celle des armes qui s’est étendue de 2000 à 2005). Personne parmi les actuels croisés en Ukraine n’a rejoint des insurgés africains en lutte contre leurs propres dictatures.
À Hollywood, aucun réalisateur non plus n’a proposé de scénario sur ces sujets considérés comme tabous. Le "tiers-mondisme", rebute les responsables de "l’usine à rêves" californienne ; même chose pour les volontaires américains, britanniques, français ou canadiens partis combattre aux côtés des Ukrainiens et Ukrainiennes. Le caractère sélectif de cet élan peut engendrer un certain malaise, car ne révèle-t-il pas un un certain racisme candide ?

Ajoutons que si l’identification à la cause de l’Ukraine demeure forte en Occident, un certain attiédissement devient perceptible à mesure que le conflit se prolonge et que ses conséquences économiques commencent à se faire sentir chez nous. Où toute cette mêlée va-t-elle nous mener en fin de compte ? Bien présomptueux celui ou celle qui prétendrait apporter une réponse sûre à ce stade de la tragédie ukrainienne. Mais celle-ci ne doit pas nous faire oublier qu’il en existe beaucoup d’autres dans le monde.

Jean-François Delisle

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