Édition du 24 mars 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Éducation

Les recteurs nous mentent-ils ?

À priori, ce questionnement a de quoi surprendre. Il n’en demeure pas moins le reflet d’une triste réalité.

Les recteurs des universités québécoises sont tous des scientifiques. Pourtant, lorsqu’il est question d’une hausse des droits de scolarité, ils oublient comme par magie de consulter ce que nous dit la science. Afin de se donner les moyens de leurs ambitions pharaoniques (campus de l’Université de Montréal à Outremont, campus de l’Université de Sherbrooke à Longueuil, Îlot Voyageur, etc.), ces derniers n’hésitent pas à contredire ce que nous enseignent les études universitaires sur l’accessibilité et la réussite aux études supérieures.

De fait, les recteurs, réunis au sein de la Conférence des recteurs et des principaux du Québec (CREPUQ), partagent l’idée selon laquelle la hausse radicale des droits de scolarité n’aurait pas d’impact sur l’accessibilité aux études supérieures. Pourtant, les recherches nous disent le contraire. De fait, au sein d’une recension de la littérature effectuée par le Conseil des ministres de l’Éducation du Canada (CMEC), on peut y lire : « toutes les études sérieuses démontrent que les hausses des droits de scolarité ont un impact sur l’accessibilité aux études[1] ». D’autres études démontrent hors de tout doute qu’une hausse importante des droits de scolarité modifie la composition de la population étudiante en faisant diminuer de façon marquée les étudiants provenant de milieux socioéconomiques défavorisés.

Le manque de scrupule des recteurs ne s’arrête pas là. La CREPUQ n’hésite pas à présenter un portrait bien parcellaire du financement universitaire. En excluant les fonds de recherche et d’immobilisation de leur calcul, la CREPUQ présente un portrait comparatif noirci des universités québécoises par rapport à leurs homologues canadiennes. Pourtant, lorsqu’on inclut ces données[2], le financement par étudiant est plus élevé au Québec que dans le reste du Canada ! On en comprend que les universités québécoises souffrent davantage d’une mauvaise utilisation des budgets disponibles que d’un sous-financement chronique. Les recteurs, qui se targuaient il y quelques années d’être les plus grands promoteurs immobiliers au Québec[3], devraient en prendre bonne note.

Notes

[1] CONSEIL DES MINISTRES DE L’ÉDUCATION DU CANADA (2007). Recension de la littérature sur l’abordabilité des études postsecondaires au Canada, Toronto.
[2] QUÉBEC, MINISTÈRE DE L’ÉDUCATION, DU LOISIR ET DU SPORT (2010). Rencontre des partenaires de l’éducation. L’avenir des universités et leur contribution au développement du Québec.
[3] LEDUC, Louise (2010). « Les recteurs d’université plaident pour une hausse des droits de scolarité », La Presse « 2 décembre),

Les auteurEs sont respectivement président de la Fédération du personnel professionnel des collèges (FPPC-CSQ), président de la Fédération des enseignantes et enseignants de cégep (FEC-CSQ) et présidente de la Fédération du personnel de soutien de l’enseignement supérieur (FPSES-CSQ).

Bernard Bérubé

président de la Fédération du personnel professionnel des collèges (FPPC-CSQ)

Mario Beauchemin

président de la Fédération des enseignantes et enseignants de cégep (FEC-CSQ)

Marie Racine

présidente de la Fédération du personnel de soutien de l’enseignement supérieur (FPSES-CSQ)

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