Édition du 19 octobre 2021

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Québec

Un point aveugle du projet de plate-forme de QS

Mettre le numérique au service du bien commun

Ce texte vise à introduire une dimension environnementale au thème 13 du projet de plate-forme de Québec solidaire : Mettre le numérique au service du bien commun.

L’économie numérique forme le coeur du capitalisme mondial. En 2018, sept des dix plus grandes entreprises dans le monde sont des firmes de l’économie numérique (Apple, Alphabet, Microsoft, Amazon, Facebook, Tencent. (Cédric Durand, L’envers de l’économie numérique, un capitalisme intellectuel monopoliste, IFRIS, février 2018)

L’économie numérique et la détérioration de l’environnement

L’économie numérique occupe une part non négligeable (3,5% en 2019) dans les émissions mondiales des GES et la consommation énergétique du Numérique dans le monde augmente d’environ 8,5% par an. (The Shift projet, Lean ICT- Pour une sobriété numérique, mars 2018). La production de téléphones intelligents, de centres de données de cryptomonnaies consomment de grandes quantités d’électricité (The Shift Projetct, idem, p.14) L’impact de l’économie numérique sur l’environnement et le réchauffement climatique ne saurait donc être ignoré d’autant qu’elle donne lieu à un nouvel extractivisme. « La phase de production des équipements occupe une part très significative, environ 50% en 2020, dans l’empreinte énergétique totale du Numérique, ainsi que dans les émissions de GES qui en découlent. »(The Shift Project, idem, page 13). Les sources de la forte croissance de la consommation énergétique du numérique sont les téléphones intelligents toujours à remplacer, la multiplication des objets connectés, l’Internet des objets industriels, la circulation toujours plus importante des données promue par les GAFAM.

Cette réalité est incompatible avec la trajectoire de 2 degré Celsius pour ne pas rappeler le nécessaire objectif du non dépassement de 1,5 C.

Le constat est donc indéniable : l’impact de l’économie numérique ne fera qu’augmenter si nous ne nous donnons pas les moyens de bloquer sa croissance. Si on laisse le contrôle de l’économie numérique à une poignée d’entreprises High-tech (comme les GAFAM) qui excellent à planifier l’obsolescence de leurs produits, ces entreprises vont contribuer à l’approfondissement de la crise climatique. (Naomi Klein, La stratégie du choc du capitalisme numérique, Terrestres, 17 mai 2020) Et cela avec l’appui des gouvernements qui voient dans le développement de l’économie numérique la solution pour revenir à la croissance et qui n’hésitent pas à subventionner grassement les entreprises de ce secteur. Les gouvernements Legault et celui de Couillard avant lui, n’ont pas été avares d’argent public à cet égard. (Voir Gouvernement du Québec, Feuille de route en économie numérique, octobre 2015)

Objectifs et engagements pour faire face à cette réalité

En l’absence d’une planification sociale et démocratique des investissements dans le numérique , de la rupture avec les modèles actuels d’investissements favorisant l’hyperconsommation, la tendance à l’augmentation de la consommation énergétique va continuer de s’accentuer ainsi que l’augmentation des émissions de GES par l’économie numérique.

Des orientations importantes

Pour contrer de tels développements, il nous faut un planification afin

– d’ adopter la sobriété numérique comme principe d’action

– de fixer des priorités pour parvenir aux objectifs de décarbonation de l’économie numérique compatibles avec nos objectifs de réduction des GES.

– de refuser de soutenir par l’argent public des investisseurs privés dans un cadre de concurrence visant à produire plus, vendre plus et gaspiller plus de produits relevant de l’économie numérique

– de refuser de confier aux acteurs privés comme Google, Amazon et Apple ou autres les données sur les citoyens et les citoyennes du Québec

– de soumettre le développement de l’économie numérique aux choix démocratiques et au contrôle public en développant des outils de planification démocratique des choix en économie numérique favorisant des investissements ciblés marqués par la sobriété visant à répondre aux besoins sociaux les plus fondamentaux

De nécessaires engagements

– Obliger les producteurs de terminaux informatiques (ordinateurs, tablettes, téléphones intelligents, téléviseurs) d’en finir avec l’obsolescence planifié et d’allonger leur durée de vie et d’assurer la réparatibilité de leurs produits.

– piloter une application ciblée et restreinte de la technologie 5G vers une utilisation restreinte répondant à des besoins essentiels

– bloquer le marketing agressif liés à ces types de produits visant une hyperconsommation et le gaspillage

– refuser la généralisation des objets connectés source d’un gaspillage inutile des ressources naturelles

– interdire les écrans vidéos publicitaires qui envahissent les villes

Bernard Rioux

Militant socialiste depuis le début des années 70, il a été impliqué dans le processus d’unification de la gauche politique. Il a participé à la fondation du Parti de la démocratie socialiste et à celle de l’Union des Forces progressistes. Militant de Québec solidaire, il participe au collectif de Gauche socialiste où il a été longtemps responsable de son site, lagauche.com (maintenant la gauche.ca). Il est un membre fondateur de Presse-toi à gauche.

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