Édition du 16 avril 2019

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Asie/Proche-Orient

Norouz et sanctions contre l’Iran

Le lundi 4 novembre, les États-Unis ont lancé leur deuxième série de sanctions contre l’Iran, les plus sévères et sans précédent. Il est temps que cette nouvelle trouve sa place dans l’oubli par les médias, tandis que les Iraniens en subissent directement les impacts, ainsi que leurs proches à l’étranger, comme l’auteur de ces lignes, qui témoignent de leur souffrance à distance et ne peuvent pas célébrer le Norouz, le début du Nouvel An iranien, sans ce souci. À certains moments, ces sanctions font dégringoler la monnaie iranienne jusqu’à environ 20 % de sa valeur.

Cette série de sanctions vise trois cibles : le pétrole, le système bancaire et l’assurance. Le pétrole est la marchandise dont la vente assure le revenu principal du pays. Ce revenu étant géré par le gouvernement iranien, une telle sanction cause inévitablement des problèmes au pays. Le but annoncé est de rendre impossible la vente du pétrole. Bien que peu probable, une baisse majeure de ce revenu aura des impacts néfastes sur ce pays déjà aux prises avec des conflits internes entre différentes couches de l’autorité ainsi qu’entre le peuple et le système dominant.

En deuxième lieu, cibler le système bancaire rend toutes les transactions impossibles, tant pour les banques gouvernementales que pour les banques privées. Ce groupe de sanctions vise toutes sortes de transactions, que la marchandise soit des armes ou des livres. Enfin, ces sanctions visent à entraver l’assurance des marchandises vendues. Même si des marchandises exportables trouvent preneur, leur vente devient impossible puisqu’elles sont trop difficiles à assurer. Donc, ensemble, ces trois niveaux de sanctions paralyseront économiquement le pays. Et ce n’est pas tout. Iran Air, le principal transporteur aérien, est aussi une des 50 compagnies subissant ces sanctions.

Néanmoins, les autorités américaines insistent pour dire que les sanctions ne nuisent pas à l’aide humanitaire et que leur cible n’est pas le peuple iranien, mais bien le gouvernement. Les contre-exemples sont pourtant nombreux : les couches de bébés sont devenues rares même juste après la déclaration des sanctions ; les familles dont les enfants étudient à l’étranger ne peuvent plus leur envoyer d’argent, et le gouvernement ne peut plus offrir de rabais étudiants. Et des exemples individuels sont aussi éloquents. En voici deux.

Elle s’appelle Tahereh. Elle vient de Téhéran. À l’âge de 60 ans, elle souffre d’un adénocarcinome du sein. Pour elle, les tests diagnostiques sont devenus quasi inaccessibles à cause d’une pénurie d’aiguilles de biopsie. Il va sans dire que cela pose des risques sérieux quant au succès des traitements prodigués, car il est d’une importance capitale que le cancer soit décelé le plus tôt possible. Malgré l’exemption apparente de ce genre de marchandise du régime des sanctions, les restrictions mises en place sur le secteur bancaire et, par conséquent, les transactions rendent l’obtention de ces produits très difficile.

Autre exemple : il s’appelle Damon, un jeune homme de 30 ans. Depuis dix ans, il travaille 44 heures par semaine dans le domaine de l’exportation-importation. Le résultat matériel de son travail n’est qu’une vie modeste avec sa mère dans le petit appartement de sa sœur, dans la capitale du pays. « Écoute, dit-il, on n’ose plus entrer dans le supermarché ! La dernière fois quand j’ai dit à maman que j’ai cassé les œufs en sortant du Métro, elle voulait pleurer ! Et je vais perdre mon boulot très bientôt. »

Visant un changement du régime, les autorités américaines veulent aussi la confrontation entre le peuple et les autorités iraniennes. Les gens comme Tahereh et Damon ne joueront aucun rôle dans cette confrontation. Sans les équipements nécessaires pour son traitement, la première sera littérairement morte. Sans la subsistance de base pour la vie quotidienne, les Iraniens comme Damon seront trop affamés et affaiblis pour être capables de se mobiliser contre l’injustice dont elles sont victimes.

Par contre, comme toujours dans ce genre de contexte, il y a sans doute certains qui bénéficient de cette situation. La vie de ces derniers n’est affectée par aucune sanction : la voie vers l’étranger est toujours ouverte pour eux.

Les autorités américaines nous assurent que ces sanctions ne sont pas les seules, et qu’il y aura une troisième série de sanctions. Étant donné la situation déjà injuste dans le pays (avec environ 80 millions d’habitants) la position contre l’entité géopolitique nommée Iran ne nous semble pas une étape vers la justice internationale pour le peuple de l’Iran, comme le prétendent les autorités américaines, mais bien l’injustice américaine contre ce peuple déjà souffrant.

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