Édition du 15 octobre 2019

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États-Unis

Nous ne sommes plus un état de droit Qu’arrive-t-il quand le Président n’obéit pas à la loi et tente d’en obliger d’autres à en faire autant

Joan Walsh, The Nation, 9 avril 2019
Traduction, Alexandra Cyr

Les remarques de la Secrétaire à la sécurité intérieure sortante, Mme Kirstjen Nielson, ne me touchent absolument pas. Je ne crois pas à l’enfer, mais s’il y en a un, il doit y avoir une section particulière pour ceux et celles qui appliquent des politiques cruelles et lancent des fuites dans les journaux pour expliquer comment leurs interventions ont permis que ce soit moins pire. (Jared et Ivanka Kushner devraient y occuper une suite avec Mme Nielson).

Elle veut que nous sachions qu’elle n’aurait pas appliqué les mesures illégales pour promouvoir les politiques vicieuses et destructives que le Président veut mettre en place à la frontière. Mais, en réalité, elle l’a aidé à contrevenir à plusieurs lois. (En faisant cette déclaration), elle ne voulait qu’empêcher d’éventuelles poursuites contre elle. Il faut aussi savoir que malgré ses déclarations à l’emporte-pièce, elle s’est présentée à la rencontre fatidique avec D. Trump dimanche soir, bien déterminée à conserver son poste. Il lui a demandé de démissionner. Alors, épargnez-moi ses tentatives de se décrire comme une sorte de sonneuse d’alarme en traitant le Président de « dérangé », même s’il l’a toujours été, surtout depuis le début de sa course raciste à la présidence il y a 4 ans. On rapporte qu’elle pensait aussi que le « néo nazi » de Santa Monica, Stephen Miller, « était un lunatique égocentrique qui détestait les bronzés.es ». Mme Kirstjen, parlez-nous de ce que nous ne savons pas déjà.

La chroniqueuse Michelle Goldberg du New York Times, formule ce que je voudrais dire : « laissons Mme Kirstjen de côté et assurons-nous que ses tentatives de promotion de son histoire de supposée moralité et de respect de la loi, échoue ». (Elle profitera probablement des retombées d’un gros contrat pour l’écriture d’un livre et de passages dans les télévisions câblées, mais nous pouvons essayer).

La nouvelle la plus importante qui soit sortie lundi matin, n’est pas le congédiement de Mme Nielsens, ou le départ du directeur des services secrets, M. Randolph Alles. (Il parait que D. Trump l’a surnommé « stupide » à cause de ses grandes oreilles). Les informations au sujet d’une purge au Département de la sécurité intérieure, (Homeland Security), maintenant dirigé par S. Miller, (conseiller à la Maison blanche) sont terrifiantes. CNN révélait hier, ce qui est encore plus alarmant, qu’au cours de sa visite à la frontière vendredi dernier, le Président Trump a fortement suggéré aux patrouilleurs.euses d’ignorer la loi et de renvoyer chez eux, les migrants.es qui demandaient à entrer (au pays) aux postes frontières légaux, officiels.

Ceci représente un effondrement terrifiant des pratiques du Président et du pays. Et il semble bien que nous ayons perdu nos capacités d’indignation. Le commandant en chef indique aux officiers.ères chargés.es d’appliquer la loi de na pas la respecter. Mais laissons cela pour le moment.

C’est aussi durant cette visite à Calexico en Californie, qu’il a déclaré avec ridicule : « Nous sommes saturés, notre pays est plein à ras bord, (vous) ne pouvez pas entrer ! Notre pays est rempli, que pouvons-nous faire ? Nous n’y arrivons plus, le pays est saturé. (Vous) ne pouvez pas venir, désolé. C’est très simple ».

Deux sources ont déclaré à CNN que le Président avait tenu sensiblement le même discours auprès des patrouilleurs.euses à la frontière. Il leur aurait dit : « Dites-leur que nous n’avons pas les capacités. Si les juges vous ennuient, répondez que vous ne pouvez faire autrement, qu’il n’y a pas de place ». Quand il a quitté, les commandants.es (sur place) ont correctement donné ordre de ne pas tenir compte de cette déclaration du Président et d’appliquer la loi.

Qu’arrive-t-il quand le Président enfreint la loi et pousse d’autres personnes à en faire autant ? C’était le nœud du scandale du Watergate qui a mené Richard Nixon à la démission. Même si je ne suis pas d’accord avec cela, il faut dire que c’était aussi le cœur de la procédure du Parti républicain pour la destitution de B. Clinton : il avait menti sous serment à propos de l’affaire (qu’il avait eue avec M. Lewinski) et semble-t-il qu’il aurait demandé à d’autres personnes de mentir, aussi sous serment, et donc d’enfreindre la loi.

Mais comme les Républicains.es contrôlent le Sénat en ce moment, il n’y aura probablement que des conséquences réduites (pour le comportement du Président Trump). Selon Politico lundi, les Sénateurs.trices républicains.es ont poussé quelques grands soupirs. Charles Grassley, président du Comité juridique du Sénat, a défendu les dirigeants.es du Département de sécurité intérieure : « Ce sont de bons fonctionnaires », mais pas Mme Nielson. La rumeur voulait que le Président l’ait poussée à la démission. Et il a ajouté : « Ensuite, au-delà des liens personnels que j’ai et des qualifications qu’ils et elles ont, ce sont les assises intellectuelles de ce que le Président veut faire eut égard à l’immigration ».

Le Sénateur du Texas, John Cornyn, a déploré en toute inefficacité : « C’est un bourbier ». Celle de l’Iowa, Joni Ernst, a défendu Mme Nielson et plaidé pour la « continuité ».

Il vaut la peine de s’arrêter pour voir avec quelle gentillesse ces Sénateurs.trices corrigent le Président. M. Grassley déclare que les gens que le Président vise vont en fait l’aider à « réaliser » ses buts hostiles en immigration. Mme Ernst veut la « continuité ». En grande partie, pendant que le Président se comporte comme un intimidateur capable d’enfreindre la loi, sa position en immigration est devenue celle des Républicains.es importants.es. Il faut se rappeler 2012, alors que le candidat de ce Parti, Mitt Romney, actuellement Sénateur « modéré » de l’Utah, défendait des politiques qui auraient poussé les immigrants.es sans papiers à « l’auto-expulsion ». Ces politiques leur auraient rendu la vie dans le pays si désagréable que de retourner dans leur pays aurait été une meilleure solution.
C’est exactement ce que D. Trump tente de faire à la frontière, avant même que les migrants.es et les revendicateurs.trices du statut de réfugié n’entrent dans le pays. Il a, de bien des manières, poussé pour introduire des politiques encore pires que celles mises en vigueur par l’ancien Procureur général, le général Jeff Sessions l’an dernier. Il voulait la séparation des familles non seulement si elles tentaient d’entrer au pays illégalement mais même si elles demandaient l’asile légalement en se présentant aux postes frontièresofficiels. Le Président a aussi voulu que les familles sans papiers soient séparées même si elles vivaient déjà aux États-Unis. Un haut fonctionnaire a déclaré à CNN : « Il veut séparer les familles à tout prix », parce qu’il croit que cette cruauté va décourager l’immigration.

Pour moi cela ressemble terriblement à « l’auto-expulsion ».

Bien sûr, ces politiques cruelles ne donnent rien. Les entrées sont toujours en hausse et donc, la malheureuse Mme Nielson perd son poste.

Les Républicains.es ne feront rien avec les transgressions légales de D. Trump, mais les Démocrates doivent agir. Je suis convaincu que la myriade d’enquêtes à propos de l’intervention de la Russie (dans l’élection présidentielle de 2016) tout autant que celles concernant les finances du Président et ses possibles décisions d’affaires illégales, sont non seulement justes, mais nécessaires. Mais les tentatives de D. Trump de passer outre aux lois sur l’immigration méritent plus d’indignation et donc plus de vérification.

(…) Ils doivent convoquer Mme Nielson et d’autres hauts fonctionnaires du Département de sécurité intérieure, en poste ou non, pour clarifier comment le Président enfreint d’autres lois. Notre auto-désigné Président de « la loi et l’ordre », qui a fait campagne en promettant de renforcer les lois sur l’immigration, est devenu un hors la loi. Si le Congrès ne fait rien, nous ne serons plus un état de droit.

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