Édition du 31 janvier 2023

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Le Monde

ONU - COP27 – FIFA – Le Devoir est contre…

Par Pierre Jasmin

Qatar : l’audace artistique de la cérémonie d’ouverture présente …pour une Coupe du Monde (!) un dialogue de Morgan Freeman avec un cul-de-jatte doué d’une grande présence scénique !

1-Depuis la fin février, Le Devoir approuve la politique canadienne d’envois d’armes en Ukraine et la position guerrière de l’OTAN, en faisant motus et bouche cousue sur tous nos appels à la négociation vus par son « spécialiste international » François Brousseau comme appels à la capitulation. A-t-il droit à son opinion militariste, jour après jour, sans laisser place à la contradiction ? NON, car cela devient une odieuse propagande ! Le Devoir cache les opinions contraires de la Chine, de l’Inde, de la majorité des pays d’Afrique et d’Amérique du Sud, de Pugwash, de l’Agora des Habitants de la Terre, du Cercle universel des Ambassadeurs de Paix, du Secrétaire général des Nations-Unies, du pape, d’Échec à la guerre (sauf quand l’organisme paie pour le 11 novembre une annonce très chère !), de Riccardo Petrella et de Noam Chomsky qui appellent, unanimes avec les Artistes pour la Paix, à NÉGOCIER1. Une véritable honte !

2-Grand titre du DEVOIR à la une du 21 novembre, la Cop27 « otage » de l’industrie fossile a pour résultat de jeter du discrédit sur la COP27 qui représente la seule chance de la planète de trouver une solution commune grâce à l’ONU. Le vrai titre « le Canada peut être montré du doigt » avec son ineffable ministre des sables bitumineux Steven Guilbeault, se trouve dans l’article, mais cela aurait pris du courage politique de l’utiliser. Le journal a préféré jeter en pâture l’organisme international à tous ceux qui fréquentent les kiosques à journaux en lisant les titres du coin de l’œil. L’autre point majeur de l’article, «  la création d’un fonds destiné à compenser les dégâts climatiques est malgré tout salué par les participants  », a été amputé du salut d’Antonio Guterres déclarant : « De toute évidence, cela ne suffira pas, mais c’est un signal politique indispensable pour reconstruire la confiance brisée. Les voix de ceux qui sont en première ligne de la crise climatique doivent être entendues », renchéri par le président de la COP, Sameh Shoukry : « la diplomatie multilatérale fonctionne toujours… malgré les difficultés et les défis de notre époque, les divergences de vues, le niveau d’ambition ou d’appréhension, nous restons engagés dans la lutte contre le changement climatique… nous nous sommes montrés à la hauteur, nous avons assumé nos responsabilités et pris les importantes décisions politiques décisives que des millions de personnes dans le monde attendent de nous. Cela n’a pas été facile. Nous avons travaillé 24 heures sur 24. Longues journées et nuits. Tendus, mais unis en travaillant pour un objectif supérieur, un objectif commun auquel nous souscrivons tous et que nous aspirons tous à atteindre. En fin de compte, nous avons livré. »

Pourquoi ne pas avoir loué la difficile préservation du 1.5 degré comme limite au réchauffement à viser ? Donner de l’espoir à l’humanité n’est pas dans l’intérêt commercial des journaux qui se targuent d’une objectivité pessimiste qui sied aux conservateurs inertes (sujet débattu par La Fédération des Journalistes sans conclusion). Enfin, Trudeau nie qu’il y ait ingérence politique chinoise dans nos élections, après avoir laissé nos médias et la Chambre des Communes gloser là-dessus pendant des jours, à propos de son algarade échangée avec Xi Jingpin. Mais les quatre mordus de politique à Radio-Canada, à part Françoise Boivin plus nuancée, affirment qu’il n’y a pas de fumée sans feu et se lancent dans des plaisanteries sans fin sur la Corée du Nord non démocratique.

Jean-François Nadeau, toujours passionnant à lire dans Le Devoir, trace le 21 novembre un parallèle saisissant entre une vie humaine exploitée, son grand père, et un site minier abandonné, une superbe allégorie, provoquant une vive émotion. Pourquoi faut-il qu’il la gâche par sa conclusion pessimiste visant l’Autorité internationale des fonds marins (AIFM), instance onusienne créée en 1994, pour, avec ses 168 pays dont le Canada, règlementer l’évitement de "la destruction d’organismes vivants, la disparition d’habitats et des formations de panaches sédimentaires, auxquelles s’ajoutent les conséquences de fuites hydrauliques, et les effets produits par le bruit et la lumière de ces activités" ? Voici sa conclusion pessimiste : "L’avenir a-t-il à être miné de la sorte ?!?"

3-FIFA. Là, je sens que je serai loin de recueillir l’unanimité. Brousseau encore : « Cette Coupe du monde résume et concentre en elle les crises de notre époque. Mercantilisme. Corruption et argent-roi. Inégalités et exploitation. Atteintes à l’environnement. Islam politique et choc des cultures. Le président français a eu beau plaider, jeudi, qu’« il ne faut pas politiser le sport », le tournoi 2022 de la FIFA est champion toutes catégories de la politisation et du scandale. Le scandale d’attribution de la Coupe 2022 a remonté très haut. En 2010, le Qatar était un client potentiel de la France pour l’achat d’avions de chasse. Lors d’un repas célèbre en novembre de cette année-là, le président Nicolas Sarkozy aurait dit à Michel Platini quelque chose comme : «  Arrange-toi pour que le Qatar obtienne cette Coupe, on aura ensuite de beaux contrats. » Quelques jours plus tard, c’était dans la poche. (…) La Coupe 2022, c’est aussi le terrible feuilleton de l’exploitation sur les chantiers de construction : contrats défavorables, travail asservi sans droit de démissionner, salaires très faibles, employés enchaînés à leurs dortoirs, chantiers pharaoniques où il s’agissait de tout construire à partir de zéro (huit stades flambant neufs ou rénovés). Des chantiers sur lesquels pas moins de 6500 ouvriers étrangers auraient trouvé la mort. Par des accidents du travail, mais aussi par de nombreux cas d’insolation — les températures atteignant parfois les 50 degrés. Et puis encore : l’alcool interdit aux abords des stades, la sortie de l’ambassadeur qatari à la FIFA contre les homosexuels (« esprits dérangés » qui devront se retenir), les appels à une « tenue décente » des visiteuses, les derniers rapports d’ONG sur l’absolutisme politique et les droits des femmes au Qatar…Choc de l’islam conservateur, autoritaire et misogyne avec l’orgie de la modernité décadente et mercantile : un cocktail détonant qui n’empêchera pas, une fois de plus, la moitié de l’humanité de s’abandonner à cette folie quadriennale (…) qui se passe dans des stades climatisés, une orgie de dépense énergétique considérable, dans un pays déjà champion du monde des émissions de gaz à effet de serre par habitant. » On aimerait qu’il rappelle les propres records canadiens en ce sens. Le reste est bien envoyé.

En conférence de presse samedi, au Qatar, le président de la FIFA Gianni Infantino a choisi de dénoncer « l’hypocrisie » des critiques occidentales envers la Coupe du monde. Il a vanté les hausses de salaires et les progrès pour les droits de la personne obtenus dans ce domaine par la FIFA. Alors que son directeur de la communication, Bryan Swanson, a bouclé la rencontre avec les médias en se présentant comme un homme gai, au Qatar, «  tout le monde est le bienvenu, c’est notre exigence », a répété Infantino. « Ne divisez pas, le monde est suffisamment divisé. Nous organisons une Coupe du monde, pas une guerre. »

Plutôt d’accord, même si ses arguments « contre les leçons de morale, toujours dans le même sens, c’est simplement de l’hypocrisie », se retournent contre lui et contre tous les critiques qui oublient l’histoire : ce sont les colonisateurs, principalement le Royaume-Uni, qui ont dépecé la carte du Moyen-Orient avec des royautés dans les territoires exigüs du Koweit, du Qatar, du Bahreïn et des Émirats Arabes Unis aux réserves de pétrole exploitées par les États-Unis, heureux d’y voir souffrir des micropopulations qui ne peuvent pas compter sur des jeux démocratiques pour remettre en question les pouvoirs.

Quant au sport comme les arts, il nous séduit infiniment :
 les deux buts magnifiques de l’Arabie saoudite contre l’Argentine nous réconcilient avec le régime honni : ce n’est pas rien comme exploit ;
 le 1-1 des États-Unis contre le Pays de Galles et les 0-0 entre le Danemark et la Tunisie et entre le Mexique et la Pologne montrent un soccer actif de très haut niveau (on ne peut pas en dire autant du Qatar qui méritait amplement sa défaite 2-0) ;
 le Sénégal, entraîné tout le long de son match par l’énergie des tam-tams dans les gradins, ne méritait pas la sienne 2-0 contre les Pays-Bas ;
 les deux brillantes victoires avec panache de l’Angleterre et de la France promettent de futurs affrontements flamboyants ;
 la défaite surprenante de l’Argentine et la blessure de Lukaku laisse pour demain un très léger espoir de victoire (établi à 16% par les preneurs aux livres) aux Canadiens contre l’équipe de la Belgique (Hasard, Courtois et Tintin-DeBruyne).
Vive le Mondial !

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