Édition du 10 décembre 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Syndicalisme

Entrevue avec Daniel Simard, président par intérim du Syndicat des cols bleus de Québec

"On veut faire une négociation propre et être entendus à une table de négociations où les deux parties signent une entente"

La plainte du SCFP

(Tiré du journal Le Marxiste-Léniniste)

Daniel Simard : Ce que je voulais dire c’est qu’à partir du moment où les cols bleus se font comparer avec les autres secteurs ouvriers de la ville ou de la province, on établit des comparaisons qui ne tiennent pas la route. À notre avis il faut comparer le municipal avec le municipal. On se fait dire qu’on a des conditions supérieures à celles des employés du gouvernement du Québec, mais notre travail n’est pas comparable. On fait des services d’eau potable, des services d’aqueducs et d’égouts, on creuse dans des endroits restreints avec du gaz, etc. C’est un travail particulier au monde municipal.

Nos opérateurs de niveau 1 qui sont à la ville sont des gens qui gagnent 24,50 $ de l’heure en plus des avantages sociaux. Nos salaires présentement sont de 20,50 $ pour un journalier alors que pour les techniciens, les mécaniciens et les gens de métier 26,97 $ est le salaire maximum qu’un col bleu peut gagner à la ville de Québec. Comme tu le sais sûrement, dans le privé les travailleurs dans ces métiers gagnent beaucoup plus cher que nous.

Les métiers qui sont pratiqués à la ville, ce sont des métiers similaires à ceux qui sont pratiqués dans la construction, similaires à des concessionnaires de véhicules lourds qui emploient des mécaniciens ou des électriciens. Nos gens de métier sont sous-payés par rapport à tout ce monde-là. Ce ne sont certainement pas des salaires à tomber sur la tête. Ce sont des salaires pour faire vivre des familles bien correctement. Quand on parle de 27 $ de l’heure, on ne peut pas dire que les gens qui vont travailler à la ville pendant 35 ans ont fait un vol. Nos cols bleus donnent un excellent service à la ville. Même les sondages ont montré un haut taux de satisfaction du public par rapport à notre travail. C’est certain qu’on peut toujours s’améliorer encore, mais on donne un très bon service à la ville.

LML : Quand tu parlais de fausse représentation à la manifestation, tu parlais aussi de fausse représentation par rapport aux négociations.

DS : Normalement tu parles d’une négociation quand elle est finie. Nous on est obligé d’en parler parce qu’il se dit plein de faussetés. On a des ententes qui sont signées ou sont en voie de l’être. Le maire Labeaume nie cela quand il parle aux médias, comme s’il n’y avait pas d’ententes qui ont été faites à la table de négociations.

La semaine de travail fait l’objet d’une entente à la table de négociations. Prenons l’exemple de la pause pour le dîner. Oui c’est vrai que sur l’heure du midi on a une demi-heure pour dîner pour laquelle on est rémunéré. Mais notre patron a accès à nos travailleurs sur l’heure du dîner. Si demain il y a du travail à faire sur l’heure du midi, on est obligé de le faire. Dans la convention actuelle, si nos patrons ont besoin d’un mécanicien ou s’il neige et il y a une saleuse qui vient de briser sur l’heure du dîner, le mécanicien va devoir travailler sur son temps de dîner et prendre son dîner plus tard. C’est une obligation qu’on a dans la convention collective. C’est un service à la ville. Ma convention me dit que je dois être disponible pour la ville. Cette question est réglée alors que le maire essaie d’aller chercher plus. Mais les gens qu’il a envoyés à la table de négociations ont accepté de nous laisser avec la rémunération du midi parce que cela fait l’affaire de la ville.

LML : Qu’en est-il de la question de vos pensions sur laquelle le maire Labeaume et les médias font beaucoup d’hystérie ?

DS : On sait tous que les régimes de retraite sont un enjeu majeur. Nous on cotise dans un régime de retraite qui est à 2,4 % (2,4 % du salaire moyen pour chaque année de service cotisée — exemple : 20 années de service égalent 20 fois 2,4 % = 48 % du salaire- note du LML). Les faussetés que l’on entend c’est que nous autres à la ville de Québec on aurait un régime gras dur qui nous donne du 110 % de notre salaire. N’oubliez pas que quand on arrive à l’âge de 65 ans, le régime qui était à 2,4 %, tombe à 1,6 % alors que tu touches ta pension de vieillesse. On a une baisse de notre fonds de pension à ce moment-là et on l’a acceptée parce qu’on s’est dit que ça va avantager ceux qui sont entrés jeunes à la ville.

Quelqu’un comme moi qui est entré tard à la ville va vivre d’autres conditions. J’ai d’abord cotisé dans un fonds de pension qui est celui de l’ex-ville de Beauport, qui est à 2 % et est intouchable à 65 ans, puis j’aurai cotisé 15 ans dans le fonds de pension de la ville de Québec qui est à 2,4 % mais quand j’atteindrai 65 ans je vais tomber à 1,6 % pour mes 15 années de travail à la ville de Québec. Ce n’est pas vrai qu’on a 2,4 % pour le restant de nos jours.

Nous avons fait une concession à la table de négociations sur la question de l’avenir des régimes de retraite. Nous avons mis en réserve le 2 % d’augmentation de salaire qui nous est dû pour l’année qui suit la terminaison de notre convention collective, laquelle s’est terminée en décembre 2010. On a dit qu’on est prêts à se priver de ce 2 % d’augmentation qui couvre l’année 2011, on vous le laisse pendant 15 ans de temps. On ne prendra pas le 2 %, on va se faire une réserve avec cela pour la verser au déficit des fonds de pension si jamais il y a des déficits futurs. S’il n’y a pas de déficits, alors on va le reprendre.

LML :Qu’est-ce que les cols bleus demandent dans ces négociations ?

DS : Nous, la bataille qu’on veut faire, c’est qu’on veut faire une négociation propre et être entendus à une table de négociations où les deux parties s’entendent sur des conditions par rapport à telle ou telle situation. On ne veut pas faire de démagogie, comme de dire qu’on a des salaires qui frôlent le 50 $ de l’heure avec nos avantages sociaux. À la table, c’est une négociation. On fait des gains et on fait des pertes. C’est normal.

Quand ils disent que c’est impossible de négocier avec nous, c’est faux. Notre augmentation de salaire de 2011 on ne l’aura pas si jamais cela ne va pas bien avec les fonds de pension. Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’on était déjà assis à une table de négociations. On s’en allait vers une entente fort probablement en dedans de 4-5 mois. C’était possible parce qu’on sentait qu’il y avait de l’ouverture d’esprit et nous aussi on avait de l’ouverture d’esprit.

LML : Qu’est-ce que tu veux dire en conclusion ?

DS  : On est une ville où on donne de bons services malgré le climat de travail qui est très pénible en ce moment. On est capables de donner un service adéquat malgré tout ce qui se dit sur nous. On est un syndicat qui est capable de maîtriser ses membres et donner un bon service à la ville malgré le contexte.
Si jamais les régimes de retraite sont lapidés, c’est l’avenir qu’on détruit. Il faut continuer à vivre après qu’on ait atteint l’âge de la retraite. S’il n’y a plus de régimes de retraite, c’est la société qui doit tout prendre sur son dos et ça n’est pas normal.

À travers le Canada, il y a un mouvement de solidarité parmi les travailleurs en notre faveur parce qu’ils sentent qu’il y a de l’injustice qui se fait contre nous, de la démagogie totale envers les employés municipaux. On sent l’appui de toutes les instances syndicales envers nous.

En terminant je veux dire que la question des services est très importante. Même si on est rentable, on sait que ce que la ville veut faire c’est continuer à mettre des « plasters » dans l’entretien de la ville et donner des emplois à la sous-traitance. Je pense qu’une place de travail va bien quand le patron a de bonnes idées et qu’il est capable de les mettre en pratique avec son personnel. Quand il le fait faire par d’autres, ça ne marche pas. Quand on fait faire les choses à l’interne, les idées passent beaucoup et on assiste à de la création d’emplois et ça n’est pas ce qui se passe avec le privé.

Jamais l’entreprise privée ne va venir à la ville pour donner un service à la population sauf pour faire de l’argent. Ce dont la ville a besoin c’est du service à la population. Le meilleur service à la population c’est avec un col bleu qu’on l’obtient, pas avec l’entreprise privée.

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La plainte sera entendue le 2 décembre - Communiqué du Syndicat canadien de la fonction publique, le 22 octobre 2013 -

C’est le 2 décembre que la Commission des relations du travail entendra les plaintes contre la Ville de Québec et le maire Régis Labeaume. La Commission des relations du travail du Québec (CRT) vient de convoquer la Ville de Québec et le Syndicat des cols bleus à une audience qui se tiendra le 2 décembre, à compter de 9 h 30.

Cette convocation fait suite aux plaintes signifiées plus tôt ce matin à la Ville de Québec et à son maire Régis Labeaume. Ce sont des plaintes pour ingérence dans les affaires syndicales et pour négociation de mauvaise foi en vertu, notamment, des articles 12 et 53 du Code du travail du Québec. Cette requête a été transmise à la CRT, le tribunal spécialisé en cette matière.

Vendredi, le Syndicat des cols bleus (SCFP 1638) et le SCFP avaient mis en demeure le maire Régis Labeaume de retirer les propos qu’il avait tenus à leur endroit.

Loin de se rétracter, le maire a assumé pleinement ses propos. En point de presse vendredi (18 octobre), il a déclaré : « On a bien choisi nos mots, on a pesé nos mots et on ne reviendra pas là-dessus. »

Du côté syndical, on rappelle que les employés cols bleus essuient régulièrement les remontrances, les insultes et les sarcasmes de citoyens. Pour les représentants syndicaux, il est clair que les déclarations incendiaires de Régis Labeaume y sont pour quelque chose.

D’autres poursuites sont présentement en préparation par les avocats du SCFP qui procèdent à l’évaluation des dommages subis par les syndicats et les salariés.
Signalons que le 10 septembre, la Ville de Québec suspendait unilatéralement les négociations en cours avec les syndicats de ses employés. Pour justifier cette décision, le maire Régis Labeaume avait déclaré en point en presse : « On ne veut pas que le syndicat se serve de la campagne électorale pour faire pression sur nous autres. » Depuis cette date, il a fait des négociations avec ses employés le thème principal de sa campagne.

La mise en demeure du SCFP et des cols bleus demandait au maire de Québec de se rétracter « et de cesser de profaner la réputation » des cols bleus et de leurs syndicats. On pouvait aussi y lire que les propos de Régis Labeaume, notamment ceux tenus et diffusés le 15 octobre, sont « mensongers et diffamatoires et ne visent qu’à une seule chose : ternir gratuitement la réputation de notre client, son intégrité, sa crédibilité et sa probité pour [...] des fins bassement électorales. »
Les cols bleus de Québec sont au nombre d’environ 1100. Leur convention collective est échue depuis le 31 décembre 2010.

Les négociations entre la Ville de Québec et ses cols bleus ont commencé en février 2011. Depuis cette date, les parties syndicale et patronale ont tenu 40 séances de négociation, dont 31 en présence d’une médiatrice nommée par le ministère du Travail. Du 24 mai 2012 au 21 décembre 2012, les cols bleus ont exercé une grève des heures supplémentaires. Ils n’avaient pas exercé de droit de grève depuis plus de 25 ans.

Comptant plus de 111 000 membres au Québec, le SCFP représente environ 70 % de l’ensemble des employés municipaux au Québec, soit 30 500 membres. Le SCFP est de plus présent dans les secteurs suivants : les affaires sociales, les communications, l’éducation, l’énergie, les sociétés d’État et organismes publics, les transports aérien et urbain, le secteur mixte ainsi que les universités.

LML

Le marxiste-léniniste

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