Édition du 13 avril 2021

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Sciences

Politique et diplomatie... Extra-terrestres

Le robot roulant Rover vient de se poser sur la planète Mars. Sa principale mission : essayer d’y déceler des traces de vie ancienne. Depuis une soixantaine d’années, les principales puissances mondiales (États-Unis, URSS à l’époque, maintenant la Chine et l’Union européenne) ont expédié un nombre élevé d’engins dans l’espace, dont certains habités. L’homme a même trouvé le moyen de mettre le pied sur notre satellite, la Lune en 1969. On peut croire que ce n’est qu’une question de temps avant que des ressortissants d’autres États s’y rendent et que des expéditions habitées atteignent aussi Mars.

Certains et certaines jugent que tout cet effort est vain, qu’il détourne l’attention des problèmes qui frappent nos sociétés et que l’argent investi dans ce secteur serait mieux investi ailleurs.

Je ne suis pas de cet avis. Bien entendu, la lutte contre les difficultés aiguës qui nous affligent ici est importante et même prioritaire, mais l’étude et l’exploration du cosmos me semblent fondamentales. Elles ouvrent des perspectives élargies sur nous-mêmes et notre avenir, tant sur le plan des connaissances scientifiques (qui ne se limitent pas à détecter des formes de vie ailleurs) que sur celui du regard renouvelé que ces initiatives peuvent nous permettre de jeter sur ce que nous sommes et sur nos possibilités.

On pourrait comparer (avec les bémols qui vont de soi) l’éventuelle colonisation des planètes voisines à celle des Amériques au seizième et dix-septième siècles par les Espagnols, les Portugais, les Britanniques, les Français et les Néerlandais ; elle a entraîné le décloisonnement de l’Europe et constitué le tremplin permettant le premier processus de mondialisation, pour le meilleur et pour le pire, mais il y a une importante différence cette fois ci
 : les autres planètes de notre système solaire sont inhabitées. On sait à présent qu’aucune forme de vie évoluée, peut-être même aucune forme de vie tout court, ça reste à vérifier, n’y existe. Donc, pas de dépossession en vue au détriment d’hypothétiques sociétés extra-terrestres.

Mais les puissances qui se lanceront tôt ou tard dans l’aventure de la colonisation extra-terrestre (c’est dans l’ordre des choses) vont y exporter aussi leurs caractéristiques politiques, sociales, économiques. Des questions de souveraineté seront centrales dans cette mainmise sur d’autres planètes.

Le processus débutera sans doute par l’établissement de simples bases sur la Lune, puis sur Mars. Titan, un satellite de Saturne suivra peut-être, en dépit de la distance, vu une certaine ressemblance de son atmosphère avec celle qui régnait sur la Terre au début de son histoire.

Un protocole international concernant la colonisation des planètes voisines de la nôtre s’imposera au préalable, si on veut éviter une anarchie dangereuse et même destructrice découlant d’une rivalité effrénée entre États pour mettre la main sur le plus possible de territoires extra-terrestres : définir le statut politique, diplomatique constitutionnel et juridique de ces bases. Les gouvernements concernés vont inévitablement y exporter leurs ambitions dès que leurs moyens financiers et technologiques le leur permettront, comme la Grande-Bretagne, la France, l’Espagne et le Portugal l’ont fait autrefois dans les Amériques.

Quand certaines de ces bases se transformeront à long terme en colonies de peuplement, elles s’étendront forcément. Le caractère très limitatif pour la vie sur la Lune et celui, un peu moins sur Mars, ne représenteront sans doute pas indéfiniment un obstacle infranchissable pour l’expansion démographique de ces établissements. Certains scientifiques évoquent même la possibilité dans un avenir encore lointain certes, de rendre l’atmosphère de Mars respirable, ce qui est plausible.

Chose à peu près certaine, ces établissements devront acquérir une autonomie croissante au fil des décennies afin de ne plus dépendre exclusivement des subventions gouvernementales de leur mère-patrie située sur Terre, ce qui suppose l’exploitation des ressources minières locales et une forme de commerce avec les métropoles de leur planète d’origine. Les gouvernements de celle-ci ne consentiront pas à financer intégralement pour de bon leurs "colonies" lunaires ou martiennes, sauf peut-être les bases de recherche scientifiques, et encore. À partir d’un moment donné, ils vont exiger (ou accepter) que les "colonies" acquièrent une certaine autonomie politique et en conséquence qu’elles soutiennent sur le plan monétaire les bases de recherche, voire les intègrent au moins sur le plan administratif. Tout ceci est encore très conjectural, mais cette évolution semble logique. On peut l’envisager.

Si un protocole d’entente international n’est pas établi au sujet de la fondation de bases scientifiques et de colonies sur la Lune et sur Mars, de graves problèmes de compétition entre grandes puissances vont surgir et peut-être même compromettre la continuation de l’exploration spatiale.

Par exemple, si les États-Unis et la Chine, grands rivaux, parviennent un jour à fonder des bases et des colonies sur Mars, comment se partageront-ils le "gâteau martien" ?

La diplomatie qui régit les rapports entre états sur la Terre va devoir se pencher sur la régulation des établissements extra-terrestres. Une nouvelle spécialisation d’études internationales en vue dans les facultés de droit de nos universités !

Il faudra aussi s’occuper de protéger l’environnement de ces planètes, qui sera peut-être menacé par les activités économiques et technologiques des colonies. La rapacité humaine ne disparaîtra pas quand des gens vont s’établir sur des planètes voisines de la nôtre. Mars en particulier se révélera plus vulnérable à la pollution que la Lune en raison des possibles ressources minières qu’elle recèle et de son atmosphère ténue, fragile Contrairement à notre satellite, il ne s’agit pas d’un monde purement minéral. Il y a peut-être déjà eu de l’eau à sa surface et il en existe peut-être encore en dessous.

Regardons encore plus loin dans le futur pour examiner l’évolution des sociétés extra-terrestres : dans plusieurs décennies (ou peut-être quelques siècles),quand les progrès de la technologie auront rendu l’atmosphère martienne respirable et permis l’expansion démographique de sociétés complexes : rien ne garantit que certaines d’entre elles ne déclareront pas leur indépendance par rapport à leurs métropoles terrestres, comme la plupart des sociétés coloniales américaines l’ont fait vis-à-vis de leurs métropoles européennes. Ou que certaines l’acquerront par étapes, au fil des décennies.

Dans les Amériques, on qualifie les États européens de "vieux pays". Dans quelques siècles, ou même avant, dans certains pays martiens on parlera peut-être de la Terre comme de "la vieille planète".

Jean-François Delisle

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