Édition du 18 mai 2021

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Asie

Pakistan : après les inondations, le défi sanitaire

Triste rentrée des classes au Pakistan : selon le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef), les inondations qui frappent le pays depuis juillet ont détruit ou endommagé 8 151 écoles, tandis que 5 600 sont utilisées pour héberger plus de 1,2 million de sinistrés.

Après les dernières crues survenues dans la province méridionale du Sind, au moins 10 millions de personnes, estime l’Organisation des Nations unies, sont désormais sans abri. A ce jour, le gouvernement pakistanais fait état de 1 760 morts. Mais ce bilan n’a pratiquement pas été révisé depuis un mois, et les experts craignent qu’il s’alourdisse à mesure que les eaux se retireront des régions du sud, où elles menacent encore des centaines de milliers d’habitants.
A la suite des pluies torrentielles de la mousson, qui ont gonflé les rivières et fleuves jusqu’à 40 fois leur volume normal, plus de 20 % du territoire
pakistanais ont été inondés, soit l’équivalent de la surface de l’Angleterre. Plus de 21 millions de personnes ont été affectées (près de 12 % de la population), et 3,6 millions d’hectares de culture ont été recouverts par les eaux.
Une catastrophe naturelle d’une ampleur inédite, dont la durée comme l’étendue, dans ce pays en partie montagneux où des milliers de routes et de ponts ont été détruits par les flots, compliquent singulièrement l’organisation des secours.

« Les inondations ont commencé le 22 juillet au Baloutchistan, rappelle Thomas Conan, chef de mission au Pakistan pour Médecins sans frontières (MSF). Elles ont ensuite touché le nord-ouest du pays, puis le centre, puis le sud où elles continuent encore aujourd’hui d’engloutir des villages et de déplacer les populations. Cette détérioration progressive d’une grande part du pays est très difficile à gérer, car elle suppose toujours plus d’énergie, toujours plus de ressources et une réactivité permanente. »

Basé à Hangu, au nord-ouest du pays, l’humanitaire note dans cette région comme dans le centre une légère diminution des cas de diarrhées aiguës. Le risque d’une épidémie de choléra, très redoutée dans ce pays où la maladie est endémique, semble donc s’éloigner.

Dans le centre et dans le sud du pays, « on observe en revanche une augmentation des cas de paludisme, ajoute M. Conan, et on a découvert dans plusieurs régions, notamment au nord du Sind et au sud du Baloutchistan, une situation de malnutrition plus grave que ce à quoi on s’attendait ». Au point que MSF a ouvert il y a deux semaines à Sukkur, dans le Sind, un centre de nutrition thérapeutique d’une trentaine de lits afin de prendre en charge les cas les plus sévères chez les enfants de moins de 5 ans.

« Depuis le début des inondations, on assiste à l’augmentation de trois types de pathologies : les maladies respiratoires (pneumonies), les infections cutanées et les maladies diarrhéiques », précise Olivier Bernard, président de Médecins du monde, dont les équipes ont mis en place une dizaine de cliniques mobiles dans le nord-ouest du Pakistan. L’ONG est également venue porter renfort aux deux hôpitaux du district de Kohat, afin d’y accélérer le traitement des maladies diarrhéiques. Une soixantaine de patients y sont reçus chaque jour depuis deux semaines, « ce qui est beaucoup ».

Dans le nord, l’est et le centre, régions inondées dès le début des pluies, les eaux se sont désormais retirées, laissant apparaître des dégâts considérables. « Les hommes sont rentrés en premier pour évaluer les dégâts et sont maintenant rejoints par leurs familles », raconte Mohamed Mechmache, coordinateur d’urgence au Pakistan pour Action contre la faim (ACF). « Beaucoup découvrent qu’ils ont tout perdu : leurs semis, leurs récoltes, leur bétail et leur outil de travail. » A Nowshera, l’un des districts les plus touchés, les cultures de tabac et de maïs sont restées debout, figées par la boue.

Partout, l’aide arrive trop lentement. Et plus encore dans le nord, à la fois région de montagne et théâtre d’un conflit armé. Mais si les besoins restent immenses, l’heure est déjà à la réhabilitation.

Les équipes d’ACF organisent ainsi chaque jour la distribution d’eau potable auprès de plusieurs dizaines de milliers de personnes, en utilisant des moyens adaptés à chaque situation : distribution par camion, installation de pompes, de réservoirs souples et de rampes de distribution, ou encore réparation des points d’eau et des systèmes d’irrigation endommagés.

Il en va tout autrement dans le sud du pays, où le niveau des flots continue d’augmenter. Contrairement aux populations du nord qui avaient été prises de court par les intempéries, ici, l’essentiel des villageois ont été évacués par l’armée, qui a également aménagé des zones de refuge pour les accueillir.
Mais ces populations, déplacées par centaines de milliers, manquent de tout : de soins, d’eau potable, de nourriture. Et la vigilance en matière de surveillance épidémiologique et nutritionnelle s’imposera d’autant plus dans les semaines et les mois à venir que les eaux, dans cette région de plaine, mettront plus de temps à se retirer que dans le nord.

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