Édition du 4 octobre 2022

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Environnement

Parlons justice environnementale

Si on vous dit que la plus haute autorité en matière de climat (le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, le GIEC) a produit un rapport complet sur la question cette année et qu’une loi est sur le point d’être adoptée au fédéral sur le même sujet, de quoi s’agit-il ? Vous ne le saurez probablement pas, et c’est normal. Parce qu’au Québec, la justice environnementale, ça n’a pas l’air de nous concerner.

Léa Ilardo est de la Fondation David Suzuki et Claudel Pétrin-Desrosiers de l’Association québécoise des médecins pour l’environnement.

Pourtant, le Québec ne peut plus ignorer les nombreux cas d’injustices environnementales qui façonnent son territoire. Il y a les cas évidents, médiatisés après des années de travail bénévole fourni par les communautés locales qui en sont victimes (pensons aux populations exposées aux rejets toxiques de la Fonderie Horne à Rouyn-Noranda, aux poussières de métaux lourds de Limoilou à Québec, ou à l’est de l’île de Montréal), mais aussi tous les autres dont nous n’entendons pas parler.

Un hasard géographique ?

Les injustices environnementales mettent en lumière le fait que certaines communautés supportent un fardeau inéquitable et disproportionné de dommages et de risques environnementaux : par exemple, à cause d’industries polluantes installées à proximité de chez elles, ou encore, parce qu’elles résident dans des îlots de chaleur où le mercure grimpe beaucoup plus vite que dans les quartiers voisins bien verdis (qui eût cru que les arbres constituent un des meilleurs alliés face aux vagues de chaleur ?).

En plus, on remarque que très souvent, ces mêmes communautés n’ont pas accès à l’information et à la prise de décision vis-à-vis d’activités pouvant affecter leur santé et leur environnement.

Qu’ont-elles en commun ? Ce sont très souvent des populations à faible revenu, racisées, autochtones, qui sont également exposées à d’autres formes d’inégalités sociales et économiques, et dont la santé est menacée par différents risques.

En somme : ce sont toujours les mêmes communautés qui paient, alors qu’elles sont par ailleurs les moins responsables de la pollution et les moins émettrices de gaz à effet de serre.

L’urgence de l’équité

Maintenant que le doute est levé quant à la présence d’injustices environnementales au Québec, pourquoi est-il si important de parler de la justice sociale, des droits des peuples autochtones, de la santé, lorsqu’on parle d’environnement ?

D’abord parce que la crise climatique nous force à repenser nos modes de production et de consommation énergétiques pour nous tourner vers une décarbonation de l’économie. Or, cette décarbonation peut être tout aussi dommageable, sinon plus, pour l’environnement et les populations locales, qu’un statu quo alimenté par des combustibles fossiles, si les actions posées ne prennent pas en considération les enjeux de justice environnementale.

Ensuite, pas plus tard qu’en février dernier, le GIEC nous mettait en garde sur le fait que la planification et la mise en œuvre de mesures d’adaptation qui ne tiennent pas compte des conséquences négatives pour les différents groupes peuvent conduire à une maladaptation.

Ce que ça veut dire, c’est qu’au lieu de permettre aux gens de mieux vivre avec les changements climatiques, la maladapation entraîne à l’inverse une augmentation du risque de conséquences néfastes associées au climat et à une dégradation des conditions de vie des populations vulnérables.

En retour, c’est la prospérité de l’ensemble de la société québécoise qui est mise à mal.

Le temps de l’action

Il est temps qu’on parle de justice environnementale, mais il est surtout urgent d’agir. La Fondation David Suzuki publie aujourd’hui un rapport sur les réalités québécoises, les arguments pour s’activer, mais aussi les pistes d’actions pour poser les premières pierres. Plusieurs juridictions agissent depuis longtemps et le Québec doit emboîter le pas et montrer l’exemple. S’engager à analyser l’effet de nos mesures climatiques sur les communautés vulnérables ; mieux documenter les situations d’injustices environnementales ; améliorer la participation du public dans la prise de décision en environnement et étendre l’exercice du droit à un environnement sain sont quelques-unes des recommandations formulées auprès du gouvernement provincial.

Alors que les communautés affectées sonnent l’alarme dans l’indifférence générale depuis des décennies, il n’est plus concevable de dire « qu’on ne savait pas ». Les défis sont grands, mais les compromis sur la santé et le bien-être de certaines populations ne peuvent plus être normalisés à l’orée de crises environnementales planétaires sans précédent — il en va de notre dignité collective.

Léa Ilardo

Militante à la Fondation Suzuki

Claudel Pétrin-Desrosiers

Membre de l’Association québécoise des médecins pour l’environnement.

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