Édition du 13 avril 2021

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Nucléaire

Pourquoi déclasser Gentilly-2, une centrale risquée, inutile et déficitaire ?

Dans sa lettre publiée dans le Nouvelliste du 29 mars, l’ingénieur physicien Martin Cloutier, ressasse les mêmes allégations sur lesquelles la thèse de la nécessité de reconstruire Gentilly-2 est fragilisée.

Les chiffres que M. Cloutier avance sont très optimistes voire irréalistes. Il voit la vie en rose en omettant plusieurs coûts dans ses calculs de profitabilité qui sont faussés.

Quelques exemples parmi d’autres : peut-il apposer son sceau d’ingénieur et nous garantir que les 4 générateurs de vapeur dureront sans broncher les 30 ans qu’il entrevoit comme prolongement de vie de Gentilly-2 ? Sait-il que la durée moyenne de prolongation des 4 centrales reconstruites à Pickering-A en Ontario lors de leur première survie est de 15 ans et de 7 ans lors de leur deuxième survie ? On est très loin du rêve de 30 ans de survie à Gentilly-2.

Peut-il affirmer que le programme de sécurisation du site et la gestion temporaire et permanente des 2500 tonnes de combustibles nucléaires irradiés actuellement sur le site de G-2 sont comptabilisés dans les dépenses d’exploitation ? Et dire qu’Il voudrait en ajouter le double et refiler cela aux générations futures…

Il fait passer le budget de réfection de 1,9G$ à 2,5G$, soit une augmentation de 32% en 4 ans mais ne fait pas bouger le prix de revient unitaire à 7,2 ¢/kWh tel qu’annoncé par H.-Q. en août 2008. Est-ce que le 2.5 G$ est le nouveau chiffre officiel d’Hydro-Québec ? Comment explique-til cette hausse de 32% du coût de 2008 de 1,9G$ ? Pourquoi 600 M$ de plus.

Il parle des 800 emplois. Mais cela fait un double emploi avec son budget d’exploitation qu’il estime à 120 M$ lequel comprend déjà la masse salariale des 800 emplois. Pourquoi retient-il un budget d’exploitation de 120 M$ annuel, alors que le budget d’exploitation moyen sur 3 ans, 2009 à 2011, est de 174 M$ / an ? Des calculs indépendants récents annoncent la production du kWh à plus de 13 ¢. Il devrait en toute honnêteté livrer ses sources expliquant ses calculs dont son choix de 120 M$ comme budget d’exploitation.

Les calculs de M. Cloutier seront à revoir de fond en comble, quand Hydro-Québec décidera de sortir de l’omerta qui caractérise ce dossier nucléaire. Le déficit des opérations de Gentilly-2 existait avant la réfection pour les années 2009, 2010 et 2011 de l’ordre de 20 M$ par année. Monsieur Cloutier peut-il nous assurer qu’après la réfection, les déficits cesseront de cumuler à G-2 et que les Québécois n’auront pas à assumer ces pertes durant de très nombreuses années.

Le dossier de l’avenir de Gentilly-2 offre une occasion en or pour les Québécois et son gouvernement de remplacer la centrale nucléaire en fin de vie par d’autres centres de productions d’électricité. Hydro-Québec ferait bien mieux de développer tout un réseau décentralisé et intégré d’énergies renouvelables qui profiterait davantage à toutes les régions du Québec.

Dans le débat actuel concernant l’avenir de Gentilly-2, les calculs comptables de l’ing. Cloutier ne contredisent pas le fait que la centrale nucléaire G-2 est une centrale risquée, inutile et déficitaire.

Souhaitons que l’ingénieur physicien Martin Cloutier, qui s’embourbe dans les chiffres douteux, soit un meilleur ingénieur physicien que comptable.

Philippe Giroul Trois-Rivières

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