Édition du 18 juin 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Privatisation des données numériques gouvernementales - une atteinte à la souveraineté du Québec

Le gouvernement de la CAQ pourrait rapidement confier jusqu’à 80 % des données numériques gouvernementales à des services privés d’hébergement en ligne dans l’infonuagique, comme ceux d’Amazon, Google, IBM ou encore de Microsoft. Plusieurs spécialistes en sécurité de l’information et groupes d’employés concernés y voient une possibilité d’exposition aux risques de bris de confidentialité et de protection des renseignements personnels constituant une atteinte à notre souveraineté sur nos données opérationnelles critiques.

Un potentiel sous-estimé de ressources spécialisées québécoises

Par une telle décision précipitée, le gouvernement de la CAQ semble ignorer totalement le potentiel de développement que représentent ces services d’hébergement infonuagique en termes d’investissements profitables et créateurs d’emplois au Québec. En se dotant des capacités pour bien gérer les informations sensibles que l’État détient, tout en développant nos propres compétences, c’est tout un secteur de l’économie que le Québec pourrait occuper.

Le Québec est dans la mire des grandes entreprises internationales, tant pour ses ressources humaines hautement qualifiées en intelligence artificielle et en sécurité de l’information, que pour les bas tarifs d’électricité offerts par Hydro-Québec. Alors qu’une industrie québécoise d’hébergement de données numériques se développe depuis plusieurs années, encore faudrait-il permettre à ces entreprises en technologies d’accéder à ces lucratifs projets gouvernementaux.

L’accessibilité centralisée à l’ensemble des données gouvernementales et l’amélioration de l’accès aux données existantes pour de nouveaux besoins de développement de solutions informatisées pourrait très bien se faire par une société d’état, sous l’entier contrôle des fonctionnaires, voire en collaboration avec des entreprises privées québécoises.

Un projet basé sur des préjugés défavorables envers la fonction publique québécoise

Présentée sans véritable analyse financière démontrant la rentabilité du projet, mais basée sur une économie potentielle, cette décision prise sans qu’un débat public ait eu lieu a suscité un tollé de commentaires par plusieurs intervenants.

L’enjeu principal étant lié aux risques d’atteinte à la confidentialité des données potentiellement distribuées sur des sites localisés partout dans le monde et sur leur utilisation à des fins malveillantes. D’autre part, les entreprises québécoises qui oeuvrent dans ce domaine acceptent mal d’être écartées par les exigences de l’appel à qualification et soulèvent l’incohérence du gouvernement avec ses intentions de créer des emplois bien rémunérés et le développement économique des régions.
Nous apprenions récemment que le gouvernement de la CAQ ne semble pas disposé à considérer les procédures en cours au sein d’entreprises québécoises pour se qualifier afin de respecter une norme internationale en matière de sécurité, la norme ISO 27001 qui définit les meilleures pratiques en matière de cybersécurité.

Chez les deux principaux syndicats de la Fonction publique du Québec, le SFPQ y voit une réponse facile au manque de main-d’œuvre spécialisée en informatique. En effet les effectifs techniques en informatique ont fondu de moitié depuis 2004, une situation entretenue depuis plusieurs années par le recours à la sous-traitance intensive dans le domaine des technologies de l’information avec la conséquence de perte d’expertise à l’interne. Le SFPQ revendique que l’opération de tels centres d’hébergement des données numériques soit sous la responsabilité des employés de l’État québécois.

De son côté, le SPGQ s’insurge de ne pas avoir été consulté par le nouveau gouvernement et du fait qu’il ait ignoré leurs recommandations émises dans le passé quant au développement des compétences internes en matière de gestion de l’information gouvernementale. « Ce n’est pas tant de donner au privé l’hébergement des données numériques qui permet des économies, c’est avant tout de regrouper les centres de traitement informatique, comme l’a maintes fois réclamé le SPGQ ». Le SPGQ estime qu’il est possible pour le gouvernement de construire son propre réseau de services infonuagiques et ses représentant.e.s sont convaincu.e.s que les professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec sont capables d’entretenir un système d’infonuagique à moindre coût que dans le secteur privé

Les grandes multinationales ne constituent pas une garantie de sécurité infaillible

Confier la gestion de nos données à des entreprises américaines représente plusieurs risques d’atteinte à la confidentialité des renseignements personnels et à la vie privée des québécois et québécoises. « Avoir accès à la machine, c’est avoir accès aux données sans difficulté. » affirme le professeur José Fernandez, spécialiste en cybercriminalité de l’UdeM. Il se désole que les tentatives vaines de leur laboratoire pour rejoindre les responsables gouvernementaux sur ce sujet n’aient pas porté fruit, son équipe de chercheurs détenant une grande expertise en matière de sécurité de l’information.

Québec pourrait rapidement être pris en otage des grandes multinationales, notamment au niveau des coûts qui n’ont pas été suffisamment évalués sur le long terme, ou des gouvernements étrangers, parce qu’assujetties aux lois américaines, ces données stratégiques se verraient à la merci des demandes d’accès des services de sécurité américains.

Il restera toujours des risques de fuites, de compromission et d’accès illicites. On l’a vu dans d’autres pays qui ont confié leurs données numériques à des multinationales qui ont été incapables de maintenir le niveau de sécurité requis par des données sensibles. Or, si cela se produit, quels seront les recours du gouvernement du Québec face à ces compagnies étrangères et quels seront les conséquences pour les citoyennes et citoyens ? En effet, ces données numériques contiennent des informations stratégiques et de sécurité nationale : richesses naturelles, richesse des entreprises, potentiel d’exploitation des forêts, des mines, état des réseaux de transport, etc. C’est comme si le Gouvernement confiait une partie de sa richesse à une entreprise privé, étrangère.

Enfin, la façon et la rapidité avec laquelle le gouvernement Legault, par son ministre de la Transformation numérique, Éric Caire, entend mettre de l’avant cette privatisation des données numériques nous paraissent à contre courant d’un gouvernement qui voudrait développer une expertise québécoise en matière de gestion et de sécurité des données numériques pour laquelle le Québec est drôlement bien positionné au niveau international.

La souveraineté du Québec doit passer par la souveraineté d’accès à ses informations.

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