Préambule
Le CAP écologiste présente ce mémoire sur la conjoncture et les perspectives d’une campagne électorale centrée sur la mobilisation populaire pour la justice sociale, pour la lutte contre les changements climatiques et pour l’indépendance du Québec.
La période politique ouverte par le retour du trumpisme au pouvoir aux États-Unis marque une recomposition profonde des rapports de force à l’échelle nord-américaine. Elle révèle brutalement la nature structurelle du capitalisme contemporain : un système en crise permanente, traversé par des contradictions écologiques, économiques, sociales et politiques qui atteignent un point de non-retour. Dans ce contexte, continuer de concevoir la stratégie politique comme un simple travail électoral – lever des fonds, installer des pancartes, produire des slogans – revient à se condamner à l’impuissance.
Une véritable stratégie électorale de gauche implique de mettre en lien analyse de la conjoncture (par exemple, identifier les points forts du gouvernement et ses faiblesses, attentes et revendications de la population, états de mobilisation des mouvements sociaux, etc.), construction de rapports de force sociaux (par exemple, convergence et unification des luttes sociales, actions concertées, etc.) et orientation vers une transformation radicale des rapports sociaux au Québec.
1. La conjoncture nord-américaine, canadienne et québécoise : crise du capitalisme et offensive de la classe dominante
La domination trumpiste en Amérique du Nord constitue aujourd’hui le centre de gravité du bloc bourgeois continental. Sa fonction n’est pas idéologique, mais structurelle : restaurer le taux de profit par la guerre commerciale, la dérégulation, la destruction des droits sociaux et la reconfiguration autoritaire de l’État. Les tarifs douaniers imposés au Canada et au Québec ne sont pas des dérapages nationalistes : ils prolongent une stratégie impériale visant à imposer aux peuples voisins les coûts de la crise du capitalisme états-unien. Ils accélèrent la hausse du coût de la vie, fragilisent les secteurs productifs et accroissent la dépendance du Canada aux États-Unis.
Le gouvernement Carney s’inscrit parfaitement dans cette dynamique. Sous couvert de modernisation, il mène une politique de classe classique : abolition des taxes sur le capital, abandon de la taxe carbone, cadeaux massifs aux pétrolières, alignement militaire sur Washington, aplaventrisme diplomatique et adhésion au programme trumpiste. Il accepte implicitement la restructuration néolibérale voulue par la Maison-Blanche et déplace le poids de la crise vers les classes ouvrières et populaires, en particulier les femmes, particulièrement touchées par l’appauvrissement, la précarité et l’effondrement des services publics.
Au Québec, la CAQ remplit un rôle complémentaire : affaiblir les syndicats, criminaliser la résistance sociale, renforcer l’extractivisme, détruire les services publics, multiplier les attaques contre les droits démocratiques, et imposer une vision réactionnaire de la nation qui divise les travailleurs selon l’origine, la couleur de peau et le statut migratoire. La montée du nationalisme conservateur alimente un climat propice à la diffusion du suprémacisme blanc – importé des États-Unis mais désormais enraciné ici – et renforce un masculinisme toxique qui se traduit par une recrudescence de la violence faite aux femmes. Cette dynamique réactionnaire fragilise le « nous » populaire, divise les classes laborieuses et détourne la colère sociale vers les personnes immigrantes, racisées et marginalisées.
La crise écologique accélère toutes ces tendances. L’effondrement de la biodiversité, la déstabilisation climatique, la dépendance aux énergies fossiles et l’épuisement des ressources annoncent non seulement une crise de reproduction sociale, mais une crise de civilisation. Les femmes, particulièrement présentes dans les secteurs du care et déjà victimes de pauvreté structurelle, se retrouvent au premier front de cette crise. La bourgeoisie, consciente de l’insoutenabilité de son modèle, tente de s’enrichir avant le choc tout en s’appuyant sur la répression et la montée de l’extrême droite.
Les classes populaires subissent cette offensive de plein fouet : explosion du coût des loyers et des aliments, stagnation des salaires, endettement massif, épuisement généralisé du personnel de la santé et des services sociaux – composé majoritairement de femmes –, désorganisation du système éducatif, insécurité économique et climatique. La polarisation politique qui en résulte ouvre deux voies : un basculement réactionnaire ou la recomposition d’un bloc populaire de rupture, féministe, antiraciste, écosocialiste et autochtone-allié.
2. Les revendications que doit porter QS : une plateforme d’affrontement avec le capital
L’actualisation du Programme, telle qu’adoptée par le Congrès de novembre 2025 affirme « [...] notre volonté de nous attaquer aux grands intérêts financiers, qui sacrifient l’avenir du Québec pour assurer leurs profits. Cette position dérange, mais nous savons pour qui nous nous battons. »
Dans ce contexte, un parti de gauche comme Québec solidaire ne peut se contenter d’un réformisme gestionnaire. Il doit assumer une orientation de lutte, centrée sur la défense des intérêts matériels de la classe ouvrière et des classes populaires, en intégrant explicitement la lutte contre la pauvreté des femmes, contre les violences conjugales et patriarcales, et contre les discriminations racistes et xénophobes. Cette plateforme doit renforcer l’unité populaire en s’opposant aux tentatives de division fondées sur le sexisme, le racisme ou le nationalisme conservateur.
En adoptant la décroissance comme stratégie pour réaliser la transition, la plateforme ciblera les secteurs économiques les plus importants et impliquera démocratiquement la population touchée par ces secteurs. De plus, la décentralisation des pouvoirs de l’État vers les régions et les collectivités locales (par exemple, les villes, les villages, les arrondissements municipaux) leur donnera un pouvoir décisionnel sur tous les aspects de la vie quotidienne.
Les revendications doivent jouer un double rôle : améliorer immédiatement les conditions de vie et ouvrir une dynamique de confrontation avec la classe dominante.
3. Nos six enjeux :
(Ébauche de synthèse de nos six enjeux sans ordre de priorité) :
1. Transition écologique, décroissance et lutte aux changements climatiques.
2. Économie, coût de la vie, transport et logement.
3. Santé, éducation et services sociaux
4. Indépendance et autodétermination autochtone.
5. Immigration, inclusion et culture.
6. Démocratie, institutions et territoire.
Revendications essentielles (enjeu Transition écologique, décroissance et lutte aux changements climatiques)
• Une loi climat ambitieuse prévoyant une réduction d’au moins 55 % des GES d’ici 2030 et la carboneutralité en 2040, appuyée par un budget carbone et des plans de transition régionaux.
• Une sortie accélérée du pétrole et du gaz grâce au développement d’un réseau public de chemin de fer électrifié (voyageurs et marchandises) et l’interdiction des véhicules neufs à essence dès 2030, portée par des entreprises publiques de production de matériel roulant.
• Une planification publique de l’énergie : interdiction de tout nouveau pipeline, nationalisation sous contrôle populaire des filières renouvelables (éolien, solaire) et orientation de la production énergétique vers les besoins collectifs plutôt que les grands projets industriels ou Big Tech.
• Une économie sobre en ressources : lutte contre l’obsolescence programmée, fin des produits à usage unique, réduction du gaspillage alimentaire et droit garanti à la réparation.
• La protection de la biodiversité : 30 % du territoire protégé d’ici 2030, contre l’expansion actuelle des industries minières, forestières et énergétiques qui dégradent les milieux naturels et menacent des espèces.
• Une stratégie d’adaptation aux effets déjà présents de la crise climatique.
Revendications essentielles (enjeu Économie, coût de la vie et logement)
• Gel immédiat des loyers, construction massive de 100 000 logements publics et sociaux, lutte ouverte contre les propriétaires spéculatifs.
• Lutte contre la pauvreté des femmes : hausse majeure du financement des maisons d’hébergement, revenu minimal garanti, protection accrue des travailleuses précaires.
• Gratuité de l’éducation, du transport collectif, des cantines scolaires.
• Lancement du projet Pharma-Québec et réduction drastique du coût des médicaments.
• Augmentation du salaire minimum à 25 $, reconnaissance du travail du care, réduction massive du temps de travail.
• Taxation radicalement progressive du capital, des profits, de la richesse et notamment des géants du numérique et des pollueurs.
Revendications essentielles (enjeu Santé, éducation et services sociaux)
• Réinvestissement massif (10 milliards) dans la santé, l’éducation, les soins de longue durée et la transition écologique.
• Fin de l’expansion du privé en santé, reconstruction du réseau public sous contrôle démocratique.
• Redistribution du capital : fonds publics d’investissement, pôle bancaire public, contrôle social sur les secteurs stratégiques.
Revendications essentielles (enjeu Indépendance et autodétermination autochtone)
L’indépendance comme libération nationale et sociale doit être :
• un instrument pour une transition écologique radicale et pour refuser la tutelle du Canada en tant qu’état extractiviste (pétrole, mines, forêts) ;
• une rupture avec l’État canadien, ses appareils répressifs et sa tutelle constitutionnelle et le refus de sa course aux armements et de sa préparation de la guerre ;
• un outil pour redistribuer la richesse, contrôler les secteurs stratégiques et reconstruire le commun ;
• un cadre pour une démocratie populaire, féministe, plurinationaliste et antiraciste ;
• un projet internationaliste reliant les luttes autochtones, les mouvements ouvriers et les forces progressistes du Canada et du continent.
Revendications essentielles (enjeu Immigration, inclusion et culture)
• Nouvelle politique d’accueil et d’inclusion ;
• Lutte contre les discriminations, les exploitations et les oppressions ;
• Légalisation des personnes sans-papier ;
• Accessibilité et diffusion du contenu québécois ;
• Statut des travailleuses et travailleurs de la culture.
Revendications essentielles (enjeu Démocratie, institutions et territoire)
• Luttes contre les féminicides
• Soutien aux victimes des actes criminels
• Décentralisation des pouvoirs étatiques vers les régions et les municipalités
• Réforme du mode de scrutin
Conclusion
La plateforme électorale doit offrir une alternative politique clairement différente de celles de nos adversaires. Elle contiendra des mesures de transformation structurantes pour une planification démocratique de l’économie et pour un contrôle public des ressources stratégiques nécessaires pour la transition écologique.
Les enjeux et les propositions concrètes de la plateforme identifieront les luttes sociales à mener, même si le parti ne forme pas le gouvernement en 2026. La plateforme mettra de l’avant les éléments d’une abondance solidaire pour fédérer les mouvements sociaux. Comme parti des travailleuses et travailleurs, nous utiliserons la plateforme pour changer fondamentalement leurs conditions de travail et pour soutenir leur souveraineté sur la production, la distribution et l’utilisation des richesses.
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