Édition du 16 avril 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Laïcité

Promotion des signes religieux dans l’espace public : progressisme, conservatisme ou réactionnaire ?

Je ne suis pas du genre à m’imaginer que ma position en matière de laïcité est incontestable. J’ai étudié dans des établissements scolaires où oeuvraient des représentantEs de certaines communautés religieuses et dans lesquels on retrouvait la présence de plusieurs signes religieux ostentatoires. J’ai vu de mes yeux des curés donner (dans l’isoloir d’un confessionnal improvisé et surtout ouvert au grand-jour) l’absolution à des pères ivrognes batteurs de femmes et d’enfants. Cela a largement contribué à faire de moi, très tôt dans ma vie de « pré-adolescent », un authentique athée. J’ai été témoin de l’expulsion d’un étudiant qui était candidat à la présidence du Conseil étudiant de mon école secondaire et ce sous prétexte que sur sa bannière électorale il avait peint la faucille et le marteau. Cela avait déplu à la Directrice de l’École, une authentique membre d’une communauté religieuse. Elle accusait notre candidat d’être « Un communiste ». En autant que je suis concerné, je pense que la religion relève du champ de la « croyance" et c’est surtout celui de la « connaissance" qui doit nous orienter dans la vie. J’ai beau être un « athée », je ne pense pas que le monde ou la population entière de la planète partage ma position sur le sujet. Je suis pleinement conscient que la religion est là pour rester durant quelques siècles, pour ne pas dire des millénaires encore (voir à ce sujet ma recension-critique du livre de Freud sur L’avenir d’une illusion parue sur le site de la revue Presse-toi à gauche). La structure mentale de l’être humain se caractérise, entre autres choses, par une dualité entre le sacré et le profane. Nous avons besoin de « savoir » (peu importe s’il s’agit d’une croyance ou d’une connaissance ici), pour nous rassurer. La connaissance n’étant pas toujours à notre portée, c’est alors que nous nous réfugions dans le monde de la croyance. Cela calme sur le champ nos angoisses. C’est vers 11 ans que j’ai cessé de croire dans le caractère magique, pour ne pas dire mystique, des signes ou des symboles religieux. J’y vois là des « reliques » alors que d’autres y trouvent des signes « sacrés ». Marx et Engels écrivaient dans « Les thèses sur Feurbach » ce qui suit : « Les philosophes n’ont fait qu’interpréter diversement le monde, ce qui importe, c’est de le transformer. » (En italique dans le texte Y.P.). Pour ma part, je réécrirais comme suit cette célèbre 11e thèse : « Les personnes humaines interprètent de mille et une manières le monde, ce qui importe est de savoir quel point de vue l’emporte à un moment donné dans l’histoire d’une société ». À chacune et à chacun son droit à interpréter le monde comme il le veut. À chacune et à chacun de définir ce qu’elle ou ce qu’il entend par « inclusion », « différence », « minorité », « tolérance » et j’en passe... Pour ma part, j’examine toujours l’application des droits et libertés en lien et en relation avec la notion d’égalité des sexes. En matière religieuse, puisqu’il s’agit de phénomènes aux racines pluriséculaires, je me demande si les croyances religieuses sont exemptes ou non de traces patriarcales. Est-il nécessaire de préciser que je suis en faveur de l’éradication du patriarcat, qu’il soit religieux, politique ou économique. Dans la vie sociale et politique, puisque nous ne vivons pas dans un monde égalitaire, l’important est toujours de savoir qui est susceptible de l’emporter dans l’imposition de ses vues à autrui... Je ne crois pas, depuis plusieurs décennies, que le « progressisme » est compatible avec la promotion des signes religieux dans l’espace public. J’y vois plutôt, dans cette promotion religieuse dans l’espace public, une manifestation du « conservatisme », voir même un retour en arrière, c’est-à-dire une victoire du courant « réactionnaire ».
Yvan Perrier

Yvan Perrier

Yvan Perrier est professeur de science politique depuis 1979. Il détient une maîtrise en science politique de l’Université Laval (Québec), un diplôme d’études approfondies (DEA) en sociologie politique de l’École des hautes études en sciences sociales (Paris) et un doctorat (Ph. D.) en science politique de l’Université du Québec à Montréal. Il est professeur au département des Sciences sociales du Cégep du Vieux Montréal (depuis 1990). Il a été chargé de cours en Relations industrielles à l’Université du Québec en Outaouais (de 2008 à 2016). Il a également été chercheur-associé au Centre de recherche en droit public à l’Université de Montréal.
Il est l’auteur de textes portant sur les sujets suivants : la question des jeunes ; la méthodologie du travail intellectuel et les méthodes de recherche en sciences sociales ; les Codes d’éthique dans les établissements de santé et de services sociaux ; la laïcité et la constitution canadienne ; les rapports collectifs de travail dans les secteurs public et parapublic au Québec ; l’État ; l’effectivité du droit et l’État de droit ; la constitutionnalisation de la liberté d’association ; l’historiographie ; la société moderne et finalement les arts (les arts visuels, le cinéma et la littérature).

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